François Hollande... enfin reconnu!

« Mais pourquoi ai-je été préféré, de peu, à cet individu qui séjourna cinq ans avant moi à l’Elysée ? N’avais-je pas fait ce qu’il fallait pour prolonger son bail ? Il est vrai que la chaleur des meetings, m’avait parfois conduit à employer des tonalités jaurèsiennes, blumesques, mendèsiennes … et même parfois gaulliennes, mais j’avais fait en sorte que nul n’y porte trop de crédit … et, depuis un an, j’ai fait beaucoup d’efforts pour ne tenir aucune promesse ! ».

« Mais pourquoi ai-je été préféré, de peu, à cet individu qui séjourna cinq ans avant moi à l’Elysée ? N’avais-je pas fait ce qu’il fallait pour prolonger son bail ? Il est vrai que la chaleur des meetings, m’avait parfois conduit à employer des tonalités jaurèsiennes, blumesques, mendèsiennes … et même parfois gaulliennes, mais j’avais fait en sorte que nul n’y porte trop de crédit … et, depuis un an, j’ai fait beaucoup d’efforts pour ne tenir aucune promesse ! ».

Ainsi devisait tristement en son for intérieur le Premier Ministre, ainsi que l’appela Jean-Claude GAUDIN, s’adressant à François HOLLANDE, lors de l’inauguration du MUCEM à Marseille.

Tout contrit de ce que cinquante deux pour cent des Français nomment trahison, confirmation de leurs doutes ou déception selon leur état d’esprit au soir du 6 mai 2012, le Président de la République, car quoi qu’en pense Jean-Claude GAUDIN, c’est bien lui qui a en charge cette haute fonction, ruminait sa tristesse tandis qu’un sourire hilare de grand comédien n’arrivait pas à gommer sa profonde mélancolie.

Au cours des mois il n’avait, pourtant, guère épargné ses efforts pour tenter d’acquérir de la popularité lors de diverses manifestations. Tenant compte du fait qu’il y a un peu plus de Françaises que de Français, il avait fait en sorte, par exemple, que chaque Française comprenne bien que, chez lui, Valérie « portait la culotte ». Quelle subtilité, sensée lui valoir la reconnaissance des femmes … et la sympathie apitoyée des hommes, faisant comme si chez eux c’était différent, mais qu’ils plaignaient le mari dominé … alors qu’en fait c’est pareil dans leur foyer bien banal.

Il avait roulé les mécaniques en évoquant la Chancelière d’Allemagne lorsqu’il parlait à Romorantin, mais avait roulé des pelles à Angela lorsqu’il allait prendre sa leçon mensuelle d’économie politique libérale à Berlin.

Par-dessus le pâle Premier Ministre, qu’il s’était choisi, comme Marcel PROUST prenait délicatement un « petit beurre nantais » entre le pouce et l’index, ses Ministres n’avaient cessé de se disputer sans qu’il ose même émettre ces remontrances qu’un instituteur chahuté par des bambins de CP fait entendre, avant d’envoyer au coin avec un bonnet d’âne le plus provocateur des gamins de la classe.

Oui vraiment, cette première année ressemblait plus à une montée au Golgotha qu’à un parcours de santé et l’on cherchait en vain quelque éclaircie dans le ciel, comme on le fit depuis des mois en désespérant des prévisions météo catastrophiques et, hélas, chaque jour confirmées.

Heureusement, comme Noé sur l’Arche du même nom, François HOLLANDE vit, enfin, un oiseau voler en direction du navire de l’Etat proche du chavirage. L’oiseau s’approchant il se rendit compte qu’il s’agissait d’un pigeon blanc … autrement dit d’une colombe, symbole de paix. S’étant docilement posée sur la main de François HOLLANDE qui scrutait l'horizon à la proue du navire, il s’avéra que la colombe portait un message. Fébrile, ce cher François ôta le message de sa bague, il le déplia, puis le lut … et une béatitude céleste se peignit sur son visage : un ensemble de dirigeants africains, tous plus démocrates les uns que les autres, lui décernaient le « Prix Félix HOUPHOUET-BOIGNY pour la recherche de la paix », pour le remercier d'avoir déclenché la guerre au Mali.

Certes il me reste de mes « humanités latines » quelques phrases comme «Si vis pacem, para bellum », mais cela fait bizarre, de ne voir les mérites de François HOLLANDE reconnus, un an après son entrée à l’Elysée, que pour le fait d’avoir fait la guerre.

Quand on constate l’extraordinaire succès démocratique de la destruction du régime de Mouammar KADHAFI, qui a, d’ailleurs largement alimenté la déstabilisation du Mali, grâce aux armes que nous avions fournies sous la présidence de Nicolas SARKOZY, on est légèrement tenté d’observer cette célébration du génie militaire de François HOLLANDE avec circonspection … pour le moins !

Mais quel soulagement pour lui d’avoir, enfin trouvé des admirateurs. En 2017, ne devrait-il pas se présenter au Mali ?

Jean-Paul Bourgès 6 juin 2013

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.