Faciliter l’accès au permis de conduire ? Bonne ou mauvaise idée ?

Passer son permis de conduire est incontestablement une dépense très significative et l’obtention de ce papier rose est trop utile dans la vie pratique pour accepter que l’on tourne en dérision la marque, réellement populaire, de celui qui propose d’en réduire le coût.

Dans les années cinquante, mon beau-père, homme aux idées avancées, disait à ses six enfants (Cinq filles et un garçon) qu’il y avait deux choses auxquelles il tenait : qu’ils sachent taper à la machine et qu’ils aient leur permis de conduire.

De nombreuses campagnes électorales sont passées depuis, des Présidents de seconde zone comme Charles De Gaulle ou François Mitterrand sont passés par l’Elysée, et il aura fallu attendre Nicolas Sarkozy pour qu’enfin ce thème prenne la place qu’il méritait comme sujet-phare du programme qu’il propose aux Français.

Par fidélité au souvenir de mon beau-père que j’aimais beaucoup, je me suis alors dit : je cherchais pour quelle raison voter pour Nicolas Sarkozy le 22 avril et le 6 mai, eh bien je le sais maintenant !

Telle fut ma réaction première en découvrant, admiratif, cette proposition en direction de la belle jeunesse de France … qui complète et équilibre le versement des retraites sept cent vingt deux jours plus tard (Il ne vous a sûrement pas échappé que c’est, en effet, le résultat d’un recul de deux ans du départ en retraite compensé par un versement sept jours plus tôt).

Et puis, comme souvent, une fois passé le premier élan d’enthousiasme et d’émotion  familiale, je me suis demandé ce que pouvait donner une telle mesure appliquée à son auteur.

Comment laisser son permis de conduire à quelqu’un dont les incivilités au volant du char de l’Etat sont permanentes ?

Comment ignorer qu’il a trafiqué son moteur en le faisant carburer aux millions d’euros issus des usines de L’Oréal et avec abus de faiblesse à l’égard d’une vieille dame ?

Comment fermer les yeux sur les « sorties de route » commises, sur son ordre, par le procureur de Nanterre pour plaire à son maître en espionnant illégalement des journalistes ?

Comment ignorer l’incompétence de celui qui a accru de 55 % la dette de la France en cinq ans et qui prétend donner des leçons de conduite économique à ceux qui voudraient surtout faire repartir la croissance ?

Que penser de la conduite de celui qui accepta l’installation de la tente caïdale de Kadhafi en face de l’Elysée et présida le défilé du 14 juillet aux côtés de Bachar El Assad, pour jouer, ensuite, au « père la morale » en matière internationale ?

La liste des comportements dangereux de ce chauffard de la politique pourrait s’allonger sans fin. On peut d’ailleurs craindre que l’électeur se soit tellement habitué à cela qu’il se mette presque à admirer la virtuosité du délinquant à déjouer les contrôles de gendarmerie plutôt qu’à s’indigner de la persistance de ses délits routiers et à vouloir y mettre un terme

En ce qui me concerne, et malgré le souvenir de mon beau-père, je ne voterai pas pour lui.

 Jean-Paul Bourgès 9 avril 2012

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.