Maintenant c'est "au boulot pour redresser le pays"

Confiance … et vigilance

Ça y est, Nicolas SARKOZY a enfin obtenu ce qu’il voulait : disposer de tout le temps nécessaire « pour faire de l’argent ». Lui qui a reculé l’âge de la retraite pour les autres, prend la sienne sensiblement avant l’âge de soixante ans ! Exit cette erreur initiale de casting, la parenthèse est fermée. Et maintenant la suite.

Comme il s’y est engagé, François HOLLANDE va devoir tirer toutes les leçons du quinquennat lamentable de son prédécesseur pour éviter tout ce qui pourrait nous le rappeler et que nous ne tolérerions plus :

Le Président ne doit être, ni le président des riches, ni celui des pauvres … mais celui de tous.

Le Président ne doit être ni grossier, ni hautain … mais proche et courtois.

Le Président ne doit faire que ce que la Constitution lui donne comme rôle, et non se mêler de tout.

Le Président doit être un modèle d’intégrité et non être entouré d’une mafia d’affairistes.

Avec la collaboration du plus grand nombre et, en particulier, de tous ces corps intermédiaires, élus nationaux et locaux, organisations syndicales et patronales, associations qui sont restées bien souvent le dernier rempart contre la misère, fonctionnaires, etc … François HOLLANDE va devoir retisser un tissu social profondément déchiré par une crise économique et financière que l’injustice d’une politique partisane avait rendue spécialement douloureuse pour une majorité de Français. Au centre de cette action il faut placer la jeunesse de France parce qu’elle est l’espoir et qu’elle n’a pas à subir les turpitudes passées.

Il va falloir, aussi, restaurer la place et la parole de la France dans un monde où plus personne ne la respecte. Ne soyons pas naïfs, la « realpolitik » ça existe et existera toujours, mais nul ne peut respecter un pays qui laisse, sur son sol, des policiers Chinois déguisés en sportifs molester ceux qui manifestent à Paris, en faveur du Tibet, sur le parcours d’une flamme olympique en route vers Pékin. Il était, éventuellement, utile de recevoir KADHAFI … mais pas acceptable de lui permettre de planter sa tente sur les Champs-Elysées comme s’il était dans son fief de Syrte.  Dialoguer avec Bachar EL ASSAD pouvait être nécessaire pour aider nos amis Libanais … mais le faire assister, avec Hosni MOUBARAK, au défilé du quatorze juillet, était autre chose ! On a dit, après des hésitations bien peu glorieuses, que nous nous félicitions des révolutions du printemps arabe. Mais, depuis, nous sommes parmi les moins actifs pour aider ces pays à repartir de l’avant … et bien d’autres sujets.

La campagne présidentielle, après l’alerte du rejet en 2005 du projet de constitution, a fait apparaître que l’Europe, telle qu’elle fonctionne, ne convient à peu près à personne. Cela ne veut nullement dire que les Français renient soixante ans de construction européenne, mais cela signifie qu’il faut remettre de l’ordre avant d’aboutir à une désaffection dont pourraient, alors, découler de très grands malheurs. Il faut sortir de la dictature intellectuelle du libéralisme dogmatique sur l’Union Européenne pour retrouver des marges de manœuvre et permettre que les choix politiques ne se limitent pas à un alignement peureux sur les marchés.

L’environnement n’a été qu’un sujet annexe, cosmétique et médiatique, depuis cinq ans. Il faut, enfin, s’attaquer sérieusement, sans démagogie ni mollesse, aux défis de la mutation énergétique et à l’exigence de qualité de notre alimentation qui conditionne jusqu’à la survie des espèces … dont l’espèce humaine. Ne sommes-nous pas capables, comme les Japonais, de penser démocratiquement l’après énergie nucléaire ?

En soubassement de cet immense travail de reconstruction, il faut d’abord que la confiance et l’enthousiasme reviennent. Cette confiance ne pourra résulter que de la certitude que la justice règne de nouveau. Justice et équité dans la répartition des efforts qu’il va être indispensable de faire. Justice par le respect des limites fixées à l’action de chacun et, en particulier, quant au champ d’action du Président de la République. Justice mais sévérité, en mettant un terme net et immédiat à l’impunité de toute cette clique clinquante qui claqua notre fric tout en nous claquant la porte au nez lorsque nous osions demander des comptes (Karachi, BETTENCOURT, Bernard TAPIE, les fadettes, les liens avec KADHAFI etc … rien de ceci ne doit être laissé dans l’ombre, pas plus que les affaires GUÉRINI ou KUCHEIDA qui salissent aussi le PS). Les Français ont besoin de vérifier qu’il est mis fin à la fameuse phrase de Jean de la FONTAINE : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Pour l’instant il faut compléter le coup de balai de ce jour en dotant le pays d’une Assemblée Nationale, prête à accompagner et contrôler un redressement économique et moral, mais suffisamment diverse pour éviter le retour des pratiques peu démocratiques qui viennent d’être rejetées.

Dès juin, il nous faut une Assemblée Nationale clairement à gauche avec un gros noyau PS bien sûr, mais aussi des Verts, et le Front de Gauche et, à droite, une minorité issue du MODEM (Le vote de BAŸROU n’ancre pas le centre à gauche) et de l’UMP se recomposant autour d’une branche centriste et d’une branche conservatrice. Il n’y a que le Front National dont on n’ait vraiment pas besoin, comme l’Allemagne n’avait pas besoin des Nazis en 1928.

Jean-Paul Bourgès le 6 mai 2012 à 20 h

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.