5. Intermède
Aussi me mis-je à lui exprimer mes plaintes pour toute la peine que me donnait ce problème de la connaissance. – Reviens à toi, me dit-il, et le problème se résoudra de lui-même. – Comment cela ? dis-je. – La connaissance que tu as de toi-même, est-ce une perception directe que tu as de toi par toi-même, ou bien que tu dois à quelque chose d’autre ?
Sôhrawardi
Cette question du mariage pour tous était dans l’air depuis un bout de temps. Il y avait comme une gêne. De quoi s’agissait-il vraiment ? Personne ne le disait clairement. N’était-ce pas un signe ?... Il y avait un non-dit au-delà de la difficulté à dire, pas vraiment de l’indicible, mais un climat d’intimidation, de condamnations, une violence, comme un viol des consciences… Des aveuglements volontaires, des partis pris suspects, d’étranges complicités… L’impression d’un conflit rituel, codé, dont je n’avais pas la clé… L’impression aussi que, dès que l’Etat s’emballe, une masse de gens cesse de penser par eux-mêmes… Impression qui se mêlait à celle, plus diffuse, ressentie depuis plus longtemps, d’une nouvelle génération où la pensée disparaissait pan par pan, que j’avais retrouvée récemment dans le roman de Jean-Paul Chavent, Le monde entier est ma cachette…[i] Où le personnage principal d’un roman "oublié" dans un train passe dans le corps de sa jeune lectrice et l’habite… littéralement… devient sa préconscience et son autre sexe… Voyeur jouisseur bientôt « parlant avec elle », Chad qui jusque-là n’était qu’un personnage de roman « sort dans le monde » grâce à ce corps vivant de jeune fille, et lui qui en a cinquante devient le spectateur de ce monde à travers des yeux de vingt ans, témoin à la fois fasciné et écœuré (« vieux con » le rabroue son jeune corps-porteur) du dégoût partout répandu de soi-même (ils ne savaient pas encore que c’était d’eux-mêmes qu’ils voulaient se débarrasser… ils n’habitent que leur corps… derrière le pilotage automatique auquel ils abandonnaient leur vie rôdaient des fantômes cruels… une race différente d’êtres à qui manquait singulièrement certains des attributs que j’avais cru consubstantiels aux humains), ce dégoût ressenti sur un mode mineur, éprouve Chad, dans la solitude en groupe des foules estivales où Marge le pilote, en route vers un nouveau crime (mais c’est une autre histoire), comme dans la transition entre le désir de sortir de soi-même et celui, finalement, de n’avoir plus de soi, plus de moi, et même plus d’humanité, d’en finir une fois pour toutes avec son humanité en se jetant à corps perdu dans la modernité et la technique (« vieux con, vieux con »), comme dans la transistorisation à basse énergie d’une déflagration atomique, les écouteurs en Y aux oreilles…
Où cacher ma tête à cause de la cendre ? se demandait Pierre-Jean Jouve en 1937. [ii] Où me cacher pour retrouver ma tête ? se demandait J. K. Sprite en 1966. A force de retourner la question dans la mienne sans la trouver, je me suis aperçu que je me retrouvais dans la situation du narrateur au début de Moby Dick, quand il raconte, pour expliquer son départ sur un coup de tête, qu’il y avait un moment où il ne pouvait plus se retenir de descendre dans la rue et de se mettre à faire sauter les chapeaux de la tête des passants. C’était le signe qu’il était temps d'aller boucler son sac et de mettre les voiles… C’est alors que j’ai repensé à Wounded Knee.
Wounded Knee est une colline dans la réserve de Pine Ridge, dans le Sud Dakota aux Etats-Unis. C’est l’endroit où a eu lieu le dernier massacre d’Indiens d’Amérique du Nord, le 29 décembre 1890. Moins d’un siècle plus tard, en 1973, les Indiens de l’AIM (American Indian Movement) ont repris les armes pour défendre leur liberté de culte. Assiégés par l’armée américaine, ils lui ont tenu tête pendant 71 jours [iii].
Cette action spectaculaire leur a permis de forcer le blocus des médias. C’est ainsi que le monde apprit, au cours de l’hiver 1973, que les Indiens étaient toujours vivants. Puis le siège prit fin, les Indiens déposèrent leurs armes, et toute l’affaire rentra dans la juridiction américaine.
Une vague d’assassinats s’ensuivit.
Je me trouvais à La Rochelle quand les premières images du siège de Wounded Knee ont été diffusées à la télévision. Je faisais une enquête sur les origines du côté le plus obscur de ma famille. Il y avait, en amont de ma grand-mère paternelle, un mystère. Sa grand-mère rempaillait des chaises à La Rochelle et sa mère avait été danseuse de cabaret. Elle-même ne savait pas qui était son père.
Cet arrière-grand-père inconnu n’était pas la seule impasse dans ma généalogie, mais c’était la plus intrigante. Les études ethnologiques que j’avais entreprises depuis une dizaine d’années m’avaient fourni un outil qui me permettait de prendre des distances avec mon nom. Rejeton d’une succession de Monod de père en fils depuis douze générations, j’aurais été Hassan ou de Heimann à seulement deux générations en amont - et du coup Juif ou Russe – dans un autre système de filiation. En remontant plus avant par les femmes, me demandais-je, que n’aurais-je pas été d’autre !
La lignée masculine qui vous octroie son nom peut vous donner une impression d’appartenance ; mais d’identité non ; car l’unité qui se lit dans la permanence du nom s’établit au prix de l’effacement de la multiplicité des alliances, où la généalogie des femmes, abrogée dès leur entrée dans la lignée masculine dominante, n’en subsiste pas moins comme ce qui n’a ni passé, ni unité, ni continuité, ni nom. C’est-à-dire comme quelque chose qui hante.
Mon père disparu, c’est par sa sœur et par ma mère que j’appris ce qu’était au présent une famille ; au passé, c’était un mythe dont mon grand-père était le chef de file, avec ses frères et leurs enfants de la génération de nos parents, que nous voyions rarement. Mes cousins par ma mère et par la sœur de mon père avaient famille et possessions, comme tous les autres enfants que nous connaissions ; mon frère, ma sœur et moi non. Dans les familles de nos cousins qui nous paraissaient jouir d’une opulence que nous ignorions, personne ne s’appelait Monod. Quant à nous, nous ne possédions même pas une maison.
Nos grands-parents ne nous en ont pas moins élevés dans le sentiment que nous étions des Monod et que les Monod étaient une famille honorable, riche et puissante. L’absence de mon père fut plus tard invoquée par ma tante pour expliquer notre inexistence dans cette famille. A une « Tout-Monod » à laquelle j’assistai avec mon frère en 1966 (réunion unique en son genre ayant lieu plus ou moins tous les trente ans et réunissant en principe tous les membres de la famille), tous les Monod se connaissaient entre eux, qu’ils viennent de Suisse, d’Australie ou des Etats-Unis ; nous n’y connaissions personne et personne ne manifesta le désir de savoir qui nous étions. Tous étaient riches, respectables, établis, dignes représentants d’un nom illustré par des pasteurs, des banquiers, des commis d’Etat, des médecins et des universitaires. Rien mieux que ce rassemblement ne me fit sentir à quel point, dans cette famille de gens portant le même nom, nous étions des outsiders.
Ma grand-mère n’avait ni nom de père, ne sachant pas avec qui avait conçu sa mère, ni de mère, celle-ci ayant été répudiée par l’homme qui s’était d’abord épris d’elle, et sans doute déchue de ses droits maternels, après on ne sait quelle légèreté.
Elle avait été adoptée par cet homme et comme il était médecin et que ma grand-mère avait été très brillante dans ses études secondaires, elle s’était à son tour, après son bac, dirigée vers la médecine. C’est ainsi qu’elle rencontra mon grand-père, - monté, lui, du Béarn, où son père, médecin, s’était installé avec sa femme, venue de Russie…
Ma grand-mère n’était pas une femme très belle. Mais avec son teint mat, ses cheveux noirs, son nez aquilin et son regard étincelant d’intelligence et d’idéal, elle était plus que belle, elle était extraordinaire. Elle fut la première femme en France à passer sa thèse de médecine, mais n’exerça jamais. Je la revois exposant ses mains de 86 ans déformées par les rhumatismes au soleil. « Il n’y a qu’une seule médecine, disait-elle, c’est la Nature. »
Elle est morte six mois après mon grand-père, dans sa chambre à lui, assise dans le fauteuil entre son bureau et la fenêtre donnant sur l’Observatoire dont on voyait briller le dôme. Après une vie qui, d’après ce qu’il me semble, s’est déroulée sous le signe de règles assez puritaines, elle s’est éteinte petit à petit, sans crainte, en douceur, six mois après son mari, comme si elle avait trouvé au terme de sa vie un fragile équilibre entre l’incommensurable peine d’avoir perdu son fils, mort à la guerre à l’âge de vingt-huit ans, et sa croyance dans le Mystère, confiante que le destin des créatures était de se retrouver au-delà du terme de leur vie « dans l’infini. » « Je saurai quand je mourrai », avait-elle coutume de dire. Ce ne fut pas la période la moins étonnante de sa vie. « Elle s’est éteinte comme une bougie », dit ma mère. Il me semblait qu’elle était plutôt morte comme un vieux capitaine qui s’enferme dans sa cabine, tandis que le vaisseau déserté ne coule pas comme chacun s’y était attendu, mais aborde l’au-delà des mers et traverse son rideau de brume, avec pour unique compagnon une bouteille de whisky.
Ce 27 février 1973, je me trouvais donc à La Rochelle en quête de la part la plus obscure de ma généalogie cosmopolite, lorsque, dans un café où je m’arrêtai à une heure pour prendre un sandwich, la télévision diffusa des images de Wounded Knee. Le silence se fit quand on vit ces silhouettes en jeans, un bandeau rouge enserrant leurs longs cheveux noirs, une kalachnikov à bout de bras. Ils ne portaient pas de plumes. Le rêve était pourtant là ; un rêve profond, presque engourdissant. Cela tenait peut-être à leur façon de se mouvoir, lente, un peu lourde, tranquille, sans aucune violence.
C’était la première fois que le monde voyait des Indiens actuels, la première fois aussi qu’on voyait des Indiens autrement que dans un scénario écrit par des Blancs.
Il avait fallu que les Indiens arborent des kalachnikov pour devenir nos contemporains. Et réactiver le vieux stéréotype du guerrier indien, en le brisant. Ces kalachnikov, ils ne les portaient pas vraiment comme des armes. Ils leur pendaient plutôt à bout de bras comme des bouts de bois ou des outils… Mais c’était bien des armes.
Au bout d’un moment quelqu’un dans le café rompit le silence et dit :
« Si les Indiens s’y remettent, tout est possible. »
C’est à cet instant que le déclic se produisit. « Il faut que j’y aille », me suis-je dit.
Ce dont je n’étais pas conscient, c’est qu’au même moment deux questions se télescopaient dans mon esprit. Pourquoi ma grand-mère n’avait-elle pas su qui était son père ? C’est cette question qui m’avait amené sur cette côte de France le jour où les Sioux reprenaient Wounded Knee. Et si elle l’avait su, pourquoi ne l’avait-elle pas dit ?
En réalisant, à la vue de la nouvelle génération des Indiens en armes, que j’allais me rendre à Pine Ridge, ce n’est plus à ma grand-mère que je pensais, mais à mon père - et à Black Elk.
Colonel FFI à vingt-sept ans, chef de la région Bourgogne - Franche Comté pendant la Résistance, mon père a été tué le premier jour de la campagne d’Allemagne à la tête d’un régiment de tirailleurs marocains.
Enfant, il dessinait des Indiens à cheval, des soldats et des chars. Adolescent il se fabrique un tepee. « C’était un Sioux » disait de lui son père. Et sa mère, qu’il disait que, s’il avait vécu à l’époque des guerres indiennes, il serait allé se battre avec eux contre les Blancs.
La première image que ma mère, montée d’Oran en Algérie pour faire sa médecine à paris, a de lui, est l’image de Sitting Bull dessinée au dos de sa blouse d’interne à l’encre de Chine.
Black Elk est un visionnaire sioux qui a vécu à l’époque des dernières guerres indiennes. Il était encore enfant quand les Lakota, alliés aux Arapahoes et aux Cheyennes infligèrent une défaite mémorable aux troupes du général Custer à Little Big Horn (1876). La partie documentaire du film Little Big Man est basé sur le récit qu’il en fit à John G. Neihardt, qui recueillit ses mémoires et les publia en 1930 sous le titre Black Elk Speaks. Il avait seize ans quand le 7è régiment de cavalerie américaine massacra plus de deux cents personnes, vieillards femmes et enfants dans le vallon au pied de la colline de Wounded Knee. Il a participé aux combats qui ont suivi. Hanté par une vision qui lui était venue à l’âge de neuf ans, il a passé sa vie à tenter de mettre en pratique les pouvoirs contenus dans cette vision pour aider son peuple dans sa lutte pour sa survie. En vain. S’entretenant au crépuscule de sa vie avec John G. Neihardt il constatait avec amertume : « Je ne suis qu’un vieil homme pitoyable qui n’a rien pu faire pour son peuple. »
Un curieux épisode de la vie de Black Elk est son voyage en Europe. Trois ans avant Wounded Knee, il s’était engagé avec quelques jeunes gens de sa génération dans le spectacle de Buffalo Bill, The Wild Wild West. Pourquoi ? « Pour voir de plus près le pouvoir des Blancs », expliqua-t-il.
A la fin de la tournée du spectacle en France, Black Elk a eu une liaison avec une jeune française et décidé de prolonger son séjour à Paris. Il y est resté un an. Au cours de ce séjour il a eu une nouvelle vision qui s’est accompagnée, comme c’était habituellement le cas chez lui, d’un état prolongé de catalepsie. D’où m’est venue l’idée qu’il est resté, non pas à Paris, mais à La Rochelle, recueilli par une maison protestante où, la même année, était hébergée une jeune orpheline, qui devint plus tard une danseuse très courue par les notables ? Je l’ignore. Comme j’ignore pourquoi ce qui disparait se déploie en signes. Mais je le vois. Les dates ne coïncident pas : ma grand-mère est née trois ans avant que Black Elk ne vienne en France. Mais j’avais l’âge où il avait eu sa grande vision quand est mort en 1950.
Peut-être sommes-nous frères. Nous verrons.
Seattle.
Le cercle sacré est brisé. Nous sommes des prisonniers de guerre. Mais il y a un autre monde.
Hehaka Sapa (Black Elk)
Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait ce voyage… Deux fois vingt ans !... Qu’était-il devenu ? En quoi métamorphosé ? Tandis que je traversais Manhattan, que de souvenirs… Jamais je n’étais resté plus de trois jours dans cette ville. C’étaient d’autres territoires qui m’attiraient. Hotevilla, Pit River, Pine Ridge… A soixante-et-onze ans je n’avais plus qu’un homme vivant à voir aux Etats-Unis : John Trudell.
Je l’avais rencontré lors de la Plus Longue Marche que les Indiens avaient fait de la côte ouest à la côte est des Etats Unis en 1978 pour protester contre une série de décrets menaçant d’abroger tous les traités passés entre les nations indiennes et les Etats-Unis. J’avais été frappé par la lucidité de ce dirigeant de l’AIM (American Indian Movement) qui avait participé à l’occupation d’Alcatraz et de Wounded Knee. Je l’avais interviewé et j’avais publié notre entretien dans Libération à une époque où il n’était pas encore le chanteur mondialement connu qu’il est devenu par la suite. [iv] Entretemps un malheur terrible l’avait frappé. Le jour même où, en signe de protestation contre la politique américaine, il brûlait à Washington le drapeau des Etats Unis, sa femme et ses deux enfants mouraient dans un incendie criminel.
Je le retrouvai tel que je l’avais redécouvert dans Cœur de Tonnerre. [v]
« Vous devriez être content que cette loi soit passée, me déclara-t-il. Vous allez maintenant pouvoir l’attaquer sur son terrain.
- Quel terrain ?
- L’usurpation.
- Vous pensez que la loi sur le mariage gay est un nouveau cas d’usurpation des Etats ?
- Absolument. La loi n’est pas le droit, c’est l’Etat se posant comme son seul dispensateur légitime. Mais aucun Etat n’existe seul. C’est un système à plusieurs têtes, une hydre. Parfois elles ont l'air de se dévorer entre elles; en réalité leurs conflits masquent la trame secrète qui les lie à des intérêts qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps sur cette planète. A votre avis, quel est le problème majeur des gens qui ont en commun de détenir le pouvoir sur une planète ?
- A part s’éclater ?
- Ce n’est pas un problème.
- Le conserver…
- Mettons que c’était vrai avant le capitalisme. Avec le capitalisme on est entrés dans le temps de la croissance exponentielle. A votre avis, comment le pouvoir peut-il croître indéfiniment?
- En augmentant sans cesse son profit ?
- Et comment y parvient-il ?
- C’est dans je ne sais combien de livres… Vous avez une autre théorie ?
- En gérant les populations comme un cheptel.
- Ah.
- C’est trop… ?
- Théorie du complot...
- Aussi loin qu’on la pousse, on sera toujours en-deçà du réel… Si vous voulez comprendre ce qui se passe dans le monde actuel, vous ne devez pas vous arrêter aux conflits que les détenteurs du pouvoir y entretiennent. Les ennemis apparents font partie du même club. Têtes multiples de la même hydre. Les guerres qu’ils multiplient ne sont que des moyens de s'engraisser à vos dépens tout en vous empêchant de voir leur plan… Bien sûr, ce sont des Etats qui font les guerres - les autres ne font que du « terrorisme ». Mais il y a une autre guerre, moins visible, bien que partout présente, portée depuis trois siècles par l’industrie. Elle a vocation interplanétaire… C’est celle que mène depuis toujours, mais avec de nouveaux moyens depuis la deuxième Guerre Mondiale, et à nouveau plus près de nous depuis l’ère Thatcher-Reagan, la finance. Et la finance a besoin de la technoscience. A besoin ? Que dis-je ! Elle en vit en même temps qu’elle la produit. C’est pourquoi, en dépit de l’illusion que donnent les guerres, la mondialisation n’est pas l’empire des Etats : c’est l’empire de la finance. C’est-à-dire…
- Tout le monde sait ça. Etes-vous en train d’essayer de me dire que le but de la finance est de détruire les Etats ? Alors ce serait elle, la suprême anarchiste ?
- Elle ne les détruit pas, elle ne fait qu’arracher leur masque démocratique. Il est essentiel pour l’empire de la finance que les Etats subsistent, provisoirement en tout cas. Mais humiliés, remis à leur place... Il est bien connu qu’un Etat fort, du point de vue de la finance, est un Etat fantoche. En a-t-elle créé de toutes pièces en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique ! Partout ça a été le même scénario : susciter des troubles et fomenter des coups d’état pour les résoudre. Ainsi passe-t-on des Etats fantoches aux Etats fascistes. Maintenant c’est le tour de l’Europe. Mais comme l’Europe joue le même jeu « démocratique » que l’Amérique, un coup d’état avec des chars ferait désordre, la finance dégaine un calibre moins ostensible : la dette. C’est son joker dans la chantage party « course à la croissance ou retrait des capitaux » où elle entretient les Etats dans la fiction qui les oblige à « sacrifier leurs programmes sociaux » et à réduire à néant le peu de démocratie qui y subsiste... Mais ce n’est pas encore gagné. L’arrachage des masques est un ralenti savamment orchestré… Et donc, dernier épisode de la « série » appelée faussement « mondialisation » et qui n’est que l’empire de la finance coupant les têtes de l’hydre étatique pour qu’elles repoussent d’autant plus fortes, c’est-à-dire policières : l’Europe. Vieux rêve d’unité soi-disant pour faire pièce aux Américains, ce monument d'idéologie s’est construit en dépit du rejet des peuples… Pour la finance il s’agissait d’installer une tête de pont. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les Etats européens, Allemagne en tête, ne font plus que chanter ses cantiques. Le relais Sarkozy passé, Hollande à peine élu retourne sa veste; entretemps on lui a fait voir la face cachée de la lune. Bluffer est devenu monnaie courante, comme devancer toute attaque en imputant ses faiblesses à l’adversaire. Du Machiavel élémentaire… »
Je sentais venir le plat de résistance.
« Dans le cas qui vous occupe, se prévaloir du fait que la technoscience permet de fabriquer des enfants artificiellement, et à partir de là revendiquer, non seulement le mariage, mais un mariage égal – et que ce soit le même, pas « un autre mariage à égalité », mais celui-là même, sans quoi il n’y aurait pas d’égalité… réfléchissez-y, vous ne perdez pas votre temps. C’est là-dessous que rêve l’anguille extra-terrestre. Sous le roc égalitaire…
- L’anguille extra-terrestre ?
- Je vous mets sur la voie. Pourquoi faudrait-il être deux pour élever un enfant ? Pourquoi cette singerie du couple parental quand ce couple ne se justifie que par la science additionnée à une mômerie ? Pourquoi pas le droit de Narcisse de s'épouser lui-même ? Le mariage gay n’est qu’une mascarade dépourvue d’humour. Et le but que cette mascarade cache n'est pas drôle non plus. C’est encore pire que ce que vous imaginez… Vous vous rappelez la théorie des dominos de McNamara pendant la guerre du Vietnam ?
- Oui. Grosso modo ça consistait à dire : si on laisse un foyer communiste s’implanter quelque part, il essaimera… un peu comme le cancer ?
- Exactement : une théorie épidémique. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est à l’application de ce genre de théories à la gestion du cheptel humain. Que le mariage gay soit en train de passer comme loi dans les Etats capitalistes les uns après les autres en dit long sur le degré de pourriture atteint par ces Etats. Celle de l’Etat français est bien connue de ce côté-ci de l’Atlantique. Il en va désormais des « Etats forts » comme des peuples, ce ne sont plus que des variables d’ajustement dans le plan de conquête de la planète qui opposera la Chine, la Russie, l’Inde et les USA. L’Europe est finie. Avec la conquête de l’Amérique au XVIe siècle elle a créé sa propre extension qui va aujourd'hui la détruire. Sans armes et sans guerre. Du dedans. En la pourrissant financièrement. Avec Hitler l’Europe a frôlé le pire. Avec la décolonisation elle a perdu son empire. Elle entre maintenant dans la fin de son histoire. Ça risque d’aller très vite. Seule l’Allemagne a des chances de s’en sortir… Ne me demandez pas pourquoi ! Ni tout ce que détenir le pouvoir sur une planète implique...»
[i] Jean-Paul Chavent, Le monde entier est ma cachette, La Table Ronde, 2006.
[ii] Pierre-Jean Jouve, Matière céleste, 1937.
[iii] http://woglakapi.free.fr/sioux/pages/wdknee19.htm
[iv] http://www.lecteurs.com/livre/les-indiens-nont-plus-rien-a-perdre/1877249
[v] Film de Michael Apted, 1992.