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Billet de blog 1 août 2013

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Elle a failli être belle … cette France là !

En faisant un gros effort de mémoire, rappelons-nous l’époque où un candidat à la Présidence de la République – qui fut élu ! – proposait aux Français « de travailler plus pour gagner plus » et de « devenir tous propriétaires de leur logement ».

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En faisant un gros effort de mémoire, rappelons-nous l’époque où un candidat à la Présidence de la République – qui fut élu ! – proposait aux Français « de travailler plus pour gagner plus » et de « devenir tous propriétaires de leur logement ».

Ça n’était qu’il y a six ans … et ça semble pourtant si lointain.

Avec un chômage en hausse constante depuis six ans, quelqu’un oserait-il encore proposer aux Français qui ont déjà la chance d’avoir un travail de faire des heures supplémentaires en privant, ainsi, des chômeurs de tout espoir de sortir de leur condition ? Avec cette même idéologie du « travailler plus », lors de la dernière élection présidentielle la droite osa taper à bras raccourcis sur « les 35 heures ». Au cours des dix années précédentes, sous deux quinquennats, elle s’était bien gardée d’abolir les « lois AUBRY ». Quelles que soient les multiples dispositions techniques prises pour faciliter l’accès à l’emploi, on commence enfin à comprendre que, sans croissance, il ne saurait y avoir de réduction du chômage et que mettre le chômage sur le dos de « avantages sociaux » n’est qu’une entourloupe politique. Toute politique déflationniste et monétariste est un coup de poignard dans le dos de ceux qui n’ont que leur travail pour vivre.

« Une France de propriétaires », autant dire pas « une France de locataires, nécessairement assistés et sans respect pour la propriété » … un ton rappelant furieusement GUIZOT, cent cinquante ans plus tôt. Tel était le deuxième mot d’ordre de cette droite qui achevait le quinquennat de Jacques CHIRAC en rêvant de maintenir la gauche dans l’opposition pendant trente ans au moins.

De la même façon qu’au travers du système des subprimes les banquiers américains avaient vendu du rêve à des personnes à revenus trop modestes pour que cela ne se termine pas en catastrophe, les copropriétés découlant des grands ensembles immobiliers appartenant à des bailleurs sociaux et cédés à leurs occupants débouchent sur des conditions de vie profondément inacceptables. Il ne s’agit pas d’un problème spécifiquement français et mon amie, Anita, qui vit à Tel Aviv, est confrontée à la même difficulté pour des copropriétaires devant le coût d’entretien de l’immeuble où se trouve leur logement.

Souhaiter que chacun soit propriétaire, c’est l’expression d’une idéologie qui pense qu’un propriétaire c’est quelqu’un qui aspire moins à changer la société … qu’un locataire. L’ennui c’est que le propriétaire va, peut-être, devenir plus pauvre qu’un locataire !

Un article du Monde daté du 31 juillet nous apprend que, dans certains immeubles acquis par leurs occupants, les ascenseurs sont en panne depuis trois ans. Les copropriétaires, trop pauvres, ne peuvent pas se mettre d’accord sur les travaux à entreprendre et sur la répartition de la dépense à engager. Si, un jour ou l’autre, il arrive un accident entraînant un décès dans l’un de ces immeubles, à cause de l’absence d’ascenseur dans un immeuble conçu pour disposer, impérativement, d’un ascenseur, la France entière sera bouleversée d’émotion … puis passera à autre chose, sans trop perdre de temps pour éviter que ça se reproduise … l’essentiel c’est d’apporter à nos « grandes » chaînes de télé, un « beau sujet bien émouvant » à traiter chaque jour. Les catastrophes des uns font le bonheur des autres.

Depuis, un nouveau métier est apparu : « agent de portage ». Il s’agit de personnes qui attendent au bas des cages d’ascenseurs et qui montent par l’escalier, parfois jusqu’au dixième étage, les courses et les paquets de ceux qui n’ont plus la force de le faire.

Devant le coût de l’eau, et s’il apparaît trop coûteux d’entretenir les réseaux de distribution dans certains quartiers, n’allons-nous pas retrouver le « porteur d’eau » ?

Je n’ai pas envie d’être le « porteur de mauvaises nouvelles », car on sait le sort qui lui est réservé, mais ces situations sont extrêmement préoccupantes..

Jean-Paul Bourgès, le 1er août 2013

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