Pragmatisme sanitaire versus tour de passe-passe.

Plutôt que de nous enliser dans une discorde stérile au nom de la défense de nos libertés individuelles - risquant de fracturer nos sociétés-, mieux vaudrait que les gouvernements de tous les pays conviennent, de façon éclairée, de mesures sanitaires rationnelles...

Il est temps de changer la façon dont nous pensons la pandémie à Covid 19.

C’est en substance ce que disent les scientifiques et les experts ayant eu accès aux documents d’une récente présentation circulant en interne au sein des centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), principale agence sanitaire des Etats-Unis (documents révélés le 29 juillet par le Washington Post).

https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/07/31/covid-19-dans-le-monde-des-documents-americains-sonnent-l-alarme-face-au-variant-delta_6090099_3244.html

https://www.washingtonpost.com/health/2021/07/29/cdc-mask-guidance/

Et donc, plutôt que de nous enliser dans une discorde stérile au nom de la défense de nos libertés individuelles - risquant de fracturer nos sociétés-,  mieux vaudrait que les gouvernements de tous les pays conviennent, de façon éclairée, de mesures sanitaires rationnelles tenant compte de ces nouveaux éléments. Je parle là de mesures réellement adaptées à la réalité de cette situation - inédite certes, mais sans doute augurant d’autres pandémies à venir -, sans autoritarisme ni véhémence désobligeante, vexatoire,  voire calomnieuse.

Concernant la vaccination

Ces documents confirment que celle-ci permet - à titre individuel uniquement - de se protéger contre une forme grave du Covid, mais n’empêche en aucun cas la transmission ou la retransmission du virus aux autres (qu’ils soient totalement, partiellement, ou non vaccinés). Dès lors qu’il est contaminé ou recontaminé, un individu  - quel que soit son statut vaccinal donc - est porteur d’une charge virale importante et reste contaminant.

La vaccination - si tant est que nous puissions être persuadés de son innocuité sur le long terme - reste donc, pour l’heure, un des éléments clé pour nous protéger d’une forme grave. Elle empêcherait - nous dit-on - l’apparition de nouveaux « variants » à risque létal plus élevé.  Dans ce cas, cela pourrait effectivement justifier - pour des raisons d’abord et avant tout épidémiologiques - de la rendre obligatoire à l'échelle mondiale (le temps, seul,  confirmerait l’intérêt d'une telle mesure).  Mais pour y parvenir, il faudra bien de la pédagogie et des moyens pour l'hôpital si l’on veut éviter les crispations, au risque de déclencher d’importants troubles sociaux ; en aucun cas de l’autoritarisme ou de la démagogie infantilisante. Les politiques en seront-ils capables ?...  À la façon dont ils gèrent leur « com », j’ai quelques inquiétudes.

Concernant le pass sanitaire

Autant appeler un chat « un chat » : après ce qui vient d’être révélé dans la présentation du CDC,  le pass sanitaire n’a pas grand chose de « sanitaire ». Il n’est en rien un passe partout qui vous protège et protège les autres. Tout au plus un tour de passe-passe, un leurre inutile et socialement dangereux qui risque de diviser et de stigmatiser. En aucune façon il ne permettra de faire baisser le nombre des contaminations quotidiennes. Voire même risque-t-il de les faire augmenter si les possesseurs de ce sésame numérique négligent les mesures barrières (masques, distances, lavage des mains, aération…).

L’épidémie a sa dynamique propre.

Déconcertantes : les courbes de suivi épidémiologique ne permettent plus vraiment aux modélisateurs les plus rigoureux d’avancer des pronostics fiables. Le pragmatisme et l’humilité doivent désormais peser pleinement sur les décisions de nos politiques dont l'arrogance et les effets d’annonce emphatiques sont une arme dérisoire au regard d’une réalité qui les dépasse.

Pour Kathleen Neuzil, experte en vaccins à la faculté de médecine de l'Université du Maryland, faire vacciner davantage de personnes reste la priorité, mais le public pourrait également devoir modifier sa relation avec un virus presque certain d'être avec l'humanité dans un avenir prévisible. : « Nous devons vraiment nous orienter vers un objectif de prévention des maladies graves, des invalidités et des conséquences médicales, et ne pas nous soucier de chaque virus détecté dans le nez de quelqu'un. C’est difficile à faire, mais je pense que nous devons nous habituer à ce que le coronavirus ne disparaisse pas. »

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