Les voyous
On vient de nous raconter qu’à la sortie d’un collège, un gamin mangeait un pain au chocolat en période de ramadan et qu’un autre gamin le lui arracha car « on ne mange pas durant la journée à cette période ».
On peut considérer cette anecdote comme un marqueur d’une difficulté à vivre tous ensemble dans le respect des convictions de chacun, au sein d’une République laïque.
Mais, avant d’en disséquer plus précisément la signification, qu’il me soit permis de me demander de quels incompétents conseillers en communication Jean-François COPÉ s’est entouré. S’il avait pensé à l’impact médiatique de cette anecdote minable, n’aurait-il pas dû dire plutôt pour faire un peu plus musulman : « un gamin mangeait un croissant … » ?
Sans aucun esprit de polémique et ne retenant bien sûr pas l’hypothèse selon laquelle Jean-François COPÉ voudrait caresser dans le sens du poil cette importante fraction de l’UMP qui se sent bleu-marine, blanche de peau et rouge de colère, je me pose quelques questions sur la conception que ce candidat à la présidence de l’UMP se fait de la notion de paix civile.
Bien entendu le propos de ce gamin à la sortie d’un collège, s’il ne s’agit pas d’un canular à visée strictement politicienne, est inacceptable dans un pays laïc. Il montre surtout le côté extrêmement primaire d’enfants éduqués sans aucune référence aux valeurs qui garantissent à tous, et tout d’abord à leurs parents, la pratique d’un culte sans aucun risque de persécution. De quel galimatias mal digéré faut-il que ce gamin soit gavé pour croire que le respect des rites conçus par Mahomet doit s’imposer à tous, sans référence aux convictions de chacun ? Il est vrai que Jean-François COPÉ ne nous a pas dit si le mangeur de pain au chocolat était de famille musulmane et si celui qui lui a adressé ce reproche ne faisait qu’exprimer la réprobation qu’auraient eue ses parents s’ils l’avaient vu ne pas respecter le ramadan. Que disait-on chez les grands-parents de Jean-François COPÉ si, à la sortie du collège on voyait un jeune Juif en train de manger du jambon ? Et que disait-on, il y a moins de cinquante ans, si dans beaucoup de familles françaises un gamin mangeait de la viande le vendredi ?
Arrêtons d’utiliser les religions pour attiser les passions et flatter les sentiments les plus bas. Il n’est que temps de mettre hors la loi tous ceux qui se livrent à ce jeu dangereux et immonde.
Le gamin qui reprocha la consommation d’un pain au chocolat n’est pas nécessairement un voyou, tout au plus un ignorant.
Par contre, celui qui s’appuie sur cet événement mineur pour courtiser les extrêmes, lui, n’est qu’un sinistre voyou et nous devrons tout faire pour l’empêcher d’accéder jamais à la magistrature suprême.
Jean-Paul Bourgès 7 octobre 2012