L’examen d’un texte important vient de commencer au Parlement, il s’agit de la réforme pénale.
Il est présenté par Christiane TAUBIRA, l’un des rares membres de cette équipe gouvernementale qui ne m’ait encore jamais fait regretter d’avoir voté pour « le changement maintenant », il y a deux ans. La droite va, bien évidemment, se déchaîner, non tellement contre le texte, mais surtout contre son auteure honnie puisqu’indéniablement de gauche, femme et noire … ce qui fait, comprenons-le, beaucoup de défauts simultanés aux yeux d'un homme de droite !
Laissons donc de côté cet aspect strictement politicien, qui n’amuse plus personne en France.
Laissons aussi, avec tristesse, la bataille interne aux composantes du pouvoir actuel, où s’opposèrent les forces d’un conservatisme de gauche, celles d’une gauche restée attachée au progrès et un occupant de l’Elysée, qui, s’endormant du sommeil du juste, n’a jamais été aussi proche du lieu de repos post-mortem que suggère le nom du lieu dont il est locataire.
Ce qui m’importe bien davantage c’est de réfléchir à ce qu’implique une réforme pénale.
A l’évidence on ne peut parler de « droit pénal » sans une notion fondamentale de proportionnalité et de gradation des peines en fonction de la gravité des fautes et du degré de conscience de celles-ci par le fautif. L’esprit du texte sur lequel le Parlement va avoir à se prononcer, c’est d’obtenir le taux de récidive le plus bas possible. Cet objectif vise, bien sûr, à protéger la société en évitant la multiplication des délits … mais il vise, aussi, à protéger le primo-délinquant de lui-même, en favorisant sa réinsertion dans la société au lieu de le laisser s’enfoncer dans un comportement de délinquant invétéré dont la prison délivre un fort efficace brevet … correspondant à l’expression ancienne de « gibier de potence ».
Maintenant que j’ai parlé du fond et, d’une certaine façon, bien usé de la langue de bois, ça suffit et je me lache.
Comment tolérer les charges sabre au clair auxquelles on va assister de la part de la droite, quand siègera en face de la Garde des Sceaux un homme à ce point mouillé dans des magouilles diverses que ses amis, pourtant si peu regardants qu’il refusèrent au Sénat la levée d’immunité parlementaire de Serge DASSAULT, l’on cependant contraint à démissionner ? Comment admettre qu’ait le droit de vociférer à son habitude Patrick BALKANY dont la corruption n’est plus un mystère pour personne ? Comment faire comprendre au petit dealer de banlieue qu’il ne lui soit pas offert la possiblité de sortir de l’engrenage de la délinquance où son environnement l’a conduit, quand seront appelés à voter la loi des individus dont chacun voit qu’ils sont plus que des récidivistes … des permanents de la fraude, de la triche, du gangstérisme organisé depuis des lustres … et cependant toujours pas condamnés … eux !
Réfugions-nous derrière le juridisme et la présomption d’innocence, derrière la qualité d’escouades d’avocats payés fort cher pour ralentir les procédures fonctionnant grâce à leur efficacité à la vitesse de tortues, derrière la complicité de tout un appareil d’Etat régi par le principe traditionnel du « Je te tiens, tu me tiens … par la barbichette ».
Le sentiment populaire fait que ça ne marche plus que dans les prétoires … mais plus du tout dans l’isoloir … pour ceux qui ne se sont pas définitivement réfugiés dans l’abstensoir.
La droite aura-t-elle, au moins la pudeur … ou le bons sens … de réduire au silence tous ceux de ses membres qui ont fait un passage récent par le cabinet d’un magistrat instructeur ?
Ce n’est même pas sûr, tant est importante la coupure entre les « élites » et le citoyen ordinaire qui est, de cette façon, conduit à ne plus croire à rien. Quel enjeu ! ! !
Jean-Paul Bourgès 4 juin 2014