De quel spectre parle-t-on ?

Tout le spectre … qu’il disait

"Le piège de l'analyse serait de se dire "nous avons eu des convictions trop fortes". Je ne crois pas à cela. Par contre ce que je crois, c'est que nous n'aurions pas dû seulement parler sécurité et immigration mais parler de tout le spectre". Telle est l’explication de la défaite de Nicolas SARKOZY donnée dans les colonnes du Figaro par le jeune et brillant Laurent WAUQUIEZ.

J’ai une vision bien différente.

Comment le Ministre de l’Enseignement Supérieur, normalien, reçu premier à l’agrégation d’Histoire, peut-il imaginer qu’une majorité de Français puisse faire l’impasse sur la période où ces mêmes « convictions fortes » étaient au pouvoir ? A-t-il un minimum de culture historique ? ou être agrégé d’Histoire est-il compatible avec une amnésie totale de ce qui a fait les pires heures de notre vie nationale, dont les cérémonies d’hier devraient pourtant lui rappeler le souvenir douloureux ? Lui qui parcourt souvent le Chambon-sur-Lignon dont sa mère est maire, comment peut-il n’être pas obsédé par l’endroit où peut mener le rejet de l’autre et l’usage de trop faciles boucs-émissaires ?

Moi ce qui me frappe, me tétanise, me révulse … c’est le rappel de la bête immonde, celle qui divise les Français entre « bons Français » et « faux … sinon mauvais Français ». Celle, aussi, qui désigne les étrangers comme ceux « qu’il nous faut bouter hors de France … comme le proclamait Jeanne d’Arc en parlant des Anglais »,  celle, encore, qui prône « la préférence nationale », celle qui insulte ceux que la situation économique a conduit au fait d’avoir besoin du RSA pour survivre … en les traitant d’assistés qu’il faut condamner à un service de travail obligatoire.

Quand on regarde les pays qui nous entourent, on peut être légitiment inquiet. Jugez-en :

-          aux Pays-Bas, l’extrême-droite dicte sa loi,

-          en Belgique, les extrémistes Flamands empêchent un Wallon de parler Français en Flandre  (Pourtant une des langues officielles du royaume),

-          en Italie, la Ligue du Nord a ressuscité le fascisme de MUSSOLINI,

-          en Grèce, l’extrême-droite xénophobe vient d’entrer en fanfare au Parlement,

-          en Hongrie, Victor ORBAN rappelle fâcheusement le régime de Miklós HORTHY, qui disparut dans la débâcle du nazisme dont il était l’allié … et la liste est incomplète.

En écoutant Laurent WAUQUIEZ c’est à un autre sens du mot spectre que j’ai pensé et non à un large éventail de population qu’il aurait aimé convaincre que seul leur intérêt le motivait.

Pour chasser ce spectre cauchemardesque, il va falloir mener de pair un rétablissement économique et social et un véritable combat idéologique contre l’installation d’une démagogie populiste dont le fondement est le cynisme politique et un profond mépris des Français dont les nouveaux jeunes-gens comme Laurent WAUQUIEZ considèrent qu’on peut leur faire avaler n’importe quoi. Je suis prêt à imaginer qu’ils ne croient pas à ce qu’ils disent et qu’une fois revenus « aux manettes » ils ne voudraient pas poursuivre le mouvement vers le port d’une nouvelle étoile jaune … mais qui a déjà vu quelqu’un arrêter le flot furieux lorsqu’un barrage a cédé ?

C’est de façon préventive et résolue qu’il faut traiter le sujet, sans faiblesse ni concession. Ces « petits jeunes » ne sont que des faux jeunes qui se livrent à de la politicaillerie de bas étage et totalement éculée. Ils ne sont que des apprentis-sorciers qu’il faut immédiatement stopper. Tous ces politiciens devront être, prioritairement, battus en juin.

Jean-Paul Bourgès 9 mai 2012

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