Gouverner : l’exercice est difficile et n’est pas sans risques

 

Confrontés à la gestion dans l’urgence d’une crise sanitaire mondiale sans précédent, nombre de ministres et de parlementaires français semblent découvrir seulement aujourd’hui que gouverner est difficile et n’est pas sans risques.... À les voir se prendre les pieds dans le tapis au fil des semaines - allant pour certains jusqu’à user du mensonge pour sauver les apparences d’un professionnalisme qui leur fait défaut - il parait évident qu’ils ont perdu de vue l’exigence première de leur engagement : la rigueur.

La rigueur c’est ce qui distingue « l’homme d’État » du simple politicien.  Servir la France ne se résume pas à s’enorgueillir du strapontin qu’on occupe, ni parler à une tribune  quand on n’a rien à dire.  C’est souvent un parcours de l’ombre où concertation, analyse et réflexion, précèdent et conditionnent toute stratégie d’action, dès lors qu’on souhaite la rendre cohérente, adaptée et autant que possible efficiente. L’obligation de résultats doit être subordonnée à l’obligation de moyens. En cas de manquement à la règle, la confiance d’une population envers ses gouvernants se perdra et la sentence tombera, tôt ou tard. 

La rigueur c’est de ne pas tout miser sur  la « com » - autrement dit le « baratin » - pour dissimuler les lacunes de ses connaissances. C’est au contraire les présenter comme éléments devant inciter à davantage de prudence. Car si nul n’est tenu de tout savoir ni de tout maîtriser, on blâmera à coup sûr l’ignorant qui aura prétendu savoir, tout comme celui qui - au final - cherchera à se défausser sur des « sachants » qui lui auront servi de caution. Il en est des « comités scientifiques » comme des vitrines : les apparences comptent souvent plus que la réalité de la qualité des produits exposés…  

La rigueur du politique c’est aussi le souci de clarté. Dès lors qu’on s’adresse aux citoyens, le message doit être simple (pas simpliste), clair, sans équivoque. Il n’est pas question d’infantilisation mais de respect : on ne peut dire une chose et son contraire à quelques jours - parfois à quelques heures - d’intervalle. Sinon le message est brouillé. C’est souvent ce qui arrive quand un chef fait défaut, un chef vigilant, qui sait évaluer ses troupes et s’emploie à les coordonner. On touche là au cœur du problème : qui dirige ?...

L’amateurisme est un fléau. S’en contenter n’est pas seulement consternant mais peut conduire au désastre. Surtout quand il est question, comme en ce moment, de vie ou de mort.       

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