Climat : en finir avec le pilotage sans visibilité ? - épisode 2/3

Depuis la création du GIEC en 1988, les conférences internationales se sont succédé. Pour quel résultat ? Une augmentation de 50% des émissions de GES depuis 1990 au plan mondial. Dans le premier épisode de cette publication, nous avons expliqué en quoi l'indicateur proposé par le GIEC (+2°C à l'horizon 2100) est inadapté pour pousser à l’action. Voici de nouvelles propositions.

Dans le 1er épisode, nous avions vu que 5 points traduisent les défauts de la valeur de référence du GIEC :

  • horizon de temps trop lointain
  • absence de distinction des saisons d’été et d’hiver
  • valeur planétaire amalgamée, qui ne tient pas compte des lieux où vivent les gens
  • impossibilité de mesurer le changement en pourcentage
  • mise en perspective du passé très délicate

Quelles solutions pouvons-nous apporter ?

1re proposition : arrêtons de parler de 2100, parlons de 2050 !

Il faut communiquer sur des durées qui sont à notre portée. Un horizon de trente ans, l’an 2050, peut être compris et ressenti par la grande majorité d’entre nous. Un crédit immobilier dure près de 25 ans, et quand on a des enfants, on est bien obligé de se projeter un peu.

2e proposition : prenons en compte deux saisons, la saison de chauffe et la saison de réfrigération

Notre planète se divise en deux grandes zones climatiques densément peuplées :

  • la zone équatoriale et tropicale, où le chauffage n’est pas nécessaire en hiver, mais où la climatisation a tendance à se développer.
  • la zone tempérée, où il faut se chauffer en hiver, et où la climatisation estivale est maintenant bien présente.

Quant à la zone froide, elle est relativement peu densément peuplée, et l’impact en termes d’émissions de CO2 des populations qui y vivent est très faible, même si ces populations sont directement touchées par le changement climatique.

Dans notre zone tempérée, et bien entendu chez nous en France, nous avons ainsi une saison de chauffe, pendant laquelle il faut allumer le chauffage de temps en temps et une saison de réfrigération, au cours de laquelle un peu de rafraîchissement est parfois apprécié.

3e proposition : prenons en compte le climat local

L’approche d’ensemble, consistant à considérer le globe dans son ensemble - et de regrouper les espaces polaires, tempérés, équatoriaux, tropicaux - peut se comprendre.. Mais ne serait-il pas préférable de communiquer sur ce qui se passe chez nous, dans nos villes ? De ce que nous pouvons mesurer avec nos propres thermomètres, nos stations météo personnelles ? Ou avec les données publiques que nous pouvons consulter ?

4e proposition : utilisons un indicateur permettant de calculer des pourcentages d’évolution de températures

Est-il possible de trouver un indicateur de changement climatique qui permette de mesurer facilement des évolutions en pourcentage ? Et qu’un tel indicateur nous permette de savoir que cette année a été plus chaude de 10% par rapport à l’année dernière ?

5e proposition : en regardant le passé, voyons dans quelle mesure les changements sont visibles

A nouveau, il nous faut un indicateur qui permette d’analyser le passé, et de voir comment les choses se sont passées depuis que nous disposons de données météo. Quel est le rythme du changement ? Comment évolue-t-il ?

L’indicateur secret du changement climatique (que connaissent tous les professionnels de l’énergie)

L’indicateur évoqué ci-dessus existe bel et bien.

Il est utilisé depuis des décennies, notamment dans les contrats de chauffage des immeubles. Il peut être utilisé pour la saison de chauffe comme pour la saison de réfrigération, et sa valeur locale est disponible sur différents sites internet accessibles à tous.

Son nom : les degrés-jours unifiés ou DJU.

Comment est-il élaboré1 ?

Pour un lieu donné, on mesure chaque jour l’écart entre une température intérieure fixée par convention et la température extérieure. Pour la saison hivernale, cela permet d’évaluer un besoin de chauffage simple.

Par exemple, on examine la température de Lyon sur une journée de 24 heures en février. Si la température intérieure conventionnelle est de 18°C, et que la température extérieure est de 10°C, on compte : 18 – 10 = 8 degrés-jours.

Si jamais la température extérieure dépasse 18°, on considère qu’il n’y a pas de besoin de chauffage, et on ne compte rien.

Il ne reste plus qu’à cumuler les degrés-jours pendant la saison de chauffage, et vous obtenez la valeur des DJU saison de chauffe (degrés-jours unifiés) pour Lyon.

A l’opposé, on peut aussi calculer les DJU saison de réfrigération avec le même principe.

Toujours sur Lyon, prenons une journée de 24 heures en août. Si la température extérieure est de 30°C et que la température intérieure conventionnelle est de 26°C, on compte : 30 – 26 = 4 degrés-jours.

Ainsi, l’indicateur DJU satisfait l’ensemble des points-clés d’appréciation du changement :

  • horizon de temps proche et adaptable
  • distinction des saisons d’été et d’hiver
  • valeurs locales, faciles à obtenir
  • possibilité de mesurer le changement en pourcentage
  • facilité de mise en perspective du passé

Paris, Lyon, Marseille : 70 ans d’évolution climatique hivernale et estivale

L’indicateur a été décrit, il reste maintenant à en voir les applications opérationnelles.

Dans le prochain épisode, vous prendrez connaissance des résultats de nos analyses : soixante-dix ans de DJU sur Paris, Lyon et Marseille, de 1950 à 2019 inclus.
Vous aurez accès aussi bien aux DJU de chauffe qu’aux DJU de réfrigération2.

Le changement climatique vous semblera tout de suite bien plus palpable.

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[1] Méthodes de calcul des DJU chez Météo France

[2] Ces terminologies, DJU de chauffe et DJU de réfrigération, sont celles que propose l’organisation météorologique mondiale.

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