Qui veut vraiment revenir au PÉTAINISME ?
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».
Il est de fait que, ces dernières années, l’engagement des enseignants a plutôt été marqué de désespérance que d’enthousiasme mais que c’est d’héroïsme de leur part qu’il aurait souvent fallu parler … ce qui se situe bien au-delà du charisme que ne leur trouvait pas Nicolas SARKOZY dans son honteux discours au palais du Latran, le 20 décembre 2007. Cette désespérance liée à la dévalorisation de leur rôle et de leur statut social était le résultat du comportement de l’Etat depuis plusieurs décennies mais qui s’accéléra sous un Président de la République, pour les amis duquel ne pas avoir une Rolex à cinquante ans marquait l’échec d’une vie. Toute une pensée politique, axée sur la jouissance de biens matériels abondants pour les plus favorisés et stigmatisant les plus modestes, a conduit à une réelle détérioration de la crédibilité de ceux qui tentaient de faire prévaloir une autre vision de la société.
Dans un pays laïc, comme l’est la République Française, il était temps que l’on arrête cette dérive et que l’on reconnaisse de nouveau aux enseignants leur rôle éminent de transmetteurs des valeurs qui doivent être le ciment de notre société, en dehors de toute référence aux religions. Qu’ils proviennent de familles catholiques, protestantes, juives, musulmanes, ou que leurs parents soient agnostiques ou athées … tous les enfants doivent être éduqués dans la connaissance et le respect des valeurs universelles que l’on résume dans « une morale républicaine ».
Au-delà du jeu classique et souvent bien futile de l’opposant, qui critique tout et rien de l’action du Gouvernement, il est quand-même sidérant qu’un ancien Ministre de l’Education Nationale attaque son successeur à propos d’une mesure qu’il aurait dû prendre lui-même. Comment peut-on, en effet comme lui, se désoler des incivilités, se réclamer de valeurs traditionnelles, avoir soutenu le retour à une justice des mineurs antérieure à l’ordonnance prise par le Général DE GAULLE le 2 février 1945 ? Comment peut-on, enfin, fustiger un supposé laxisme à l’égard de la délinquance et ne pas se féliciter de la remise de « l’éducation morale » dans les missions de l’Ecole ?
Depuis le 19 août 1944 (Je suis né ce jour là), début de la libération de Paris, nul n’avait tant remis en valeur Philippe PÉTAIN et ses « valeurs » rétrogrades que Nicolas SARKOZY … au point de se livrer à Latran à une véritable forfaiture par rapport aux valeurs républicaines. Que son ancien Ministre de l’Education Nationale fasse référence à PÉTAIN pour critiquer Vincent PEILLON ne relèverait-il pas de la logique de l’acte manqué ?
En ce qui me concerne ça n’est pas un acte manqué d’écrire ces quelques lignes le 4 septembre, jour anniversaire de la création de la troisième République qui fut celle des « hussards noirs ».
Jean-Paul Bourgès 4 septembre 2012