Hier j’avais parlé de cette jeune-fille indienne qui avait été mariée à un chien afin de la libérer du diable. En conclusion de ce billet, je demandais : « sommes-nous si sûrs de ne pas avoir des convictions et des traditions aussi surprenantes ? ».
La vie publique lyonnaise apporte dès le lendemain sa réponse.
Le 8 septembre 1643 la peste, qui continuait sa propagation en France, menaçait la bonne ville de Lyon. Afin d’obtenir une protection divine contre cette épouvantable épidémie, les élus lyonnais de l’époque placèrent leur ville sous la protection de la Vierge. En promettant, si leur vœu était exaucé, de monter chaque 8 septembre en procession à Fourvière. La ville ayant été épargnée par la peste, bien évidemment par l’intercession divine sensible aux cadeaux fait à l’archevêché sous forme de sept livres de cierges et d’un écu d’or (A Lyon on ne gaspille pas et la modicité du don pour échapper à la peste est la démonstration du caractère lyonnais éternel), chaque année les échevins, c'est-à-dire le maire et ses adjoints, vont en procession honorer cet engagement de leurs prédécesseurs et, à 18 h 35, trois coups de canon en marqueront le souvenir.
Après ça moquons nous des Indiens ou des Africains qui font appel à des sorciers pour échapper à la fièvre ebola. Trois cent soixante et onze ans plus tard, la ville de Lyon célébre encore le fait d’avoir échappé à l’ebola de l’époque par un geste que je considère comme absolument supersticieux.
Jean-Paul Bourgès 7 septembre 2014