Le journal de Dijon, « Le bien public », nous informe d’une étrange découverte faite à l’occasion d’une expulsion décidée à l’encontre d’un homme de soixante deux ans qui, depuis quatre ans, ne payait plus son loyer.
Avant d’en revenir à ce que l’huissier et les gardiens de la paix découvrirent, arrêtons-nous un instant à ce temps mis par le bailleur pour obtenir une expulsion locative. Quatre ans pour obtenir l’expulsion d’un mauvais payeur qui fait la sourde oreille à tous les courriers de relance qui lui ont été envoyés ! Est-ce tolérable ?, et si nous manquons tellement de logements, n’est-ce pas parce qu’expulser un locataire indélicat est aussi long ? Il serait bon que Cécile DUFLOT se pose, enfin, les bonnes questions.
Bon, ça va, j’ai suffisamment ironisé en reprenant le discours classique des professionnels de la gestion immobilière … qui oublient qu’il n’y a logement que par référence à des hommes et des femmes. J’en profite pour conseiller à tous, petits et grands, la lecture du livre « Comment vit-on sans maison ? », écrit par Sandra LABOUCARIE pour les enfants à partir de 9 ans, et publié aux éditions Tourbillon, 10 rue Rémy-Dumoncel, Paris (Publicité gratuite …).
Derrière la porte qu’ils forcèrent, puisque l’occupant persistait à ne pas la leur ouvrir, l’huissier et les gardiens de la paix découvrirent un corps momifié, celui du « mauvais payeur ». L’examen du contenu de la boite aux lettres montra que la vie de ce Monsieur, qu’ils pensaient expulser, s’était arrêtée quatre ans plus tôt, à cinquante huit ans.
Pourquoi certains cadavres empuantent-ils en quelques jours, au point de rendre l’air irrespirable autour d’eux, tandis que d’autres se dessèchent sans aucune émanation pestilentielle ? Beau sujet de réflexion pour les biologistes.
Mais il me semble beaucoup plus intéressant, pour la compréhension de notre vie sociale, de réfléchir à ce qui nous permet d’oublier l’existence de quelqu’un à ce point et si longtemps. Ce Monsieur n’était pourtant pas ignoré des fichiers informatiques qui « dialoguent entre eux » sans plus aucune réalité humaine. Le Monsieur qui fut ainsi découvert, décédé depuis quatre ans, dans un appartement situé tout près du « Lac KIR », touchait pourtant une Allocation d’Adulte Handicapé (AAH), qu’on continuait à lui virer mensuellement sur son compte bancaire.
Quatre ans sans aucun contact avec un travailleur social, alors qu’il n’avait, nécessairement, répondu à aucune demande d’actualisation d’information. Quatre ans sans visite sur place du bailleur, se contentant de dérouler une procédure administrative et judiciaire. Quatre années, ponctuées par la décision d’autoriser l’expulsion avec le concours de la force publique, sans que l’intéressé ait été entendu … et pour cause. Quatre ans sans que le voisinage immédiat se soit enquis de ce que devenait ce voisin.
Un corps momifié n’a pas d’odeur … l’indifférence non plus.
Un corps momifié est sec … nos cœurs le sont aussi.
Jean-Paul Bourgès 6 octobre 2013