Journal d'un "con fini" !

Extrait de mon prochain roman "Entre-deux moi". Journal personnel d'un "con fini" sur le confinement

Samedi 04 Avril

Le printemps, après plusieurs tentatives infructueuses, prend définitivement ses marques. Il nous nargue de l’extérieur avec ses chants d’oiseaux rieurs. Le sable de nos plages, vierge de toute empreinte humaine, a le front qui se ride, songeur et pensif sous les caresses du vent.

Les œufs de Pâques, sages orphelins alignés sur des rayons désertés, sont prêts à succomber aux assauts des premières chaleurs. Leurs larmes en chocolat iront inéluctablement se mêler à celles de nos bambins confinés.

L’Italie et l’Espagne continuent leur danse folle de chiffres macabres, rejoints dernièrement dans leurs ballets effrénés par les Anglais et les Américains.

Le cap édicté par notre gouvernement se transforme, jour après jour, point après point, en un véritable galimatias, amphigouri de calembredaines et de billevesées qui ne trompent plus personne. Il infléchit peu à peu, à s’en rendre ridicule, sa communication sur les masques. D’inutiles, ils vont bientôt être obligatoires, je pourrai déjà en jurer. En effet, sans pour autant être médecin, douter de l’utilité d’un masque face à un virus respiratoire, c’est un peu comme douter de l’utilité du cerveau pour réfléchir, vous ne croyez pas ? J’ai peur que ce prévisible virage, précédant une volte-face tout aussi certaine, soulève soudainement les vents de la colère de tout un peuple, abattant les voiles d’un bateau en errance, depuis longtemps sans capitaine et tout proche des écueils.

Un attentat, le premier sans doute d’une longue série, se déroule en fin de matinée à Romans sous couvert de religion et de folie meurtrière.

Aurélia coupe les cheveux à notre Crabe, sage comme une image devant la télévision allumée. Le résultat ne lui plait guère, la coupe étant bien trop courte à son goût. Quelques pleurs viennent ainsi alimenter l’eau de la douche prise juste après pour enlever les morceaux de toison pailletant et irritant ses épaules.

Sur mon balcon, à la proue de mon propre navire, je suis, comme le sable de nos plages, bien songeur et pensif dans ce monde qui change.

Les poignées de main, bisous et câlins sont devenus des armes et les non-visites aux anciens de vraies preuves d’amour.

Je pense à ce printemps qui nous entoure et déroule sous nos yeux son tapis verdoyant. Je réfléchis à cette nature qui met enfin les humains en cage et qui reprend la main. La vie continue, magnifique et sereine, et semble envoyer un message à notre humanité toute entière :

« Vous savez, vous n’êtes pas indispensables ! L’air, l’eau et la terre sans vous se portent bien et même mieux. Si votre cage s’ouvre à nouveau, rappelez-vous bien – pour la dernière fois - que vous êtes nos invités, pas nos maîtres ! Il n’y aura plus d’autre avertissement ».

Je rentre à l’intérieur de notre appartement, l’esprit toujours songeur et pensif …

Extrait de mon futur roman "Entre-deux moi"

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