Ce soir, à l’Hôtel de Ville de Lyon, eut lieu une cérémonie, comme tous les ans à la même époque, afin de rendre un hommage public à tous ceux qui, de juillet 2012 à juin 2013, sont morts dans la ville sans aucun proche, famille ou ami, pour les accompagner au cimetière.
Morts dans la rue ou dans un lieu d’hébergement, dans un squat ou chez eux, et même parfois sans que leur identité puisse être établie, âgés de 32 ans à 103 ans, hommes ou femmes, Français ou étrangers, seuls des bénévoles du « Collectif des Morts sans toi(t) » étaient là lorsque les employés des pompes funèbres procédèrent à leur inhumation ou leur crémation.
La cérémonie, organisée par le collectif, dans le grand salon de l’Hôtel de Ville et ses dorures, a comporté quelques inévitables discours d’ailleurs dignes et forts, quelques morceaux de musique joués par de jeunes musiciens lyonnais, puis un appel des cent cinq noms avec ajout d’une fleur dans deux grands vases à tour de rôle par une des personnes assistant à la cérémonie. Parfois l’un des organisateurs stoppait l’énumération pour dire quelques mots à propos de la personne dont le nom venait d’être appelé.
L’assistance était constituée par des élus lyonnais, des bénévoles du collectif, des représentants du monde associatif lyonnais qui, par leur action constante, gardent un visage humain à la ville.
Le constat que l’on peut faire, c’est que le nombre de personnes ainsi décédées dans l’oubli le plus profond se répartit de façon très homogène au long des douze mois de l’année.
Il n’y a pas de saison pour mourir, il n’y a pas de saison pour le faire dans le dénuement moral, matériel … ou les deux.
C’est pourtant au moment de la Toussaint que l’on y pense davantage. De même que l’on croit que vivre dans la rue ne risque de tuer qu’en hiver. Or c’est faux, la rue est dangereuse aussi en été.
Nous vivons pourtant au rythme des dispositions saisonnières avec « le plan hiver », la « trêve hivernale des expulsions » etc … mais la solitude et le dénuement ignorent les saisons.
Nos « marronniers de la solidarité » nous enferment dans cette vision qui veut que le printemps soit la saison reine de l’amour, que l’été soit marqué par les vacances, la chaleur agréable, les retrouvailles dans la détente … et que ça n’est qu’en hiver qu’il faudrait être un peu plus solidaire. C’est ce décalage entre la réalité et la façon dont nous la traduisons qui me fait évoquer l’auteur des « Quatre saisons ».
Pour ne pas oublier cela, j’aimerais que l’on fasse de VIVALDI le parrain des actions solidaires tout au long de l’année et non seulement le compositeur de nombreuses musiques d’attente téléphonique.
Il faudrait que des cérémonies comme celle de ce soir nous rappellent constamment la permanence de la souffrance au lieu de ne nous sentir concernés qu’au moment où les marronniers ne fleurissent pas … mais laissent tomber leurs marrons.
Jean-Paul Bourgès 5 novembre 2013