Hier, à propos de l’Ukraine, je réaffirmais mon allergie aux démarches guerrières sur la voie desquelles semblent s’engager ou se laisser entraîner bien des gens, dans un contexte que le centenaire de la première guerre mondiale rend particulièrement sensible pour certains … dont je suis.
Ce que je veux aborder aujourd’hui va sûrement apparaître bien décalé pour ceux qui lisent ces billets … et, pourtant, ne suis-je pas dans le même sujet ?
Je veux évoquer ce matin la diarrhée épidémique porcine (PED en anglo-saxon).
Il s’agit d’une maladie virale qui est extrêmement contagieuse, pour les porce seuls semble-t-il, et qui est presque toujours mortelle chez les porcelets de moins de dix jours.
Elle sévit actuellement à grande échelle aux Etats-Unis et on y recense plus de sept millions de porcs morts de cette maladie depuis un an. Tous les produits issus de porcs infectés, viande, sang séché, semence, alimentation animale produite à partir de carcasses d’animaux infectés … sont des agents de propagation de cette maladie, ainsi, bien sûr, que les animaux adultes vivants mais porteurs du virus sans en être morts puisque les animaux adultes peuvent y survivre.
En d’autres temps, à l’époque de la britannique crise de la vache folle, nous avons connu un délire de destruction de troupeaux entiers parce qu’une vache semblait atteinte de l’encéphalite spongiforme bovine. Dans mon village, en Ardèche, une famille fut ainsi ruinée par un soupçon de contamination. Il est évident, cependant, que malgré les ravages humains que cela provoque chez ceux que la malchance a frappés, des dispositions d’une extrême rigueur s’imposent pour stopper la diffusion de ces maladies qu’une agriculture intensive favorise largement.
L’arrivée de ce virus en Europe fait craindre une déstabilisation du secteur porcin, et même si j’ai du mal à comprendre pourquoi une baisse drastique du cheptel ne produirait pas un relèvement des cours dont on se plaint qu’ils soient trop bas, il est évident que des mesures sanitaires doivent être prises pour éviter que ce fichu virus traverse l’Atlantique d’ouest en est.
Là où l’on rejoint l’affaire ukrainienne, c’est qu’en face du risque lié à la vache folle des dispositions très énegiques furent vite prises. Tandis qu’en face du risque pour les élevages porcins, rien ne se fait sans une conférence préalable avec les Américains. Un arrêté devait être publié samedi dernier. Il a été suspendu en l’attente d’un consensus européen qui n’existe pas encore. C’est vrai, ça, un virus porcin en Russie, serait très grave et justifierait des mesures d’urgence immédiate. Quand il s’agit des Etats-Unis il faut jouer dans la dentelle ou, au moins dans le taffetas (Excusez-moi, c’est la fatigue … j’ai confondu avec TAFTA : Transatlantic Free Trade Area).
Et nous allons voter dans moins de trois semaines pour élire des députés européens ! Pour faire quoi ? Pour laisser l’UE se faire manipuler par les Etats-Unis dans leur confrontation stratégique avec la Russie ? Pour finir de mettre à bas le « modèle social européen » parce que c’est contraire au schéma politique américain ?, pour ne pas pouvoir, sans délai, défendre nos élevages porcins d’une contamination venue des USA ?
C’est à en hurler de rage, parce qu’aucun parti ne semble réellement porter aujurd’hui un programme clair et crédible d’unité européenne dédiée à la paix, au développement économique et social, sans soumission servile aux lois d’un marché qui n’a comme force que la démission des politiques en charge des fonctions régaliennes, ouvert sur le monde dans un esprit de solidarité et non de champ libre pour les vautours. Ce soir Laurent WAUQUIEZ disait des choses fort justes à ce sujet face à Stéphane LE FOLL chez CALVI ... fort bien, mais il n'a aucun parti derrière lui ... il n'est qu'en train de se créer une image originale.
La diarrhée porcine est grave, mais voir les dirigeants européens faire dans leur froc devant l’Amérique l’est encore plus.
Jean-Paul Bourgès 6 mai 2014