Madame la Conseillère Régionale de Lorraine, Monsieur le député de la 3e circonscription des Yvelines,
Je vous écris car je sais que vous êtes particulièrement heureux que les trois juges d’instruction de Bordeaux aient confirmé les renvois devant le tribunal correctionnel de dix des douze mis en examen à propos de l’abus de faiblesse contre Liliane BETTENCOURT, dont Eric WOERTH, mais aient prononcé un non-lieu en ce qui concerne Nicolas SARKOZY qu’ils avaient antérieurement mis en examen.
Nicolas SARKOZY est votre ami à tous deux, il a fait vos carrières politiques, vous avez longuement travaillé avec lui et il est donc normal et logique que vous fassiez part de votre joie.
N’étant ni de vos amis, ni de ceux de Nicolas SARKOZY, je ne commenterai pas plus votre joie, car la pudeur et le respect des autres impose de se taire lorsque ceux-ci éprouvent de grandes joies ou font face à de profondes douleurs, où seuls les intimes ont leur place.
Vous, Madame la Conseillère Régionale de Lorraine, avez déclaré : « une bonne nouvelle qui ne m'étonne pas, je ne voyais pas comment il pouvait en être autrement ». Il est logique que vous considériez cela comme une « bonne nouvelle » et, comme vous étiez convaincue de l’innocence de Nicolas SARKOZY, la deuxième partie de votre propos ne fait qu’exprimer votre confiance dans la façon dont la Justice est exercée dans notre pays.
Il paraît, cependant, que votre confiance en la Justice est étrangement contingente et fonction du fait qu’elle tranche en faveur ou au contraire au détriment de vos amis. Il me semble, en effet, que vous vous étiez exprimée d’une façon particulièrement critique à l’égard de ces mêmes juges de Bordeaux en disant, le 24 septembre sur BFMTV à propos de la décision de mise en examen de Nicolas SARKOZY, votre doute sur l’impartialité des magistrats et en ajoutant, avec votre distinction coutumière : « Qui sont-ils ces magistrats qui me prennent pour une conne ? ». L’émotion de savoir votre héros entre les mains des juges a probablement provoqué ces excès, dont je suis certain qu’ils ont désormais disparu de votre esprit. La grande différence entre nous, c’est que je garde confiance en la Justice de notre pays, quel que soit le sens dans lequel vont ses décisions … j’ai, peut-être, dans ce domaine « la foi du charbonnier », mais je n’arrive pas à croire en la faillite morale de ce troisième pilier de notre vie républicaine.
Quant à vous, Monsieur le député de la 3e circonscription des Yvelines, je souffre pour vous et comme on dit que vous êtes sensible au point de pleurer à la relecture des discours que vous écriviez pour votre patron, Nicolas SARKOZY, je me doute que la décision de Bordeaux doit vous bouleverser et faire abondamment couler des larmes de vos yeux. Il y a quelques semaines, sortant quelque peu des limites de ce qu’un député, détenteur du pouvoir législatif, peut dire à propos du travail accompli par des juges, détenteurs du pouvoir judiciaire, vous aviez prononcé une phrase très lourde en disant que les trois juges de Bordeaux « avaient déshonoré la Justice ». Constater que ce sont ces trois mêmes juges qui ont rendu une ordonnance de non-lieu au profit de votre ami, doit vous fendre le cœur, car pouvez-vous accorder du crédit à la décision de juges qui auraient « déshonoré la Justice » ? Dans votre esprit a dû s’instiller aussitôt un doute épouvantable : « Et si la décision d’hommes déshonorés était, une fois de plus, un déshonneur ? ». Quel doute affreux … et comme vous devez souffrir !
Si cela peut vous rassurer - mais l’opinion du moustique que je suis a-t-elle la moindre importance à vos yeux ? - je n’ai douté ni avant, ni pendant, ni après. Les juges font leur travail, de façon collégiale, sans trop prêter attention aux invectives dont les abreuvent certains justiciables et leurs entourages. Vous conviendrez sûrement avec moi que ce pilier de notre République fonctionne encore. Heureusement et malgré ceux qui s'attaquent vicieusement à l'Institution Judiciaire.
Je vous prie de croire tous deux, Madame la Conseillère Régionale de Lorraine et Monsieur le député de la 3e circonscription des Yvelines, à l’expression de mon profond respect pour les dépositaires du suffrage universel régional et national que vous êtes.
Jean-Paul Bourgès 8 octobre 2013