J’étais, mardi soir, à une réunion du Conseil de Développement du Grand Lyon où nous réfléchissions aux différentes politiques conduites en faveur des personnes âgées, pardon « des séniors», et aux priorités que les membres souhaitent recommander à la future « Métropole de Lyon » dans ce domaine.
Ont été évoqués les investissements en EHPAD (Etablissement d’Hébergement de Personnes Agées Dépendantes), les initiatives inter-générationnelles, les services divers à développer etc … etc …
Il y aurait, évidemment, beaucoup à écrire sur ces sujets et tel n’est pas mon intention ce soir. Je voudrais surtout expliquer le titre de ce billet, qui part d’une réflexion que je me faisais en écoutant divers échanges entre les participants.
Beaucoup d’intervenants évoquaient les moyens de lutter contre la solitude des personnes âgées, étaient abordées des notions de décloisonnement de la société … et c’est en écoutant tout ceci que je me suis fait la réflexion qui m’a servi de titre.
Comment s’étonner, en effet, de la création de ghettos de personnes âgées quand, depuis la naissance nous avons une pratique doublement fondée sur des compartiments étanches les uns aux autres.
Les mélanges sociaux sont si faibles chez nous qu’afin d’éviter une situation par trop excessive, on a dû voter une loi, la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain, en décembre 2000), pour imposer aux communes qu’un taux minimum de logements sociaux soit atteint en vingt ans. Quelle prouesse, vous rendez-vous compte, avoir, comme la loi DUFLOT l’a modifié, un logement social (Correspondant aux revenus de 70 % des Français) sur quatre logements d’ici 2025. C’est pourtant si bien d’avoir des villes de riches et des villes de pauvres, des écoles de riches et des écoles de pauvres … et, d’ailleurs vous le savez bien, les plus pauvres préfèrent vivre entre eux … tiens, pardi !
Notre logique de l’habitat n’est plus adaptée à autre chose qu’à des catégories très précises : les célibataires, les jeunes ménages avec la possibilité d’un ou de deux enfants au maximum, les familles standard limitées à trois enfants, les personnes âgées.
Toute notre méthode de travail est fondée sur ces petits compartiments étroits et toute notre vie en est marquée dès le berceau. Et c’est dès le berceau que se prépare cet égoïsme cultivé catégorie sociale contre catégorie sociale, tranche d’âge contre tranche d’âge … dont les personnes âgées sont aujourd’hui les premières victimes et principalement par l’isolement moral et matériel dans lequel leurs familles sont les premières à les laisser. Nombreuses sont les personnes âgées qui ne reçoivent, au maximum, qu’une visite annuelle de la part de leurs enfants.
Ce qui est en cause c’est la notion de solidarité tous azimuts. Le manque d’esprit de solidarité touche toutes les catégories, toutes les tranches d’âges … à commencer par les plus faibles.
La principale solution de tous nos problèmes est d’abord morale, avant d’être matérielle. Tant que nous n’aurons pas retrouvé le sens du collectif, on ne peut espérer un mieux global. C’est antinomique de l’idéal néo-libéral et cela confirme que combattre cette idéologie mortifère est essentiel.
Jean-Paul Bourgès 2 juillet 2014