La situation financière de l’Argentine donne lieu dans les journaux à de nombreuses dissertations politico-économiques du style de ce qui a toujours fait les délices de Sciences-Po. La thèse, l’antithèse, la synthèse !
Mais tout ceci n’est que foutaise.
Quels sont ceux qui, moelleusement assis sur un droit écrit par les vautours, pour les vautours, exigent que l’Argentine leur paye à leur valeur nominale des titres qu’ils ont acheté pour une bouchée de pain il y a neuf ans ? Ce ne sont pas de modestes investisseurs, trompés par de menteuses publicités. Ce sont des rois de la finance, je dirais plutôt des flibustiers prétendant, aujourd’hui, obtenir un rendement de 1.600 % de leur acquisition des titres d’un pays qui était déjà à l’agonie.
S’ils avaient acquis ces titres dans un esprit de sauvetage, comme on lance une bouée à celui que la vague est sur le point d’engloutir, on pourrait penser qu’un taux de revalorisation raisonnable pourrait couvrir le risque pris. Mais il ne s’agit pas de cela.
Imaginons que l’Argentine ait pu payer ce que ces ordures attendaient. Nul n’en parlerait, alors qu’on serait bien quand-même en face d’un scandale abominable.
Comment peut-on, en effet, prétendre être dans son bon droit lorsque le remboursement qu’on exige aboutirait à un taux de rendement de 1.600 % correspondant au fait qu’on avait acheté ces titres très en dessous de leur valeur nominale car on pouvait attendre neuf ans, alors que ceux qui possédaient ces titres en avaient besoin immédiatement ?
Lorsque le droit permet de tels scandales, le devoir des citoyens et des Institutions est de dire tout simplement « Non » ! La notion de clause léonine ne vaut pas que dans les contrats entre individus.
Créer de nouvelles souffrances en Argentine, un pays qui a déjà tellement souffert, est absolument inacceptable et les USA, largement fautifs de la spirale du malheur dans ce pays, devraient comprendre que c’est à eux de prendre les dispositions pour que des prédateurs américains ne puissent commettre ce forfait.
Le système libéral, qui prétend s’imposer partout au motif qu’il serait le seul à être efficace, ferait bien d’examiner cette affaire de la dette argentine autrement qu’en relisant des contrats écrits par des avocats new-yorkais. Ecouter ce qu’en pense le citoyen lambda n’est pas toujours inutile.
Un système qui considère légitime l’horreur, ne peut que périr un jour dans l’horreur.
Jean-Paul Bourgès 1er août 2014