Comment couler la concurrence ?

Ce billet est également publié à l'adresse suivante :

http://jean-paul-69-07.over-blog.com/2016/04/comment-couler-la-concurrence.html

 

Descendant en voiture ce matin vers le parc-relais du métro lyonnais de Gorge de Loup, j’entendis, vers 7 h 50 la discussion économique au cours de laquelle le journaliste Dominique SEUX accomplit fidèlement sa mission de propagateur de la foi néo-libérale.

La question qui vint sur le tapis fut celle de ces rémunérations effarantes et sans cesse revues à la hausse des dirigeants du CAC40, à propos de la rémunération du patron de PSA (Ne plaisantons pas, les fractions de pourcent c’est pour les minables … là on raisonne en plusieurs dizaines de pourcent … rigueur oblige).

Pour justifier ces évolutions n’ayant, évidemment, aucun rapport avec ce qu’arrachent, péniblement, les cent-quatre-vingt-quatre-mille salariés de PSA dans le monde, Dominique SEUX disait à peu près : « Ce qui justifie l’évolution de sa rémunération, c’est qu’autrement la concurrence étrangère l’embaucherait ».

Mais quelle riche idée il a eu là, ce cher Dominique SEUX !

Il y a en effet deux façons de battre la concurrence : être meilleur qu’elle ou qu’elle devienne moins bonne que nous.

Puisqu’à la tête des entreprises du CAC40 et en responsabilité des Ministères, nous avons manifestement des billes, issues d’ailleurs des mêmes grandes écoles et allant de plus en plus souvent des responsabilités publiques à la direction des grands groupes et réciproquement (« Passe-moi le séné, je te passerai la rhubarbe »), pourquoi n’inoculerions-nous pas nos maladies à nos concurrents, afin qu’elles les affaiblissent, comme elles ont détruit notre appareil productif ?

Réduisons les rémunérations des dirigeants des entreprises françaises, en les plafonnant à dix fois la rémunération des moins bien payés de ces entreprises. Cela aura plusieurs effets bénéfiques. Un allégement du « coût du travail » car la rémunération des dirigeants en fait partie ; inciter les patrons à augmenter leurs salariés puisque leur propre rémunération se mettra à en dépendre ; envoyer vers les concurrents des personnes avides de gagner de l’argent mais n’ayant prouvé que leur capacité de nuisance.

L’ennui c’est que ça supposerait que les Conseils d’Administration des entreprises des USA, de Chine, d’Inde etc … soient aussi peu lucides ou touchés par la consanguinité que nos CA français … et c’est bien loin d’être certains. Nos Phénix hexagonaux, ne tentent probablement pas beaucoup les gens sérieux de par le vaste monde … mais alors la crainte de Dominique SEUX ne repose sur rien d’autre qu’une légende. Si nos dirigeants étaient prêts à prendre des risques personnels pour aller tenter l’aventure à Paris … mais au Texas, ou au Sichuan, ou encore au Pendjab … ça se saurait. En tout cas, pourquoi ne pas dire : « Chiche » ?

Jean-Paul BOURGЀS 1er avril 2016

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.