Il y a deux ans, Hosni MOUBARAK fut chassé du pouvoir par un soulèvement si puissant que, malgré une réaction brutale qui fit un nombre élevé de morts, il fut rapidement emporté par une lame de fond. Les premières manifestations de masse eurent lieu le 25 janvier 2011 et, le 28 février, celui qui gouvernait depuis plus de trente ans et avait dû démissionner, se voyait même interdire de quitter l’Egypte, tandis que l’ensemble de ses avoirs était bloqué.
Les manifestants de la Place Tahrir avaient eu raison, en dix huit jours, d’un régime discrètement, mais solidement, fondé sur l’armée depuis la chute du roi FAROUK, en 1952, lorsque le général Mohammed NAGUIB puis, bien vite, le colonel Gamal Abdel NASSER avaient pris le pouvoir. L’armée avait étendu son pouvoir économique sur l’ensemble des activités industrielles, mais elle avait été incapable d’assurer le développement économique de l’Egypte. Pendant ce temps le « clan MOUBARAK » s’était constitué une fortune colossale largement clandestine … ce qui lui évitait de paraître en tête du classement annuel Forbes des premières fortunes mondiales.
L’armée lâcha MOUBARAK, puis tenta de lancer dans le jeu des jokers galonnés qui se révélèrent bien vite n’avoir strictement aucune épaisseur politique.
Si j’ai rappelé le premier coup d’état de 1952, puis l’arrivée au pouvoir de NASSER, en 1954, c’est parce que le motif … ou, peut-être, le prétexte de l’éviction du général NAGUIB par le colonel NASSER, c’était l’influence des « Frères musulmans » sur celui qui avait renversé FAROUK.
Presque soixante ans plus tard, ce sont toujours les « Frères musulmans » qui ont réussi à faire accéder l’un d’entre eux, Mohammed MORSI, à la tête de l’Etat, il y a exactement un an.
Bien que très occidentalisé, ayant longtemps vécu et enseigné aux Etats Unis où ses fils naquirent, Mohammed MORSI laissa libre cours aux tendances rétrogrades des « Frères musulmans » et il s’est révélé incapable d’être à l’écoute des aspirations des Egyptiens qui voulaient plus de liberté et non l’inverse. Cela n’aurait pas obligatoirement rempli de nouveau la Place Tahrir, si la situation économique apportait de l’espoir à une jeunesse égyptienne, qui est de plus en plus désespérée.
Du temps de l’Egypte ancienne, le Pharaon épousait ses sœurs afin de préserver la pureté du sang et conserver le trône dans la même famille.
Dans l’Egypte d’aujourd’hui, le nouveau Pharaon a choisi, semble-t-il, d’épouser ses frères.
Si c’était pour nous montrer qu’il n’est pas aussi rétrograde que ce qu’on pourrait croire, en pratiquant le mariage homosexuel, il faudrait, peut-être, qu’on lui dise qu’on n’est pas obligé de se marier avec ses frères et que c'est même tout aussi interdit qu'avec ses soeurs.
En tout cas, il est de plus en plus probable qu’il ne finira pas son mandat, mais il y a bien des raisons de craindre que son renversement se traduise par un affrontement brutal entre de nombreuses factions, parmi lesquelles les « Frères musulmans » disposent encore d’atouts majeurs. En 2011, l’armée laissa évincer Hosni MOUBARAK et servit plutôt de frein à la répression des manifestants de la Place Tahrir, en ira-t-il de nouveau de même dans les prochaines semaines ?
On peut redouter le pire. Tunisie, Libye, Syrie … Egypte, les printemps arabes semblent de plus en plus devenir de sombres hivers.
Jean-Paul Bourgès 1er juillet 2013