Ce matin l’un des membres de notre association d’accompagnement de personnes mal logées assurait une session de formation au profit des bénévoles les plus récents qui nous ont rejoints. Le thème de cette séance c’était le contexte d’articulation de tous les intervenants dans le domaine du logement social, du niveau national au niveau communal. Qui fait quoi ?, quels sont les rôles de chacun ?, dans quel environnement législatif et réglementaire nous agissons ?
Il y a dix ans que j’ai pris ma retraite et, depuis, je suis un peu devenu un spécialiste de ces questions. L’inconvénient quand on commence à très bien connaître un sujet comme celui-là, c’est qu’on finit par ne plus percevoir ses incongruités, au milieu desquelles on se meut facilement puisque, bien sûr, tout a une raison d’être et de persister.
Cependant, en écoutant le topo très clairement construit de mon collègue (C’est un ancien fonctionnaire du ministère du logement et il a présidé notre association pendant dix ans avant moi), je me disais de temps en temps « Mais comment accepte-t-on un système aussi complexe, pour traiter un sujet aussi vital que le logement ? ». Voulant illustrer cette complexité j’ai trouvé des montages photographiques d’un Belge, Filip DUJARDIN, et j’en ai choisi un qui me semble bien représenter la machine administrative que nous avons construite au lieu de créer les logements nécessaires.
Un empilement de lois, une multitude d’acteurs, des financements très opaques, un mélange entre acteurs publics et acteurs privés, un jargon totalement incompréhensible (Les logements PLS, Prêts Locatifs Sociaux, sont justement ceux qui sont les moins sociaux …), tout est réuni pour nous condamner à l’inefficacité qu’il n’est pas nécessaire de démontrer soixante ans après l’appel de l’Abbé PIERRE.
On parle sans cesse de besoin de réforme. Oui, nous avons besoin de réformer et de simplifier, pour être plus efficaces. L’ennui c’est que ceux qui veulent, par exemple, simplifier le Droit du Travail n’ont pas pour objectif de le rendre plus facile à mettre en œuvre, mais de le détruire pour abolir les droits acquis par des décennies de luttes sociales. Au mot de « réforme » chacun se crispe donc désormais et tout se bloque. Notre pays n’est pas réformable par défaut d’autorités politiques réellement légitimes capables de conduire de véritables simplifications sans céder à des lobbys comme celui que représente actuellement le MEDEF auquel un Premier Ministre « socialiste » est allé déclaré qu’il serait son fondé de pouvoir.
A condition que ça ne soit pas pour régresser, les plus modestes de nos concitoyens sont pourtant ceux qui ont le plus besoin de réforme simplificatrice. Mais ça suppose d’avoir confiance … alors qu’elle n’existe plus nulle part. Il faudra d’abord la recréer avant tout déblocage.
Nos responsables politiques ne semblent pas l’avoir compris. Les problèmes ne peuvent pas se régler à coup de grenades offensives !
Jean-Paul Bourgès 4 novembre 2014