LA CONSTITUTION EST UNE ZAD

"La compromission oblige le gouvernement à augmenter la répression policière, il le fait sciemment… Les vrais acteurs politiques d’aujourd’hui sont Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, le premier pilotant le second et, par la logique verticale du pouvoir parlementaire, un certain Thierry Gentilhomme, préfet du Tarn zélé qui a recommandé en écho la plus grande fermeté vis-à-vis des zadistes." Luc Rigal.

Je suis tout à fait d'accord avec vous. Juste un point technique. Deux en fait : 1) Les acteurs ne sont pas les auteurs de leurs rôles. 2) La logique qui va du premier ministre aux préfets par le ministre de l'intérieur n'est pas « parlementaire ». Cette logique est nominative et descendante, en circuit fermé, alors que la logique parlementaire est élective, ascendante et théoriquement ouverte.

La logique parlementaire a pour principe la représentativité fondatrice de la capacité politique. Cette logique va de la base, composée de tous électeurs, au sommet, la chambre des députés. Mais ce sommet n’est qu’un côté de la pyramide du pouvoir, dont l’autre est la présidence de la République. (Le troisième côté de la pyramide, qui forme avec la chambre des députés le parlement, est le sénat, qui est un mixte.) La logique à laquelle le président de la République doit sa légitimité est de même type que la légitimité parlementaire : c'est la logique de la représentativité.

Ainsi, parlement et président sont tous deux légitimes sur le même principe. Mais la chambre est composée de 577  membres et représente 44,6 millions d’électeurs fragmentés en autant de circonscriptions administratives qu'elles envoient de députés à la chambre, le président représente en bloc tous les Français. Hyper-représentativité. Sauf que cette représentativité est fictive, car en réalité le président ne représente qu’un peu plus de 50% des votants dont les votes ne sont pas nuls parmi les électeurs, soit moins d’un tiers des Français de plus de vingt ans.

A cette diminution de sa légitimité s’en ajoute une autre d’un autre genre, qui est le nombre, le type et l'excès des pouvoirs que la constitution lui accorde. Aucun peuple disposant de toute son intelligence ne saurait accepter, à moins d’y être forcé, de se dessaisir en faveur d’une seule personne, sur la foi de son seul boniment, de la puissance de se représenter soi-même, de former son propre gouvernement, de commander à ses armées et de décréter l’état d’urgence. C’est ce que font les Français depuis cinquante-six ans de façon non seulement aberrante mais criminelle, au vu des conséquences de l’impérialisme économique auquel dans leur majorité ils souscrivent, et pour une majorité d’entre eux suicidaire.

Car un président doué de ces quatre pouvoirs n’est pas le chef d’une démocratie, c’est un dictateur. C'est, au sens ancien, un tyran, auquel le « peuple », par son vote-plébiscite (où il renonce à soi-même comme peuple), accorde le droit de construire cet autre côté de la pyramide dont je parlais à l’instant, ce pouvoir nominatif, anti-populaire et descendant qu’on appelle « gouvernement », qui neutralise, comme l’actif neutralise le passif, le système ascendant de la représentation parlementaire, découpe la géographie humaine en unités administratives, y installe sa police, la répand dans toutes les communes, et offre, à son sommet, aux ploutocrates de la finance et de l’industrie la possibilité non seulement d'exercer leur influence sur les choix du président, mais de s’immiscer dans le gouvernement, et - sans aucune légitimité représentative - de diriger de facto le pays.

Dans cette pyramide du pouvoir, la représentativité se dilue, qu'elle monte par un côté ou qu'ayant culminé à son sommet elle redescende par un autre : ascendante, elle se dilue  par le vote indirect en allant des députés et autres "grands électeurs" au sénat ;  descendante, elle cesse d'exister en passant du président de la République aux ministres nommés par lui et aux préfets. Le retournement de la dilution en cessation et entrée en action d'une force contraire va ainsi du législatif, lorsqu’il est arrivé le plus loin possible des électeurs, à l'exécutif allant vers sa plus stricte immédiateté, où cet exécutif se fait sentir aux citoyens contestataires, qui comme tels n'ont plus la dignité d'électeurs, par la présence de forces policière faisant de leurs manifestations des souricières. Tout cela est organisé constitutionnellement. C'est une construction. Il y a intérêt à la connaître et la comprendre.

« Il n’y a rien à attendre des hommes d’État, ni aujourd’hui ni demain à en juger par les personnalités en lice », écrivez-vous. Ce n'est pas une question d’hommes, c’est un système. La constitution est une ZAD. Zone A Détruire d'abord, ensuite Zone A Défendre. Il faut faire barrage à tous les articles qui y rendent la démocratie impossible, jusqu'à ne plus s'étonner de se faire gazer lorsqu’on s’oppose au gouvernement : premier temps. Deuxième temps : tant qu’à écrire, s'attacher, au-delà des communiqués, protestations, négociations et articles, à la rédaction d'un texte qui exprime notre vision d'une autre société fondée sur d'autres principes.

Et puisqu’il faut payer de sa personne, voici le premier principe, dont découlent les sept autres, que pour ma part je propose à un début de discussion :

 

I. ECONOMIE

1 La terre ayant existé avant l’humanité, tout ce qui y est pris doit faire l’objet d’une compensation.

2 Les compensations sont déterminées par les collectivités locales.

3 Les collectivités locales décident souverainement de leur économie.

4 Si, d’un commun accord entre les collectivités locales, une monnaie est établie comme signe de la valeur des choses produites, c'est le travail qui en établit la valeur d’échange et non une spéculation sur la valeur de cette monnaie.

II. POLITIQUE

5  Toutes les collectivités locales de même nombre sont égales ; l'ensemble des collectivités locales forme la nation.

6  Il n’existe aucune autorité séparée au-dessus des collectivités locales.

7  Les charges communales, intercommunales et nationales sont tirées au sort ; elles sont temporaires, contrôlées et à salaire égal.

8 Tout mandat est impératif. Aucun mandaté ne peut être nommé sur des boniments. Chaque élu doit s’acquitter d’une mission que la collectivité lui confie et qu’il doit tenir, sous peine d’être démis s’il s’en montre incapable ou y déroge…

 

 

Salut et santé.

 

 

 

 

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