C’est ce qu’ANTOINE nous chantait en 1967, l’année où, avec les camarades que j’évoquais dans mon billet du 22 septembre, nous venions de décrocher notre diplôme d’ingénieur Supélec tandis qu’il sortait, de son côté, de l’Ecole Centrale. Nos deux écoles ont, depuis, fusionné pour constituer un vaste ensemble présent en plusieurs lieux en France et à l’international.
Mais que me prend-il à évoquer cette chanson, en dehors du fait qu’elle s’accordait fort bien à notre luxuriante jeunesse et au voyage « d’étude » que nous nous apprêtions à faire au Brésil où nous passâmes le mois d’août 1967 ?
Vous vous souvenez peut-être qu’une ourse, la dernière de souche pyrénéenne, fut abattue par un chasseur le 1er novembre 2004. On l’avait appelée Cannelle.
Or Cannelle, empaillée, trône désormais dans une exposition intitulée « Ours, mythes et réalités » qui ouvrira ce vendredi au Muséum de Toulouse.
La présence de l’ourse Cannelle, passée par les mains d’un taxidermiste talentueux, qui a réussi à dissimuler les dégâts causés à la fourrure de l’animal par les balles du chasseur, est un signe de toute une série de caractéristiques de notre bien étrange société.
Comme dans un inventaire « à la PRÉVERT », je vous propose les remarques suivantes :
- incapables d’admettre sereinement la présence de l’ours en liberté dans des montagnes que nous avons, pourtant, largement désertées, nous dressons un véritable piédestal pour la dépouille d’une ourse en faisant des miracles de technologie pour recréer l’illusion qu’elle est vivante, là en face de nous, dans une vitrine.
- chacun sait que nos ressources financières publiques deviennent insuffisantes pour soutenir l’action des structures associatives, sur lesquelles, repose la solidarité de proximité auprès des exclus … de plus en plus nombreux dans nos sociétés … mais je préfère ne pas savoir combien de milliers d’euros ont été dépensés pour empailler Cannelle.
- nous vénérons la nature, lorsqu’elle est figée dans les musées, mais quand et comment acceptons-nous qu’elle nous impose ses règles dès lors qu’elles présenteraient des contraintes nous obligeant à modifier nos modèles de vie ?
- Soutenir ces manifestations, est-ce contribuer à sauver ce qui peut l’être, en évitant qu’un ours ne soit plus qu’un jouet en peluche ? Ou est-ce accentuer l’évolution vers un monde tellement artificiel qu’un animal sauvage est réduit à l’état de fourrure empaillée ?
Je n’ai pas, personnellement, de réponse certaine à ces questions. Mais, collectivement, nous aurons à faire des choix, avant qu’ils ne soient même plus possibles.
Jean-Paul Bourgès 9 octobre 2013