Aujourd’hui est un jour particulier pour moi car le 5 février est l’anniversaire de maman, née en 1905 et décédée en 1993, et l’anniversaire de celui de mes petits-enfants que je connais le mieux, Meilik, car je vais souvent le chercher à l’école puis le faire travailler et parfois le faire dîner. Il est né cent un ans après son arrière grand-mère et il a donc huit ans aujourd’hui.
Mais, comme vous pouvez vous en douter à la vue du titre, ça n’est pas que de choses familiales et personnelles que je veux parler ce jour. C’est la lecture de l’interview de Mohamed Javad ZARIF, ministre iranien des Affaires Etrangères au journal italien, « La Stampa », qui en est le fondement. Ce diplomate poursuit la profonde révision de la politique extérieure de l’Iran en tournant, sans complexe, la page illustrée sinistrement ces dernières années par Mahmoud AHMADINEJAD à l’égard d’Israël.
Confirmant l’intention de l’Iran de retrouver les bonnes grâces de l’Europe et des Etats-Unis, il a déclaré que l’extermination des Juifs pendant le nazisme était « une tragédie cruelle qui ne devra jamais se répéter ». Enfonçant le clou il a ajouté : « Pour nous il n’y a pas de différence entre la vie d’un Juif, d’un Chrétien ou d’un Musulman ». Certes, comme « La Stampa » le rappelle, le président Hassan ROHANI, qui joua les vedettes au forum de Davos ces derniers jours, a quand-même refroidi les ardeurs de beaucoup en précisant qu’il n’était cependant pas question pour l’Iran de reconnaître Israël.
Il est bien clair qu’il ne s’agit que de tous petits pas en avant, faisant partie d’une vaste opération de desserrement de la pression qui s’exerce sur l’Iran depuis plusieurs décennies et qui a largement étouffé le pays et dont le régime a besoin d’éviter qu’il dure plus longtemps. Le vrai problème de l’Iran n’est pas le nucléaire, mais donner à manger à toute sa population en réintégrant le monde économique international. Tous les grands groupes financiers et industriels se pressent à la porte de l'Iran (Une délégation de cent chefs d’entreprise français, conduite par le MEDEF, est à Téhéran pour trois jours d’entretiens) et les dirigeants iraniens ont entamé une véritable danse du ventre pour persuader l’Occident qu’il a rompu avec l’ère de Mahmoud AHMADINEJAD … et cela a l’air de marcher !
Il y a, évidemment, une évolution du régime de Téhéran … tout au moins au plan diplomatique. Cependant, malgré le billet écrit récemment par Régis DEBRAY sur Médiapart, il ne semble y avoir aucune évolution dans le sens d’un respect de l’opposition laïque et démocratique qu’incarne l’OMPI (Organisation des Moudjahidine du Peuple Iranien) dont les militants continuent d’être gravement menacés dans « Le camp Liberty » où ils sont entassés en Irak près de la frontière avec l’Iran. Les propos de Régis DEBRAY ne m’ont, d’ailleurs, pas surpris principalement par le fait qu’il négligeaient l’OMPI mais plutôt par l’usage à leur sujet des termes exacts du régime des Mollahs. J’ai eu envie de faire un commentaire sur le billet de Régis DEBRAY, que j’ai connu mieux inspiré, en lui conseillant de lire le livre « Le grand complot » d’Yves BONNET, ancien patron de la DST, qui explique parfaitement l’extraordinaire opération d’intoxication conduite par les Iraniens contre leur principale opposition. Faut-il aussi rappeler à Régis DEBRAY que l’OMPI a été retirée de la liste des organisations terroristes ?
Il reste que ça bouge lentement, mais probablement d’une façon durable, à Téhéran, mais que sans instauration d’une démocratie, en lieu et place d’une théocratie, rien de définitif ne peut advenir..
Le Moyen Orient est-il en train et enfin de se redesssiner ? Espérons-le. Un Iran redevenu un facteur d’équilibre après avoir été, pendant trente cinq ans, le « grand fouteur de bazar » ; un Irak cessant d’être la base de départ d’extrémistes et une poudrière ; une Syrie débarrassée du clan ASSAD, sans tomber pour autant aux mains des intégristes ; un Liban protégé dans son intégrité et dans sa diversité religieuse ; une Palestine reconnue et en situation de construire pacifiquement sa collaboration avec Israël retrouvant son origine laïque et progressiste.
Je sais que c’est ce que maman aurait aimé connaître, car nous en parlions souvent ensemble … et il s’est écoulé plus de vingt ans ! C’est ce que j’espère pour nos amis au Proche Orient, c’est le contexte que je souhaite pour mon petit-fils … car l’apaisement du Proche Orient se sentirait jusque chez nous.
Jean-Paul Bourgès 5 février 2014