À propos de l’enquête sur la fraude scientifique publiée par le journal du CNRS

Le plagiat remet en cause la réputation internationale des établissements. (...) Le plagiat interpelle la communauté universitaire dans l’essence même de son métier. (...) Il mine la crédibilité de l’institution (...). [il est] une véritable atteinte au « code d’honneur » de l’université.

Rapport de l'Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche (IGAENR)
(Rapport-2012-027, avril 2012)

Journal du CNRS, n° 278 Journal du CNRS, n° 278

 

Le dossier « Grand format » du n° 278 du journal du CNRS, (automne 2014, ici sa version pdf) est consacré à la fraude scientifique. Dans cette enquête, Lydia BEN YTZHAK et Yaroslav PIGENET accordent une bonne place au « plagiat à l’ère du copier-coller ».
Sur cet aspect de la fraude scientifique, les deux auteurs ont principalement interrogé des intervenants au colloque « Le plagiat de la recherche ». Ce colloque (note 1) avait conclu en septembre 2011 un séminaire organisé à l’Université Paris 2 à l’initiative de Gilles J. GUGLIELMI (Université Paris 2) et Geneviève KOUBI (Université Paris 8), avec l’appui d’Hélène MAUREL-INDART (université de Tours), Michelle BERGADAA (université de Genève), Mathieu TOUZEL-DIVINA (université du Maine ) et nous-même (université Paris 8).

L’article renvoie notamment au blog Archéologie du copier-coller et cite notre mise en cause de la pratique de certaines « commissions de déontologie et d’éthique » face au plagiat. On aura compris, que nous visions particulièrement la Commission déontologie de Paris 8, présidée par Élisabeth BAUTIER, alors vice-présidente du Conseil scientifique, dont les décisions avaient été couvertes par Pascal BINCZAK, président de Paris 8 (cette commission a « expertisé » et validée une thèse à près de 100% plagiaire – Lire L’excellence et les drôles d’expertises de la Commission déontologie de l’université Paris-8). Nous visions aussi le Comité d’éthique de Paris 8, présidé par Michèle MONTREUIL, qui a co-organisé le fameux colloque « Approche éthique du plagiat »… avec un enseignant-plagiaire emblématique… (lire la série d’articles du dossier L’entourloupe).

Les auteurs du dossier du journal du CNRS sur la fraude scientifique placent en exergue de leur article sur le plagiat l’avis de Geneviève KOUBI : « le plagiat n’a pas pour seule victime la personne pillée : il favorise l’immobilisme et jette le discrédit sur tous les autres chercheurs ». À Paris 8, ce discrédit jeté sur les autres chercheurs n’est pas le seul fait des plagiaires, en particulier les deux professeurs de Paris-8 dont quelques exemples de leurs articles plagiaires ont été présentés sur le blog Archéologie du copier-coller. Ce discrédit est aussi le fait d’universitaires qui ont couvert et protégé les plagiaires, et continuent à les couvrir et à les protéger. Ces universitaires sont dans les instances de direction de l’Université Paris 8, à la 71e section du CNU, présidée par Yves JEANNERET, et à la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU), présidée par Dominique FAUDOT.

Par ailleurs, de Valérie PÉCRESSE à Geneviève FIORASO ou Benoît HAMON, les ministres et leurs collaborateurs, bien que dûment alertés sont restés passifs, de même que l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), devenue Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Reste à savoir si Najat VALLAUD-BELKACEM qui s’est penchée sur l’éducation dans le « neuf-trois » se décidera à saisir l’Inspection générale pour enquêter sur la politique de protection de doctorants-plagiaires et d’enseignants-plagiaires menée depuis des années à l’université Paris 8 – Saint-Denis.

Dans sa conclusion, les auteurs de Le plagiat à l’ère du copier-coller citent Lucienne LETELLIER. Experte auprès du comité d’éthique du CNRS, cette dernière affiche un certain optimisme  : «… depuis quelques années, une prise de conscience des institutions a permis des actions préventives et répressives ». Cet optimisme est peut-être excessif :  un mauvais usage des logiciels anti-plagiat tel qu’il a souvent cours dans les universités en ont fait des outils efficaces, du moins en sciences humaines, pour apprendre aux étudiants, et aussi aux enseignants-plagiaires, à mieux plagier pour échapper au contrôle de ces mêmes logiciels… Quant aux vraies sanctions, si elles touchent quelquefois les étudiants plagiaires égarés, elles ne concernent que rarement, on pourrait dire jamais, les enseignants-chercheurs professionnels du plagiat (ils existent, nous les avons rencontrés…).

Pour rester avec l’exemple de l’université Paris 8, non seulement on n’y sanctionne pas les plagiaires, mais à l’occasion on les  fête, comme en atteste (voir ci-contre) cette émouvante cérémonie de remise des Palmes académiques, les palmes d’officier, à un enseignant-plagiaire emblématique par Danielle TARTAKOWSKY.

Paris 8 et les palmes académiques Paris 8 et les palmes académiques


Dans son billet qui conclut l’enquête sur la fraude scientifique du Journal du CNRS, Lucienne LETELLIER lance « un appel à briser la loi du silence » et déplore le sort réservé aux lanceurs d’alertes qui font état des fraudes : « dénoncer une fraude peut être lourd de conséquences… » (note 2).  En effet, on constate qu’il est beaucoup plus risqué, aujourd’hui encore, d’être un universitaire plagié qu’un universitaire plagiaire.


NOTES :

(1) Les actes de ce colloque ont été publiés aux éditions Lextenso.

(2) Sans avoir à nous plaindre d’avoir été plagié, nous avons fait l’expérience que, comme le souligne Lucienne LETELLIER, il est difficile de faire connaître les fraudes, même dans le strict cadre de ses fonctions. Nous continuons à nous affronter aux risques de procès du seul fait d’avoir fait état de plagiats à l’université Paris 8. Nous prenons un grand soin de ne rien avancer qui ne soit établi et accompagné de preuves irréfutables et attendons donc avec confiance l’issu d’un éventuel procès. Il reste que ces épisodes sont déplaisants et surtout significatifs des appuis inconditionnels dont peuvent bénéficier des plagiaires :

     – Une plainte d’Edmond LE BORGNE déposée le 16 janvier 2011 au Tribunal de Nantes, à notre encontre et contre Bénédicte BÉVIÈRE qu’il avait outrageusement plagiée, nous a valu une convocation et un interrogatoire par la police. Le dossier a été classé sans suite le 17 avril 2012 au Tribunal de Nantes pour « absence d’infraction ». (cf. Trop d’éthique tue l’éthique [2] : blanchiment de plagiat et de plagiaire à l’ombre de l’université Paris 8. Plagiaire compulsif, Edmond LE BORGNE, lourdement condamné au pénal pour contrefaçon, avait cependant bénéficié de la bienveillance de Pierre LUNEL, alors président de l’université Paris 8).

     – Par une « assignation en référé d’heure à heure » qui nous a a été délivrée le 26 octobre 2011, le professeur Khaldoun ZREIK souhaitait que le tribunal ordonne la fermeture de ce blog, de toute urgence (le blog Archéologie du copier-coller); ceci, en attendant une condamnation sur le fond pour diffamation (Kaldounn ZREIK prétendait par ailleurs à une somme considérable au titre des dommages et intérêts).

La plainte de Khaldoun ZREIK a été appuyée publiquement par Pascal BINCZAK (interview de Pascal BINCZAK par Anne MASCRET, agence AEF, 7 novembre 2011). Le président de Paris 8 (photo EducPros ci-dessus) avait fait bénéficier Khaldoun ZREIK de la « protection fonctionnelle » afin que les honoraires de son avocat soient pris en charge par Paris 8.

Devant le juge, Khaldoun ZREIK a fait valoir son CV et dix de ses publications, parmi les plus significatives de son abondante production. Une fois démontré qu’au moins quatre de ces dix articles étaient grossièrement plagiaires (mais à l’abri du contrôle d’un logiciel anti-plagiat, car les plagiats étaient issus de traductions de textes en anglais)… l’audience devant le juge ne pouvait que tourner à notre avantage. Ridiculisé dès l’étape du référé, Khaldoun ZREIK abandonnera la poursuite sur le fond… (lire Paris 8, procès et plagiats). Nous n’avons donc pas eu l’occasion d’exposer en détail devant un juge le making of de la majeure partie des publications de ZREIK.

Ce piètre résultat de Khaldoun ZREIK a refroidi les ardeurs de trois autres candidats aux dépôts  de plaintes, dont le professeur Imad SALEH. Les trois s’étaient déjà vus accorder la protection fonctionnelle par Pascal BINCZAK et donc, là encore, la prise en charge des honoraires de leurs avocats respectifs sur le budget de l’Université Paris-8.

     – Last but not least, les récentes menaces d’un procès à notre encontre proférées par Danielle TARTAKOWSKY lors de la Commission de la recherche du 10 juillet 2014 (lire la note 1 d’un article précédent).
Le plagiat parfait par substitution du nom de l'auteur Le plagiat parfait par substitution du nom de l'auteur
La présidente de Paris 8 déplorait la destitution d’Imad SALEH de la présidence de l’école doctorale Cognition, langage, Interaction votée par une majorité des membres de la Commission de la recherche du 26 juin 2014. L’approche objective de la nature de travaux d’Imad SALEH présentés sur ce blog (cf. l’exemple ci-dessus) avait probablement pesé dans la décision de destituer le directeur de l’école doctorale CLI.

Cette destitution venait d’autant plus mal pour Danielle TARTAKOWSKY qu’elle précédait de quelques jours la nomination, le 14 juillet 2014, d’Imad SALEH… comme officier des palmes académiques.



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