Début décembre trois nouveaux-nés prématurés décédèrent brutalement à l’hôpital de Chambéry.
Cet événement, fort heureusement exceptionnel, fut rapidement relié à une possible contamination de poches alimentaires utilisées pour des perfusions, destinées à donner un coup de fouet à des bébés qui avaient besoin d’une aide pour mieux démarrer dans la vie.
L’une des familles ayant déposé plainte, une enquête préliminaire est lancée sous l’autorité du parquet et Fabienne MOULINIER, vice-procureure à Chambéry, précisait vendredi : « C’est une enquête très technique et qui va demander du temps ».
Il s’agit, bien évidemment, tout d’abord d’un drame pour les familles qui s’apprêtaient à fêter des naissances et doivent se mettre à faire leur deuil d’un enfant. Pour l’institution hospitalière et tous les professionnels qui y donnent le meilleur d’eux-mêmes, il y a là une grande violence et un sentiment d’incompréhension si des produits contaminés leur ont, effectivement, été livrés. Pour l’administration du domaine de la santé, il y a un appel à renforcer les contrôles en amont pour qu’une telle chose ne puisse pas se renouveler.
Pour bien convaincre que nous sommes sérieusement protégés, comme en chaque circonstance de ce type, la(le), ministre en charge de ce compartiment de l’Administration s’est précipitée pour venir dire aux familles qu’elle partage leur douleur et, aux bêtas que nous sommes, que tout sera mis en œuvre pour que cela reste un incident isolé et que, par conséquent : « dormez braves gens, le guet veille ».
Mais, puisque la ministre n’est qu’en représentation, on pourrait attendre d’elle qu’elle joue le rôle prévu et non déjà la montée des marches au festival de Cannes, sensée récompenser, après coup, le jeu particulièrement réussi de l’actrice.
Lorsque les objectifs des caméras se tournèrent vers Marisol TOURAINE, qui venait gâcher quelques précieuses heures ministérielles en rendant visite aux parents et aux soignants à l’hôpital de Chambéry, si cela avait correspondu à une profonde sympathie, autrement dit à un partage de la douleur ressentie par les familles, on se serait attendu à voir un visage grave, tendu, concentré … alors que la télé nous montra le sourire épanoui de celle que la vue d’un appareil-photo conduit à nous montrer juste la blanche efficacité de l’orthodontie française ! J'aurais eu envie de lui flanquer une baffe.
Impitoyable télé qui, par quelques secondes d’images échappant au contrôle du chargé de communication de chaque ministre, nous donne à voir, pour peu qu’on soit attentif, l’état d’esprit réel de celui ou celle qui, quelques instants plus tard, se la jouera émue mais résolue.
Quand cesserons-nous de rabaisser l’action publique à un simple épisode d’une médiocre série-télé, jouée par des acteurs de seconde zone ? Il est vrai que Ronald Wilson REAGAN accéda bien à la présidence des Etats-Unis … alors l’espoir est permis à ces mauvais acteurs.
Jean-Paul Bourgès 6 janvier 2014