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Billet de blog 2 novembre 2015

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« If …», comme aurait dit Rudyard KIPLING

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Il y avait deux ifs dans le jardin de mon enfance, l’un se garnissait de baies rouges un peu gluantes, l’autre n’en portait pas. Je n’avais jamais repéré que cela signifiait que celui de gauche était un if mâle et celui de droite un if femelle … Celui qui les avait plantés là, bien avant notre arrivée en 1947, avait peut-être voulu symboliser la complémentarité d’un couple hétérosexuel qui marquait ainsi le chemin allant du portillon jusqu’à la porte d’entrée de cette toute petite maison.

L’if me fait toujours penser à ce poème de Rudyard KIPLING, « Tu seras un homme … mon fils », où chaque strophe commence par ce « Si … », autrement dit, en langue anglaise, par « If … ». Pendant longtemps, dans mon bureau lorsque je travaillais, j’avais deux cadres accrochés sur mon mur. L’un, derrière moi, était une gravure d’ESCHER représentant un pavillon semblant, de loin, tenir debout et qui n’aurait pu exister car seule l’illusion permettait de l’imaginer stable. Plutôt que dire des choses désagréables à un membre de mon équipe qui m’apportait un projet bancal, avec un sourire, je lui montrais cette gravure et il savait que son dossier était mal bâti. Souvent nous éclations de rire tous les deux, car il savait bien que son dossier était vaseux et qu’il fallait qu’il retravaille sa copie car elle avait l’air de tenir debout … mais qu'elle n’en avait que l’air. L’autre, face à moi, était le poème de KIPLING tiré sur un joli papier à l’ancienne … et je le regardais souvent, en me demandant si je pouvais arriver sans rougir jusqu’au final « Tu seras un homme, mon fils ».

Je raconte ça, aujourd’hui, car le plus vieil arbre d’Angleterre … un if qui aurait plus de deux-mille ans, et peut-être même cinq mille ans, l’if de Fortingall en Ecosse, serait en train de changer de sexe. Oh ! shocking ! Il tenait debout en tant qu'if-mâle ... mais était-ce si clair ?

Considéré jusqu’ici comme un if-mâle incontestable et n’ayant donc jamais porté de baies rouges, cet if porte depuis peu quelques-unes de ces baies qui marquent qu’on a affaire à un if-femelle.

« If we are no longer sure of anything … ». Telle est ma réflexion, un peu ironique, en constatant que c’est l’arbre le plus représentatif de la permanence de toute chose … souvent présent dans les cimetières, où il est l'expression d'une sorte d'éternité tournée vers le ciel où il s'élance, qui vient nous dire que seul notre esprit racorni nous suggère la classification invariable des êtres dans des catégories dont nous ne saurions jamais nous évader.

L’if nous ouvre donc à l’idée que la frontière entre le mâle et la femelle est bien plus ténue que ce que nous croyons … merci à cet if si ancien de nous prémunir contre toute pensée rigide.

 Jean-Paul BOURGÈS 2 novembre 2015

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