La tolérance au plagiat, une valeur de l’Université française ?


[Le plagiat] est une véritable atteinte au « code d’honneur » de l’université (rapport n° 2012-027 de  l'IGAENR, avril 2012)

La tolérance au plagiat est-elle une des valeurs que compte défendre et promouvoir le prochain bureau de la Conférence des présidents d'université (CPU)  ?

On est en droit de se poser la question.

Les deux listes candidates aux élections, le 18 décembre 2014, au bureau de la Conférence des présidents d'université sont respectivement conduites par Anne Fraïsse, présidente de Montpellier 3, et Jean-Loup Salzmann, président de Paris 13. La présidente de l'université Paris 8 figure sur la liste d'Anne Fraïsse. Sur la liste de Jean-Loup Salzmann, le président de la Communauté des universités et établissements de Lyon, Khaled Bouabdallah, représente aussi l'université Jean Moulin – Lyon 3, adhérente de cette COMUE et présidée par Jacques Comby.

Le rôle de la Conférence des présidents d'université (CPU), et tout particulièrement celui de son bureau, est notamment de "défendre et promouvoir l’université française", de "porter la voix et les valeurs des universités dans le débat public" et encore, d'aider à la "promotion de l’Université française et de ses valeurs en France et à l’étranger" (cf. http://www.cpu.fr/presentation/un-role-defendre-et-promouvoir-luniversite-francaise/).

L'université Paris 8 (COMUE Paris-Lumières) et l'université Jean Moulin (COMUE de Lyon) sont-elles les plus indiquées pour défendre et promouvoir les valeurs de l'Université française ?

La candidature de Danielle Tartakowsky

Ce n'est pas l'historienne respectée qui se présente pour défendre les valeurs de l'Université française, mais la présidente de Paris 8.
Or, en validant sous la présidence de Pascal Binczak (2006-2012) une thèse à près de 100% grossièrement plagiaire, après l'avoir expertisée (sic) pendant de longs mois, la "Commission déontologie" de Paris 8 a fait de cette université la reine de toutes les universités tolérantes au plagiat et aux plagiaires.

Présidente depuis 2012, Danielle Tartakowsky a malheureusement poursuivi à Paris 8 la politique de son prédécesseur Pascal Binczak : ignorer des thèses-plagiaires, soutenir sans faille des enseignants-plagiaires, et nous menacer d'un procès (cf. le rappel des faits en note-1).

L'université Lyon 3 (COMUE de Lyon)

La COMUE de Lyon est loin d'être un modèle en matière d'attitude face au plagiat. Ainsi, la direction de l'université Jean Moulin – Lyon 3 refuse toujours d'annuler deux thèses-plagiaires emblématiques qui apparaissent  toujours sur la base de données SUDOC. La première (le 3e cas présenté dans le texte 400 pages de plagiats : 20,33 euros) a pourtant été dénoncée comme plagiaire par un CNU de droit public présidé par Frédéric Sudre (Montpellier 1, aussi président de la CP-CNU de 2009 à 2011), puis par le Conseil d'État (arrêt du 23 février 2009). Cette thèse-plagiaire n'est toujours pas annulée au prétexte fantaisiste que, selon la direction de Lyon 3, "la volonté intentionnelle de la fraude ou de plagiat ou de contrefaçon n’a pas été démontrée et le bénéfice du doute doit être appliqué" (Isabelle Rey-Lefebvre, Le Monde du 3 mai 2012). La seconde thèse, outrageusement plagiaire, "rédigée" sous la direction attentive de Christian Philip – chef de cabinet de François Fillon quand ce dernier était ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, professeur à Lyon-3, puis recteur d'Académie – continue de scandaliser des collègues algériens (cf. L’université Lyon 3, le plagiat et les ratés de la francophonie).

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Le bureau actuel de la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU), a déjà refusé d'agir à l'encontre d'un membre du CNU, plagiaire avéré à Paris 8, qui affichait, et affiche toujours, ses travaux plagiaires jusque sur sa notice  [les "publications caractéristiques" (sic)] mise en ligne sur le site internet officiel de la CP-CNU.
Il serait désastreux pour la réputation de l'Université française que le bureau de la Conférence des présidents d'université soit aussi, comme celui de la CP-CNU, un bureau que l'on puisse soupçonner d'être tolérant au plagiat.

Pourrait-on demander aux candidats au bureau de la CPU concernés – la présidente de Paris 8 et le président de la COMUE de Lyon, de s'engager à ce que les dossiers des quatre thèses-plagiaires évoquées ci-dessus et dans la note ci-dessous soient revus avec un minimum de sérieux ?

À l'instar de Bertrand Monthubert, président de l’université Toulouse III - Paul Sabatier (affaire Marchal-Sixou), ne serait-il pas temps que la présidente de Paris 8 et le président de Lyon 3 saisissent l'Inspection générale (IGAENR) pour enquêter sur les dysfonctionnements qui ont permis ces situations – les refus d'annuler des thèses si grossièrement plagiaires – qui portent gravement préjudice à la réputation non seulement de Paris 8, de la COMUE Paris-Lumières, de Lyon 3 et de la COMUE de Lyon, mais  de l'Université française dans son ensemble.

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Note 1 – (nouveau) rappel de quelques faits irréfutables
Sous la présidence de Pascal Binczak, une commission ad hoc, drôlement baptisée Commission déontologie, a été chargée d'expertiser (sic) puis de valider (!) une thèse à près de 100% plagiaire...
Cette Commission déontologie comptait neuf membres. Présidée par Élisabeth Bautier, vice-présidente du Conseil scientifique, elle incluait les quatre directeurs d'écoles doctorales de l'université Paris 8...
Danielle Tartakowsky a inauguré en mai 2014 un colloque "Approche éthique du plagiat", co-organisé en toute connaissance de cause avec un enseignant-plagiaire (cf. 12 et 3). La présidente de Paris 8 vient de remettre les palmes académiques (officier) à ce même enseignant, plagiaire avéré, et aux trois membres de la Commission déontologie (sic) les plus impliqués dans l'expertise et la validation, sous la présidence de Pascal Binczak, de la thèse à près de 100% plagiaire...
Cette thèse plagiaire validée au nom de la déontologie n'est pas la seule... La direction de l'université refuse toujours d'ouvrir une procédure d'annulation à propos d'autres thèses grossièrement plagiaires soutenues au Laboratoire Paragraphe de Paris 8. Ceci, même quand un des plagiés a établi les importants emprunts dont il a été victime et en a informé à plusieurs reprises par courrier recommandé AR Pascal Binczak, puis Danielle Tartakowsky, puis Geneviève Fioraso, alors ministre. La présidente de Paris-8 n'a pas réagi à un courrier du printemps 2013 où Éric Piozin, au nom de la ministre, rappelait Danielle Tartakowsky à ses obligations et lui demandait d'ouvrir une procédure "étant considéré que tout acte obtenu par fraude peut être retiré à tout moment" (courrier d'Éric Piozin au plagié). En effet, il n'y a pas de prescription en matière de thèse plagiaire. Éric Piozin se serait inquiété du sort réservé à son courrier adressé à Danielle Tartakowsky, il aurait su qu'il est resté sans le moindre effet.

On ne peut expliquer l'appui dont bénéficie des thèses-plagiaires et des enseignants-plagiaires à Paris 8 par la seule défaillance individuelle de quelques enseignants-chercheurs de cette université. Tout indique que des membres de différentes instances de Paris-8 ont pris de manière concertée la décision d'ignorer des thèses plagiaires pour protéger la réputation de leurs directeurs de thèses et des membres des jurys de soutenance, dont un ancien vice-président du Conseil scientifique et des enseignants-plagiaires (on ne s'étonnera pas que des enseignants-plagiaires dirigent des thèses-plagiaires, ou président leur jury de soutenance...).
Seule la saisie de l'Inspection générale par la ministre permettrait une enquête sérieuse qui serait en mesure de conclure quels sont les enseignants-chercheurs impliqués et le degré de leurs responsabilités dans ces affaires déshonorantes, pour emprunter au vocabulaire de l'IGAENR.

L'attitude face aux plagiaires des présidents de Paris 8 a déjà porté tort aux enseignants-chercheurs de cette université qui, dans leur majorité, n'ont rien à voir avec ces plagiats et la protection des plagiaires.
Concernant ces affaires de plagiat, Danielle Tartakowsky avait affirmé lors de la Commission de la recherche de Paris 8 du 10 juillet 2014 qu'il était "nécessaire d’éclaircir les tenants et aboutissants de cette situation".
La présidente de l'université Paris-8 n'a rien fait depuis pour "éclaircir (...) cette situation". Devenue elle-même partie du problème, elle ne dispose plus de la crédibilité nécessaire pour mener une enquête impartiale; c'est pourquoi l'intervention de l'IGAENR s'impose.
Comme présidente de Paris 8, Danielle Tartakowsky ne paraît pas être la meilleure candidate pour faire la promotion de "l’Université française et de ses valeurs en France et à l’étranger".

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L'édition de cet article sur le blog Archéologie du copier-coller  (http://archeologie-copier-coller.com/?p=12559)  bénéficie de réactions, notamment celle de Jacques Comby, président de l’Université Jean Moulin Lyon 3. J'ai répondu à ces commentaires.

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