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Billet de blog 25 mai 2013

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EUGENISTES, ENCORE UN EFFORT (AVANT DE FAIRE DISPARAÎTRE L’HUMANITE) !

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2. Du haut, du bas, de la gauche et de la droite.

Si, encore, l’Etat égalisait tout ! Mais l’égalisation est sélective, et sur les questions de base : droit à la terre / droit au profit, elle va de zéro à l’infini.

Sur le droit de vivre et de mourir aussi.

L’égalitarisme n’est que le versant démagogique de l’uniformisme étatique niveleur de différences et destructeur de particularismes, tout en étant le gardien de privilèges (communautaristes! eh oui… mais d’en haut !) solidement verrouillés.

Il n’y a pas une seule carte de la France, une carte transparente et unique, qui serait représentative de la façon dont notre pays est composé.

Il suffit de sortir dans la rue pour voir sa diversité. Et encore, il y en a qui ne montrent jamais le bout de leur nez !

A cette mosaïque de différences, l’Etat substitue le droit de propriété que, seul, il détient sur l’ensemble du territoire [i] ; droit qui le place au-dessus de tous ceux qui tiennent de lui leur droit non seulement d’y résider, mais d’exister.

Mieux vaut ne jamais l’oublier, c’est notre « condition ambiante » limite, la poudrière sur laquelle nous sommes installés : l’Etat a droit de vie et de mort sur nos personnes, par la guerre qu’il peut à tout instant - et sans nous demander notre avis - déclarer.

ORDRE DE MOBILISATION GENERALE

Ça ne se discute pas.                          

Déserter ? Ô maquis ! Ô grottes !               

Pupille de la Nation, j’en ai fait les frais avec mon  frère et ma sœur. La guerre est un bon moyen de « désapparenter » les fils en envoyant leurs pères se faire tuer. L’Etat n’a qu’à déclarer ces derniers « Morts pour le Patrie », les premiers « Pupilles de la Nation »  et le tour est joué. L’histoire officielle s’ajoutant à la douleur familiale rend pratiquement impossible la reconstitution de l’histoire réelle. Les champs de bataille sont des lieux d’élimination des témoins très efficaces.

Je n’ai rien oublié.

L’Etat étendant sa souveraineté sur tout le territoire dont il s’est approprié, y compris le sous-sol, nul n’y a pleine propriété de quelque parcelle que ce soit : tous les propriétaires y sont tributaires. L’impôt foncier est la reconnaissance monétaire, par tout propriétaire, de la propriété première de l’Etat. Tous les autres ne sont que locataires, ou n’ont que le droit de passer.

La liberté de choix quant aux  moyens d’assurer son existence est répartie de la façon la plus inégalitaire entre ceux qui possèdent et ceux qui ont été expropriés.

Les propriétaires ne sont pas seulement propriétaires de leur sol et de leur toit et de ce qu’ils ont mis sur le sol et placé sous leur toit; ils en ont à revendre - et à louer. Tirer profit de ce qu’on possède en surnombre est la principale source de rente. Cela suppose un fonds de population qui ne possède pas ; dont le pouvoir d’achat permet un loyer, pas un achat. Les non-possédants, les expropriés, sont en dehors du marché de la propriété. Locataires quant à leur habitat, n’ayant ni terre ni toit à soi, ils sont condamnés pour survivre à aller travailler dans les entreprises des propriétaires.

Le premier propriétaire étant l’Etat, une fraction de toute transaction lui revient « de droit ». Mais ce droit n’est pas plus fondé que celui du propriétaire déclarant « ceci est à moi ». C’est par la même usurpation que l’Etat et les propriétaires transforment en « argent-loyer » l’argent que les non-possédants n’obtiennent qu’en allant travailler dans leurs propriétés. Et cela, non par contrat : c’est par la force et non d’un commun accord que les premiers occupants ont été dépouillés de leur possibilité d’exister et se sont retrouvés prolétaires sur leurs ex-propres terres.

Violence inaugurale, historiquement parlant. Violence reproduite à chaque génération par l’endoctrinement qui nous empêche de nous penser en dehors de l’Etat. Avec la même aliénation, de la religion à l’industrie, où la contrainte n’est plus perçue, à force d’être vécue comme « seconde nature ».

Il y a, ainsi, deux classes : les possédants, avec leur armée d’endoctrineurs, et les expropriés.

Parmi les possédants, les usurpateurs tiennent le haut du pavé. Mais il ne faut pas que cela se voie. S’il n’y avait que ces deux classes visiblement face à face, l’opposition entre elles serait inévitable et risquerait d’être efficace : il y aurait lutte des classes, et c’est ce que depuis le XXe siècle les Etats ont appris à contourner.

A la place et pour brouiller la vision de la réalité, ils ont créé des motifs d’oppositions factices et développé des moyens propres à faire se dresser les gens les uns contre les autres sur des sujets dérivés.

La première de ces oppositions factices, celle qui sert de cadre à toutes les autres, est celle entre deux groupes politiques censés représenter le haut et le bas de la société ; mais, de façon caractéristique, on ne dit pas haut et bas, on dit droite et gauche. L’horizontalité substituée à la verticalité crée la fiction de l’égalité.

Sur la carte politique et dans le territoire des idées, les Zapatistes du Chiapas au Mexique considèrent qu’ils sont « en bas à gauche ». Où se situent les socialistes ? En bas ? Sans doute, mais alors à droite ; car en réalité s’ils sont de gauche, c’est en haut.

Rivales à n’en pas douter, la droite et la gauche : pour ne rien changer. Leurs petites guerres sur le dos de ceux dont elles exploitent la crédulité brouillent la photo exacte de la société. Rivales pour le pouvoir, elles sont fondamentalement complices, quand bien même elles sont prêtes à s’entredéchirer ; car appartenant aux mêmes sphères, attachées aux mêmes privilèges et, l’occupation de l’Etat alternant de l’une à l’autre, cultivant les mêmes « valeurs », c’est-à-dire les mêmes mensonges couvrant les mêmes intérêts.

L’échéance offrant l’espoir d’une alternance passée de sept à cinq ans, c’est peu de temps pour agir. C’est-à-dire s’enrichir. Cinq ans pour faire de la droite à droite et de la droite à gauche. C’est le temps qu’il faut, disait Goethe, pour se renouveler.

Polariser les possibilités d’affrontements sur quelque fiction que ce soit autre que l’opposition possédants / expropriés de manière à empêcher cette opposition structurelle de tourner à l’affrontement, et rendre impensable le jeu de dupes, tel est le tour de passe-passe où la démocratie s’évite dans sa «  mise en représentation » légitimatrice de l’Etat. Ce jeu de dupes sert essentiellement à couvrir l’usurpation sur laquelle repose son pouvoir exorbitant. Tel est le principal ressort de la « politique », de république en république.

Ces fictions créent des temps intermédiaires entre les élections présidentielles, jusqu’à ce que, leurs temps courts se reproduisant d’une présidence à la suivante, tout le monde, ne sachant que faire pour que « ça change »,  se jette dans des actions de rue ; comme à cette époque, à Athènes, où l’on appliquait encore les lois de Solon, « mais déjà, écrit Plutarque,  on attendait une révolution, et tout le monde désirait un nouveau régime, dont chacun espérait obtenir, non l’égalité, mais l’avantage et même la prépondérance absolue sur ses adversaires. » [ii]

En attendant la révolution et sa répression, les sujets de discorde ne manquent pas. La France est redevenue si ondoyante et diverse… Depuis deux siècles en voie d’uniformisation – i.e. d’américanisation (Baudelaire l’a-t-il assez daubée !) - la voilà devenue multi-ethnique, multiconfessionnelle, quoi d’autre ?... Ne reste-t-il pas d’innombrables « paradis cachés » ? Toute différence contenant aux yeux de l’Etat le risque d’attenter à son indivisibilité, ce regain de diversité lui est l’occasion de recycler ses vieux rites d’unité.

Après le voile et la laïcité, le mariage homosexuel est un de ces sujets.


[i]  Du sous-sol en particulier. J’y reviendrai dans une prochaine série de billets à propos du gaz de schiste.

[ii] Plutarque, Solon, Vies parallèles.

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