Hier, en soirée, après avoir privé Mohamed MORSI de sa liberté de mouvement en le gardant dans une caserne de l’armée, le général Abdel Fattah Al SISSI annonça que l’armée, dont il était le Ministre et le chef, venait de mettre fin aux fonctions de Mohamed MORSI. Cela marquait ce que j’évoquais dans mon billet daté du 1er juillet ( http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-paul-bourges/010713/le-pharaon-et-ses-freres ), à savoir une intervention décisive de l’armée avant que se reproduisent les terribles violences qui avaient précédé la chute d’Hosni MOUBARAK.
Quand on n’a qu’un goût limité pour l’irruption des militaires dans la vie politique, la première réaction à l’annonce de cette suspension de la constitution et la déposition d’un président démocratiquement élu, c’est de se demander : « Comment dit-on 18 brumaire en égyptien ? ».
Pour nous rassurer, le général Abdel Fattah Al SISSI a fixé une feuille de route rapide et reposant sur le fait de rendre, dès que possible, la parole au peuple.
Comme je le rappelais dans mon billet du 1er juillet, le système politique égyptien s’est fondé sur le coup d’arrêt à l’influence des « Frères musulmans » donné par Gamal Abdel NASSER en 1954. Depuis cette époque le pouvoir fut toujours assuré par des militaires (NASSER, SADATE, MOUBARAK) jusqu’à la chute du dernier en raison de son échec profond en terme de réponse aux attentes du peuple égyptien, de dérive autoritaire, de népotisme qui semblait conduire vers l’accession au pouvoir d’un fils de MOUBARAK, de corruption à un niveau pharaonnique.
La parenthèse que les militaires viennent de refermer, n’avait que les apparences de la démocratie avec un civil, Mohamed MORSI, élu à l’occasion d’une élection présidentielle qui n’avait pas donné lieu à de grandes critiques quant à ses conditions de déroulement.
Ce représentant des « Frères musulmans », propre sur lui et aux apparences plutôt modérées, a été incapable de faire autre chose que de tenter de passer à la hussarde la société égyptienne au gabarit des convictions rétrogrades de la confrérie. On peut regretter que ce soit l’armée qui ait sifflé la fin de la récréation, mais la dérive autoritaire du régime fut bien le fait de Mohamed MORSI et de la clique dont il s’était entouré.
Voir les tanks, les camions militaires, et les hélicoptères entourer la place Tahrir ou la survoler, ne peut pas nous soulever d’enthousiasme et les propos du général Abdel Fattah Al SISSI rappellent étrangement l’adresse du général Napoléon BONAPARTE à Paul BARRAS le 18 brumaire : « Qu'avez-vous fait de cette France que je vous avais laissée si brillante ? ».
Mais soyons réalistes, les « Frères musulmans » et leur marionnette, Mohamed MORSI, conduisaient l’Egypte dans le mur au rythme d’une effarante régression. L’armée égyptienne a assumé, avec fermeté mais sans violence, ses responsabilités historiques et institutionnelles.
Pourvu que l’exemple historique de celui qui avait dit, devant le Sphinx et les Pyramides, « Au pied de ces Pyramides quarante siècles vous contemplent », ne conduisent pas ces généraux à confisquer durablement le pouvoir. Cela ne se terminerait sûrement pas à Waterloo quinze ans plus tard mais, de nouveau, Place Tahrir et probablement bien plus vite dans un bain de sang.
Au-delà du clin d’œil un peu facile sur le nom de ce nouveau Pharaon, « Tout tank et tout camion », j’ai confiance dans ce qui se passe en Egypte et je trouve très positive la présence des autorités musulmanes et coptes aux côtés des responsables de l’armée dans cette interruption d’une dérive autoritaire et sectaire d’une présidence qui risquait de bien mal finir.
Si, pour une fois, les tanks et les camions militaires exprimaient, non l’oppression mais la liberté, nous pourrions nous féliciter de l’arrivée au pouvoir du « Pharaon » qui émergera d’un processus démocratique initié dans un coup d’Etat qui est, peut-être, providentiel.
Jean-Paul Bourgès 5 juillet 2013