Le « Viva la muerte » de FH and Co

La confusion entretenue (volontairement?) entre la déchéance de nationalité et la qualité de citoyen ( en n'oubliant pas la perte des droits civiques prévus par les Codes) n'aide pas à comprendre vraiment l'enjeu que dissimule cette enième proposition de modification de la Constitution. « La vérité émerge plus facilement de l'erreur que de la confusion », disait déjà Francis Bacon.

Le « Viva la muerte » de FH and Co
01 01 2016

Non, il ne s’agit pas d’un remake du film d’Arrabal, dont peu se souviennent, tant la politique est devenu com’ abrutissante, au sens propre du terme.
Il s’agit bien de la proposition de déchéance de nationalité de bi-nationaux définitivement condamnés pour terrorisme ou « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation » ( flou garanti d’origine, et comme disait Martine Aubry « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » »), proposition approuvée à pieds joints, avec un trépignement de joie, applaudie à deux mains par l’extrême droite qui n’en attendait pas autant d’un PR que d’aucuns continuent d’affubler du faux nez d’homme de gauche! (1)
On aurait pu se douter que FH n’avait absolument aucun sens de ce que sont la dignité, les prérogatives et les droits d’un citoyen de son propre pays, puisque dès l’été 2012, avec l’empressement de Valls qui était à l’époque ministre de l’Intérieur, il avait livré à l’Espagne, une militante basque française pour des faits non justiciables en France!
Impardonnable, quoique peu visible et encore moins relevée, trahison qui ne fut au demeurant même pas la première de l’occupant de l’Elysée puisqu’il avait, aussitôt élu, renoncé à négocier quoi que ce soit de sérieux avec l’Allemagne sur la souveraineté du pays dont il était sensé défendre les intérêts. On aurait pu s’en douter d’autant mieux que l’année 2012 fut celle du bi-centenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, modeste penseur politique sans lequel ni la commémoration du centenaire de 1789, qui donna lieu au moins à une publication de l’ensemble de Cahiers de doléances, ni a fortiori celle du bicentenaire en 1989, pourtant largement utilisée par le président d’alors, n’auraient eu le moindre sens.
HEC et l’ENA n’enseignent ni l’Histoire, ni le respect des principes de la révolution fondatrice de la République et aucun Français, quelques spécialistes exceptés, ne se souvient de la moindre cérémonie à l’occasion de cet anniversaire du citoyen de Genève! .
Il convient d’ailleurs de ne pas oublier que cette proposition de modification de la Constitution s’accompagne d’une modification du texte autorisant la proclamation et la prorogation de l’état de siège par un renforcement inouï des pouvoirs d’un PR qui n’en a déjà que trop pour un système politique prétendument démocratique. Les politologues, avec un peu de mépris, ont inventé le mot « démocrature » pour qualifier certains régimes en transition, d’Afrique, en particulier. Il serait assez pitoyable que le bilan de FH se résumât à l’utilisation de ce concept pour la France.
La décomposition républicaine du régime est d’ailleurs telle que le même PM qui reproche à des élus encore conscients de leurs devoirs de s’égarer sur des valeurs, est le même qui dénonçait, il y a quelques mois et dans une conjoncture équivalente, 13 jours après les attentats de janvier (7 et 9), un apartheid social.
Comme la réponse à cet « apartheid » social n’est pas la réforme du collège, pure régression, on peut douter du sérieux de la parole de l’exécutif… Si on doit la chercher dans la proposition de réforme constitutionnelle, on peut douter de son adéquation au problème révélé par la réitération de faits terroristes 10 mois après ce que certains thuriféraires habituels du PM avaient salué comme une affirmation courageuse, ou mettre en question la qualité des politiques suivies depuis Charlie!.
Aucun juriste ni constitutionnaliste sérieux ne trouvant de lien entre la lutte contre le terrorisme et les modifications de la Constitution préconisées par le couple PR-PM, le surgissement de cette préconisation n’est pas à chercher dans une soudaine prise de conscience de la gravité de la situation en matière de sécurité publique dans notre pays.

Curieusement, la seule lecture explicative tourne donc autour d’une préoccupation purement politicienne, la réélection éventuelle du PR en 2017 et les manœuvres nécessaires pour affaiblir la droite ou le concurrent « républicain » qui en porterait les couleurs.

L'avis du peuple?
Calculs misérables évidemment auxquels des sondages complaisants et manipulatoires sembleraient donner quelque pertinence en faisant apparaître que plus de 80% des Français seraient partisans de la déchéance de nationalité sous la forme présentée dans le projet de loi.
Il est certain que faire porter par l’opinion publique, une modification fondamentale du pacte républicain est salué par la canaille communicante comme un joli coup, alors qu’il s’agit bien d’amputer une fois de plus les droits du citoyen: pas plus que la République pourtant, le souverain autrement dit le corps citoyen et l’individu citoyen ne sont divisibles.
Toute autre lecture de l’indivisibilité de la République serait un crime.
Le sondage fait ainsi apparaître non pas un peuple citoyen conscient de ses droits et mobilisé pour les défendre mais des consommateurs de communication apeurés et spectateurs de leur propre déchéance.
Le crime est précisément d’avoir conduit à cette anomie le peuple français.
On nous dira qu’il n’y a de crime que dans ce qui heurte les états forts et définis de la conscience collective et qu’en l’occurrence précisément la dite « conscience » va dans le sens souhaitée par les manipulateurs de symboles.
Un peuple « décitoyennisé » depuis des décennies et dont les choix sont régulièrement méprisés par ses mandataires (2005, 2012..) peut-il porter une conscience collective qui ne peut être et n’est pas durablement l’agrégation des sentiments individuels et des peurs particulières? Ou bien faudrait-il confondre conscience collective et opinion publique? La manipulation est d’autant plus évidente qu’interroger les Français sur la déchéance de nationalité, c’est d’abord s’abstenir de vérifier qu’ils savent encore le sens du mot citoyen!
La confusion entretenue (volontairement?) entre la déchéance de nationalité et la qualité de citoyen ( en n'oubliant pas la perte des droits civiques prévus par les Codes) n'aide pas à comprendre vraiment l'enjeu que dissimule cette enième proposition de modification de la Constitution. « La vérité émerge plus facilement de l'erreur que de la confusion », disait déjà Francis Bacon.
Rien d’étonnant à cela dans un pays dont les élus refusent de donner à Robespierre la place qu’ils ont osé donner à Thiers, belliciste, fusilleur et porte parole de la finance, vrai maître à penser des adversaires de l’impôt progressif à toutes les époques, que le maréchal Soult un jour avait traité de « foutriquet ». C’est Thiers, bien plus que Clémenceau le modèle de Valls.
Pour Hollande à ce propos, la question ne se pose pas, la notion de référence historique est vide de sens pour lui.
C’est d’ailleurs bien là le problème. Il faut se souvenir de la conclusion de Unamuno, réagissant au cri du fasciste Millan Astray, « Viva la muerte », le 12 octobre 1936: « Je considère comme inutile de vous exhorter à penser à l’Espagne »!


(1): ses défenseurs parlementaires disent que Cameron fait pire ou que le programme de Sarkozy ferait des ravages pour en conclure que la politique qu’ils soutiennent de leurs votes, n’est pas de droite . A quoi mènent les mécanismes de d défense du moi… ou la mauvaise foi!

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