Décidément nous avons beaucoup de mal à regarder en face la trace de nos turpitudes. Qu’elles soient physiques et concrètes ou morales et abstraites.
Depuis des décennies maintenant, nous expédions dans l’espace un nombre sans cesse croissant d’objets divers, allant de la taille d’une cocotte-minute jusqu’aux pièces d’un lego géant formant une station orbitale, dont chaque composante est plus grosse qu’un camion de trente tonnes.
Perdant peu à peu de l’altitude du fait que l’espace proche de la terre n’est pas totalement privé d’atmosphère et qu’il y a donc un peu de frottement, des satellites artificiels jouent régulièrement à l’étoile filante en brûlant en quelques instants lors d’une rentrée dans les couches hautes de l’atmosphère. De temps en temps quelques morceaux parviennent cependant jusqu’au sol, puisqu’il est bien connu que c’est en crachant en l’air qu’on a le plus de chance de se retrouver humide.
Dernièrement les Etats-Unis ont envoyé graviter autour de la lune un petit bijou de technologie, la sonde Ladee, mise en orbite en octobre dernier.
Ayant rempli pleinement sa mission et ayant presque épuisé son carburant, la sonde devait être détruite et la NASA l’a fait descendre jusqu’à une altitude très basse, évoluant entre un et trois kilomètres du sol lunaire … puis les techniciens du centre de contrôle, utilisant le reste de carburant, la firent tomber, on ne sait trop où pour l’instant, sur la face cachée de la lune.
Le choix de cette cible s’explique scientifiquement par le souci que Ladee ne risque pas d’endommager des traces et des objets laissés sur la lune dans le cadre des missions Apollo.
Mais, même s’il y a une justification au choix de la face cachée, je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec tous ces déchets que, ne voulant pas les voir, nous glissons sous le tapis de notre monde. Nous polluons à un rythme devenu tellement infernal qu’au même moment où la NASA écrasait Ladee là où on l’oubliera, on organise des expéditions dans le Pacifique, comme dans l’Atlantique, pour y récupérer le monceau de déchets, en particulier sous forme de plastique, qui sont devenus si volumineux qu’on leur a donné le nom de « septième continent ».
La face cachée de la lune deviendra-t-elle un jour le huitième continent ?
Jean-Paul Bourgès 7 mai 2014