Il y aura un an dans cinq jours, à Brétigny, le train Paris-Limoges dérailla, entraînant la mort de sept personnes et une trentaine de blessés. A cette occasion, des jeunes, habitant à proximité et désireux de porter secours aux victimes, franchirent les clôtures puis furent traités, par la police et les médias, comme des pirates et des pilleurs … parce qu’ils n’avaient pas la bonne couleur de peau.
Ces vilenies sont oubliées … sauf, sûrement, par ceux qui furent ainsi honteusement désignés à la vindicte populaire, alors qu’ils auraient dû être félicités. Les plus hautes autorités de la République rectifièrent-elles le tir ? Je n’en ai pas gardé le souvenir … Ah ! l’âge et ses pertes de mémoire.
Mais je vois que je me laisse aller à des diversions et je reviens par conséquent au vrai sujet qu’est le rapport d’expertise ferroviaire et métallurgique, qui sera rendu public un peu plus tard aujourd’hui.
Ce rapport, établi à la demande des juges en charge de l’instruction, fait apparaître un défaut de maintenance bien antérieur à la survenue de l’accident.
Soyons clairs, c’est la politique de gestion de notre réseau ferré, marquée par la séparation entre SNCF et RFF (Réseau Ferré de France) qui est à l’origine de cette dégradation. Celle-ci ne s’est pas concentrée sur la gare de Brétigny, mais elle touche l’ensemble de notre réseau ferroviaire.
Le néo-libéralisme n’est pas qu’une doctrine économique s’opposant à tous ceux qui pensent que la société n’est pas qu’un marché, où seuls ceux qui dégagent le plus haut taux de profit doivent survivre. C’est, aussi et surtout, une vision politique visant à détruire la démocratie au profit de la mercatocratie.
Le jour où la mercatocratie l’emporterait, les impôts, pesant sur tous en fonction des capacités contributives de chacun, céderaient la place à des taxes fort basses ne couvrant plus que l’armée, la police … et, peut-être, la justice. Tout le reste serait de l’ordre des services payés à leurs prix de marché par les utilisateurs, quelle que soit la situation économique de chacun (Relisez mon billet d’hier et vous verrez que je ne divague pas).
C’est dans « Le Figaro » que j’ai lu, en avant première, les extraits du rapport des experts sur l’accident de Brétigny. C’est ce rapport qui parle « d’un état de délabrement jamais vu ». Il faudrait que les lecteurs habituels de ce journal ouvrent les yeux et qu’ils aient l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que c’est le résultat d’une politique de désengagement du secteur public … dont on les a habitués à se réjouir.
La droite veut promouvoir cette logique politico-économique au profit des plus privilégiés. L’Union européenne, dont la Commission de Bruxelles va être présidée par un chantre de cette approche, impose aux Etats membres les mêmes politiques. Et, chez nous, un Président, élu sur l’idée que son seul ennemi était la finance, a mollement rendu les armes en face de ce qui aboutit à des déraillements qui tuent.
On voit bien, là, qui déraille vraiment.
Jean-Paul Bourgès 7 juillet 2014