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Billet de blog 8 août 2013

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Eternelle instabilité

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le seul raisonnement géostratégique dont on peut être certain qu’il est faux, c’est celui qui n’intègre pas l’instabilité des données dans ses fondements.

Cette réflexion me vient en prolongement de la lecture de l’article sur la situation économique des pays du Golfe, publié dans Libé daté du 7 août.

Dans cet article on apprend que ces pays, que nous imaginons comme l’exemple d’une prospérité éternelle, sont, en fait confrontés à une triple crise  énergétique (Leur consommation a tellement explosé qu’ils commencent à avoir du mal à faire face à la demande intérieure), une crise de l’emploi car leur démographie est galopante et les taux de chômage grimpent à un rythme très inquiétant, une crise budgétaire qui les conduit à consommer rapidement les énormes réserves précédemment accumulées.

La crise que connaissent nos pays d’Europe, en face de laquelle nous manifestons tant de difficulté à trouver des solutions innovantes, ne sont pas grand-chose en face de ce qui se profile dans les vingt prochaines années dans les pays du Golfe et les conséquences sur nos économies et nos modèles politiques risquent d’être tout à fait considérables.

Entre l’épuisement progressif des ressources pétrolières et un rythme de consommation locale d’énergie aboutissant à réduire, puis supprimer leur capacité d’exportation de gaz et de pétrole, il n’est pas totalement absurde d’imaginer  que, d’ici vingt ans, certains de pays du Golfe aient à importer de l’énergie ! Qu’ils paieraient avec quoi ? De quoi disposent-ils, en dehors des revenus qu’ils tireront des placements faits en Europe et aux Etats-Unis en acquérant des entreprises. Pour revenir sur un sujet récemment abordé, les revenus tirés du « Printemps » par le QATAR serviront, peut-être bientôt, à acheter de l’énergie.

Confrontés à une population de plus en plus jeune, à laquelle ces pays seront incapables de proposer du travail, n’allons-nous pas voir les flux de population s’inverser ? Aujourd’hui nombreux sont les Libanais, les Palestiniens, les Syriens … et les Européens qui sont allés travailler dans l’ensemble des pays de la péninsule arabique. Ils y ont construit des immeubles, des hôtels, des complexes touristiques, ils constituent souvent l’essentiel de l’effectif de ceux qui gèrent tous ces équipements. Si le rythme de croissance de cet ensemble de pays décroche, les expatriés devront rentrer dans leurs pays d’origine ou tenter leur chance ailleurs et, à leur tour, ce seront des jeunes Qataris, Saoudiens etc … qui viendront, en masse, chercher du travail en Europe, par exemple dans des entreprises acquises vingt ans plus tôt par ceux qui étaient alors « les rois du pétrole » et qui donneront la priorité d’embauche à leurs nationaux.

Les « printemps arabes » ont profondément chamboulé l’équilibre politique d’une première partie du monde arabe et la partie de bras de fer entre les tendances  progressistes et l’islamisme radical n’en est, probablement, qu’à son début. Nous pouvons imaginer ce que provoquera en Arabie Saoudite la fin d’un système féodal et théocratique dont le maintien dépend beaucoup de sa capacité financière de clientélisation de la population. On ne mord pas la main qui nourrit, mais lorsqu’elle n’a plus rien à donner …

Décidément imaginer le monde comme un ensemble immobile, est moins que jamais raisonnable.

Jean-Paul Bourgès 8 août 2013

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