L’IMPOSSIBLE ARRIVE ET C’EST MAINTENANT

Et tant qu’à faire… qu’ils anticipent la prochaine pandémie. Ça leur évitera de mentir à nouveau.

Toute dette publique est regrettable, mais concevable dès lors qu’elle génère à terme une croissance forte, susceptible de faire baisser notablement le chômage et qu’elle participe au maintien d’une économie saine et non virtuelle.

Mais du fait de la crise actuelle, due à la pandémie du Covid-19, la plupart des économies occidentales sont en récession, ou sur le point de l’être. L’effondrement de la croissance - en quelques semaines à peine - et le nombre phénoménal de chômeurs qui en résulte, augurent d’un avenir bien sombre pour des milliards d’individus, quelles que soient leurs conditions de revenus actuelles, tous secteurs confondus.

Le recours à des emprunts supplémentaires (à taux zéro, ou, pire, à taux négatifs) contractés auprès des banques centrales ne ferait qu’accroitre la dette des états déjà surendettés, sans pour autant les doter de moyens pérennes pour parvenir à relever leurs économies moribondes. L’acharnement thérapeutique n’a souvent comme résultat que de prolonger les souffrances d’un malade exsangue. Le remède pourrait devenir pire que le mal.

Sans compter qu’en politique il n’est possible de gouverner que s’il y a la paix sociale. Celle-ci ne peut se maintenir que si l’on donne aux populations de l’espérance, de la considération - du pain et des jeux oseront dire les plus cyniques. Pas en les obligeant à observer un confinement moyenâgeux, tout en continuant à leur mentir effrontément. J’observe que la différence entre « gouverner » et « gesticuler » semble avoir échappé de nos jours à bon nombre de gouvernants. Ce n’est pas seulement regrettable, c’est criminel.

Car il y a « confinement » et « confinement » : combien d’entre nous supporteraient de tenir des semaines, voire des mois, enfermés dans un trois pièces dans une barre d’immeuble à la Courneuve, dans une promiscuité propice à tous les « pétages de plombs », sous la contrainte, en subissant au quotidien la répression de la techno-police dont on nous annonce le durcissement ? En zones de forte densité urbaine la majorité des gens ne dispose pas d’un jardinet, d’une terrasse, d’un horizon… Certes, le confinement sauve des vies et soulage les services de soins intensifs ; certes il est la seule réponse du moment à l’affligeante pénurie de moyens. Mais à quel prix ?...   Combien de femmes dès lors exposées à davantage de violences conjugales ? Combien d’enfants victimes de plus de maltraitance ? Combien de formes de ségrégation et de stigmatisation en plus ?...  Certes chaque soir les braves gens applaudissent aux fenêtres pour honorer les soignants, et c’est réconfortant. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la marmite sociale est en surchauffe. Elle risque d’exploser. Et les violences avec. Surtout si,  au bout du compte, la facture à payer s’avère élevée pour les plus démunis, avec son lot d’injustice, de faillites, d’inégalités persistantes, au nom de la sacro-sainte bonne santé d’un système économique qui depuis longtemps, trop longtemps, marche sur la tête.

Il paraît urgent, me semble-t-il, d’envisager des mesures vraiment radicales de sauvegarde des états et des populations pour éviter que tout cela finisse mal ; des mesures qui nous feraient changer de paradigme, non pas par choix idéologique, mais par nécessité : les états sont endettés ? Soit. Qu’ils se mettent d’accord pour supprimer la dette ! Pas dans dix ans, pas dans vingt ans, ni dans cent ans… Tout de suite ! L'impossible arrive et c'est maintenant. Alors oui  ils pourront à nouveau envisager d’emprunter pour relancer la machine et replacer l’humain au centre de leurs préoccupations.

Et tant qu’à faire… qu’ils anticipent la prochaine pandémie. Ça leur évitera de mentir à nouveau.

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