ARCHÉOLOGIE DU COPIER-COLLER

Le colloque "Approche éthique du plagiat"... et ses grands absents

Le colloque Approche éthique du plagiat est l'épisode le plus récent d'un feuilleton Paris-8-plagiat dont seule l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) serait en mesure de décider la fin. Il est dommage que le ministre de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur, Benoît Hamon, qui a été membre du Conseil d'administration et professeur associé à Paris 8, ne se soit pas encore décidé à la saisir (note 1).  JN D.


(Le texte ci-dessous est la suite de Quand l'éthique vient au secours du plagiat universitaire publié le 19 mai 2014 sur Mediapart)


L'Université Paris 8, entre cynisme et irresponsabilité
     Le matin du 20 mai 2014, deux douzaines d'enseignants-chercheurs et une cinquantaine de doctorants de Paris 8 étaient présents au colloque Approche éthique du plagiat : regards croisés qui s'ouvrait dans l'auditorium des Archives nationales.
     Initiatrice et présidente de ce colloque, Michèle Montreuil, présidente du Comité d'éthique de Paris 8 (note 2) rêvait depuis juillet 2013 d'un "grand témoin" à qui serait confié le discours inaugural – une caution de sérieux pour un colloque sur le plagiat sans précédent, un colloque en effet co-organisé avec les directeurs d'Écoles doctorales dont l'un, Imad Saleh, est un plagiaire avéré. Un colloque entre cynisme et irresponsabilité, qui laisse sidéré, accablé et ulcéré pour continuer à plagier... le récent éditorial d'un grand quotidien à propos de l'affaire Copé.
     Michèle Montreuil, a d'abord cherché fin 2013 à convaincre le professeur Jean-Claude Ameisen, actuel président du Comité consultatif national d'éthique d'être le "grand témoin" du colloque, puis le professeur Alain Grimfeld, ancien président du CCNE, dont le nom apparaîtra sur plusieurs versions du programme du colloque de décembre 2013 à avril 2014. Une fois mieux informé des dessous du colloque, Alain Grimfeld s'en retirera.

Jacques Robert, du "grand témoin" au "grand absent"
     Le programme diffusé à partir du 5 mai 2014 fait état d'une intervention inaugurale par "Jacques Robert, professeur de droit, ancien président de l’université Paris2–Assas et ancien membre du Conseil Constitutionnel". Jacques Robert était déjà membre extérieur du Comité d'éthique de Paris 8 depuis sa création à la fin de l'année 2012 – un membre très "extérieur" du comité puisqu'il n'a jamais assisté à la moindre de ses réunions.
     Michèle Montreuil annoncera le matin du 20 mai avoir été informée la veille au soir de la défection de Jacques Robert pour raison de santé... En réalité en décidant d'être le "grand absent" de ce colloque plutôt que son "grand témoin", le professeur Jacques Robert refusait simplement d'être la caution d'une entourloupe.

D'autres absents...
     Louise Merzeau (université de Paris X - Nanterre), fine analyste du Copier-coller, avait compris le rôle que l'on souhaitait lui faire jouer et avait dès la fin avril annoncé aux organisateurs son retrait du colloque. Judith Ickowicz, avocate, docteur en droit, théoricienne de l’art, a comme Jacques Robert été la victime la veille au soir d'un soudain problème de santé. Anne Fagot-Largeault, professeur et coordinatrice du comité d’éthique au Collège de France, auteur du texte "Petites et grandes fraudes scientifiques", avait décidé qu'elle ne serait pas non plus caution de cette mascarade. Michèle Montreuil annoncera au colloque, en début d'après-midi, qu'Anne Fagot-Largeault venait d'être victime d'un problème de transport et était bloquée... à l'aéroport de Séoul !
     Ils sont donc cinq – Anne Fagot-Largeault, Alain Grimfeld, Judith Ickowicz, Louise Merzeau et Jacques Robert –, extérieurs à Paris-8, qui ont vu leurs noms s'afficher sur le programme du colloque "Approche éthique du plagiat" et se sont finalement dispensés d'y apparaître, une fois informés de son contexte particulier.

Les présents...
     Quatre intervenants extérieurs à Paris 8 – Éric Brian, directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales ; Ayman Tourbah, professeur de neurologie au C.H.U. de Reims, co-signataire de nombreux articles avec Michèle Montreuil ; Jacques Py, professeur de psychologie sociale à Toulouse-2, ancien professeur à Paris 8, membre, comme Michèle Montreuil, de la 16e section du CNU et (note 3), et Jean Castelain, ancien bâtonnier du barreau de Paris n'ont donc rien vu d'incongru à venir disserter du plagiat universitaire... devant l'impassible directeur-d'école doctorale plagiaire, co-organisateur du colloque, dont ils ont sans sourciller accepté l'invitation.
     À notre connaissance, ces intervenants avaient été informés, tout autant que ceux qui ont choisi d'être absents, du contexte particulier de ce colloque et notamment des plagiats grossiers d'un de ses co-organisateurs. Comble de la  tartufferie, ils ont bien sûr, comme si de rien n'était, condamné le plagiat chez les étudiants lors de leurs communications. Lors des débats, Éric Brian se targuera même de sa fermeté vis-à-vis des étudiants plagiaires de l'EHESS qu'il renvoie d'un lapidaire "Cher ami, dehors ! soyez journalistes !", ou encore plus brièvement, en imitant l'activité du copieur-colleur : "clic-clac, dehors !". Malheureusement, le ton cinglant qu'Éric Brian emploie devant ses étudiants plagiaires de l'EHESS s'est adouci quand il s'est trouvé à Paris 8 devant un enseignant-plagiaire directeur d'école doctorale et membre du CNU. Imad Saleh (note 4) était en effet présent au milieu des directeurs d'écoles doctorales et des membres du Comité d'éthique de Paris-8. Après les interventions d'Éric Brian, de Denis Bertrand et d'Ayman Tourbah, le programme annonçait : "débat avec les orateurs, la salle et les directeurs des écoles doctorales". C'est à cet instant précis qu'Imad Saleh, sans courage excessif, a choisi de s'éclipser.
     Durant les deux débats, en fin de matinée et en fin d'après-midi, qui ont chacun duré environ une heure, il n'y a eu qu'une seule intervention d'un doctorant (les doctorants étaient une cinquantaine le matin, beaucoup moins l'après-midi). Lors des débats, on a entendu Alain Bertho, directeur de la Maison des Sciences de l'Homme Paris-Nord, et Mario Barra Jover, vice-président du Conseil scientifique, se congratuler : ils avaient réussi l'exploit d'empêcher à Paris 8 la soutenance d'une thèse plagiaire !  Incidemment, ils nous ont appris que malgré les 100 pages de copier-coller repérées dans cette thèse – ils estimaient qu'il y en avait probablement plus – le directeur de thèse s'entêtait à vouloir laisser le doctorant soutenir. Ce n'est qu'après avoir reçu une lettre recommandée l'en dissuadant, qu'il a retrouvé la raison...
     Il reste que Mario Barra-Jover et Alain Bertho sont les mêmes qui, alors membres de la Commission déontologie, avaient expertisé avec soin et validé... une thèse du laboratoire Paragraphe d'une incohérence manifeste et à près de 100% plagiaire. Une thèse soutenue au sein de l'École doctorale Cognition, Langage Interaction dirigée à ce moment par Mario Barra-Jover et aujourd'hui par Imad Saleh. Alain Bertho et Mario Barra-Jover ne se sont jamais inquiétés que cette thèse, comme tant d'autres thèses de même nature du laboratoire Paragraphe figure toujours dans le répertoire SUDOC, y compris la thèse plagiaire à laquelle conduit ce lien qui réunit Pascal Binczak, Danielle Tartakowsky et Mario Barra-Jover dans la même passivité face aux plagiaires (voir note 5).

Plagiat, un contresens
     Les interventions qui se sont succédé tout le long de la journée étaient censées donner des repères solides sur ce qu'est le plagiat. C'est pourtant lors du débat de clôture que Christian Doumet, directeur de l'École doctorale de Paris-8 Pratiques et théories du sens, a fait et développé un beau contresens à propos de la notion même de plagiat.
     Doumet souhaitait convaincre qu'il fallait toujours être prudent... que les rapports entre la notion d'œuvre et celle de plagiat étaient parfois complexes... puisqu'un "plagiat" pouvait devenir une "œuvre"...  Il a voulu illustrer ses propos en évoquant les "plagiats" réalisés par Han van Meegeren des peintures de Johannes Vermeer et en précisant que ces "plagiats" avaient déjà été exposés comme "œuvres" de van Meegeren dans un musée de Rotterdam...  Christian Doumet souhaitait avec cet exemple montrer que les "plagiats" d'hier pouvaient être les "œuvres" de demain et, en quelque sorte, que les "plagiaires" pouvaient être de véritables "auteurs". Le contresens est patent puisque le fameux faussaire hollandais n'était pas un plagiaire... Van Meegeren peignait des tableaux à la manière de Vermeer, mais avant de les vendre comme tel, il prenait le soin d'y apposer une signature qui imitait celle de Vermeer et évitait naturellement de signer son faux tableau de son propre nom ! C'est toute la différence avec le plagiaire qui, lui, se distingue par une démarche inverse : il signe de son propre nom ce qu'il a plagié.


     Cette confusion faite en conclusion de ce colloque le résume à elle seule. Nous avons déjà signalé que la confusion entre contrefaçon et plagiat était fréquente et pas anodine. Elle est particulièrement cultivée dans les universités comme Paris 8 où l'on se refuse à traiter les plagiats dans le cadre disciplinaire au prétexte qu'ils n'ont pas été l'objet de plaintes des plagiés et condamnés par un tribunal. Un argument de pure hypocrisie puisque les tribunaux, eux, font la distinction : ils ne connaissent pas le délit de plagiat mais seulement celui de contrefaçon. Or, pour des raisons de différents ordres, très peu de plagiats universitaires sont en mesure d'être l'objet d'une plainte en contrefaçon et donc susceptibles d'être condamnés par un tribunal.

Jean-Noël Darde (Maître de conférences/r. Université Paris 8)

Note 1 :
     On peut soutenir que les plagiats, même répétés, d'un enseignant-plagiaire ne sont pas un sujet pertinent de saisie de l'Inspection générale. Par contre, l'organisation dans la durée de la protection d'enseignants-plagiaires par l'institution universitaire – dans ce cas, depuis la direction de l'université Paris 8 à la Commission permanente du Conseil national des universités qui persiste à afficher joyeusement sur son site les articles outrageusement plagiaires  d'un membres  du CNU –  est bien un sujet digne d'une enquête de l'Inspection générale.

Note 2 :
     Un comité bientôt étique à défaut d'être éthique ? Avec les démissions d'Alain Quemin, professeur de sociologie à l'université Paris-8 en avril et plus récemment celle d'Isabelle Varescon, professeur de psychopathologie (université Paris-Descartes), le Comité d'éthique de Paris-8 est désormais plus resserré. Nous reviendrons sur ce comité dont la composition même a conduit une grande majorité de ses membres à suivre aveuglement, de manière peu éthique, le chemin que lui a tracé Michèle Montreuil.

Note 3 :
     Aussi étonnant que cela puisse paraître, les sections du Conseil national des universités étaient particulièrement bien représentées dans ce drôle de colloque, aussi bien du côté des organisateurs que de ceux qui avaient accepté d'y intervenir, ainsi : Imad Saleh (plagiaire de la 71 e section du CNU – Sciences de l'information et de la communication), Michèle Montreuil et Jacques Py (16e section du CNU, psychologie) et Alain Bertho, président de la 20e section du CNU (anthropologie). On imagine qu'un bon nombre des organisateurs et intervenants de ce colloque sont aussi experts de l'AERES, l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Khaldoun Zreik et Imad Saleh, "auteurs" de plagiats, ont été experts de l'AERES). Aux spécialistes les plus pointus de l'évaluation dans l'université française (du CNU et de l'AERES), soumettons une nouvelle fois les deux articles "caractéristiques" qu'Imad Saleh a choisi de placer en tête de sa fiche personnelle de membre du CNU (voir note 3) mise en ligne sur le site de la Commission permanente du Conseil national des universités.

     * premier article-CP-CNU plagiaire. Le plagiat : Toward a collaborative Business Process Management Methodology (Rachid Meziani et Imad Saleh, Ouarzazate 2011.
     Le texte original : Proposals for an Agile Business Process Management Methodology (Rachid Meziani et Rodrigo Magalhães, Lisbonne 2009).
Les experts en évaluation reconnaîtront-ils les 100% de l'article Meziani-Saleh issus par copier-coller depuis l'article Meziani-Magalhães  ?

     * second article-CP-CNU plagiaire :  E-government: ITIL-Based Service Management Case Study (Rachid Meziani et Imad Saleh, Saleh.iiWAS 2010). Des plagiats de toutes les couleurs.
     Les "experts" se rendront peut-être compte que même ce qui n'est pas colorié est probablement aussi plagié et que "l'étude de terrain" est de tout évidence une étude "hors-sol" aux résultats bidons, démarqués d'une vrai étude.

     Le terme d' "irresponsabilité" employé au début de cet article n'est pas trop fort. Dans son intervention, Michèle Montreuil a associé l'équité à l'éthique. On attend donc l'avocat adroit – tout étudiant, ou enseignant-chercheur, convoqué devant une instance disciplinaire a le droit de prendre un avocat – qui saura exploiter la jurisprudence établie avec le cas "Imad Saleh /Paris 8 /71e section du CNI / bureau de la CP-CNU" et imposer au nom de l'équité éthique... un traitement équitable en faveur de son client plagiaire. C'est-à-dire la reconnaissance que ce qui a tout du plagiait, n'en est en réalité pas... et l'absence totale de sanction.

Note 4 :
     Il plaît à certains des universitaires les plus impliqués dans la protection d'un directeur d'école doctorale et membre du CNU plagiaire, notamment Michèle Montreuil, de vouloir persuader des collègues que nous voudrions seulement régler des comptes personnels : c'est insultant à notre égard et, surtout, particulièrement stupide ; cela tient de la psychologie de bazar. Nous n'avons aucun compte à régler avec  Imad Saleh.
     La seule origine de la présence du nom d'Imad Saleh sur ce blog c'est sa décision au printemps 2006 d'autoriser un doctorant à soutenir sa thèse (à près de 100% plagiaire...) alors qu'il avait été informé de la façon la plus officielle que ce doctorant avait déjà obtenu son DEA grâce à un mémoire 100% plagiaire... Mémoire de DEA 100% plagiaire que nous avions été conduit à connaître dans le strict cadre de nos fonctions au département Hypermédia de Paris 8.
     Nous avons d'abord tenté de trouver une solution à cette situation dans le cadre du département Hypermedia, en vain. Puis en informant le président de l'université Paris 8, Pascal Binczak. Il s'avère que Pascal Binczak, aujourd'hui président du PRES Paris-Lumières, n'a pas réagi comme auraient dû lui imposer les devoirs de sa charge.
     À partir de là, tout s'est enchaîné non pas de notre fait, mais de la kyrielle de plagiats auxquels était associé Imad Saleh à travers des thèses outrageusement plagiaires soutenues au laboratoire Paragraphe, qu'il avait parfois dirigées, ou validées comme membres des jurys, jusqu'à son choix d'exposer en 2012 certains de ses propres plagiats grossiers ("écrits" en 2010 et 2011) en tête de sa fiche individuelle sur le site de la Commission permanente du Conseil national des universités (voir note 2).
     On imagine que si nous étions susceptibles de reproches à propos de notre attitude dans ces affaires de plagiat institutionnalisé, nous n'insisterions pas tant pour demander la saisie de l'Inspection générale (IGAENR).

Note 5 :
Jacques Bolo, un des plagiés de cette thèse soutenue au Laboratoire Paragraphe, a informé Pascal Binczak de ces plagiats (17.000 signes...) en septembre 2010. N'obtenant aucune réponse, il a envoyé un courrier recommandé au président de Paris 8 le 21 février 2011 et une nouvelle relance AR quelques mois après... toujours en vain. Élisabeth Bautier était alors présidente de la Commission déontologie et aurait dû être saisie de cette thèse plagiaire. Le courrier recommandé adressé le 8 avril 2013 par Jacques Bolo à Danielle Tartakowsky, qui avait succédé à Pascal Binczak, n'a pas eu plus de succès – c'était alors Mario Barra Jover, vice-président du Conseil scientifique et à ce titre nouveau président de la Commission déontologie, qui aurait dû hériter du dossier. Jacques Bolo, pugnace, a envoyé un nouveau courrier le 27 avril 2013, cette fois au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche, auquel a répondu Éric Piozin, chef de service, adjoint à la directrice générale de l'Enseignement supérieur  le 4 juin 2013 :
"dans la mesure ou une thèse ne peut résulter que d'un travail scientifique original, j'ai rappelé à la présidente de l'université la procédure disciplinaire applicable en la matière étant considéré qu'un acte obtenu par fraude peut être retiré à tout moment"
La présidente de Paris 8 n'en fera rien. En juin 2013, c'est pourtant le moment où Michèle Montreuil, approuvée par Danielle Tartakowsky, a eu cette idée lumineuse : organiser en 2014 à Paris 8 un colloque sur l'éthique du plagiat !

 



* * *

 

 




 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Dont acte sur une appartenance "institutionnelle" qui ne s'est traduite en ce qui me concerne par aucune participation à aucune séance. Alors  directeur de l'Ecole doctorale, c'est dans ce cadre qu'avec mes adjoints, Hervé Serry et Hélène Gaumont-Prat, je me suis mobilisé contre le plagiat en amont des soutenances. Cette bataille, comme je l'ai expliqué lors du colloque, ne fut pas toujours simple faute de procédures réglementaires identifiées face aux cas avérés. Nous avons d'ailleurs intégré cette réflexion dans le rapport que nous avons rendu à l'AERES en 2013.