Avoir des membres de la police du côté des manifestants, c’est un vieux classique. Et, bien sûr, ces « vrais-faux-manifestants » se comportent de façon particulièrement ardente, de façon à être parfaitement crédibles et ne pas faire naître de soupçons (Il en va de la sécurité de ceux qui ont été envoyés ainsi en mission, car, s’ils sont démasqués, ça peut leur coûter cher).
Classiquement ces agents infiltrés font partie de ceux qui sont arrêtés par la police. Leurs cris impressionnants témoignent de « la brutalité » des forces de l’ordre à leur égard, ce qui ne fait qu’accroître leur image d’acharnés, voire de casseurs. Comme par hasard, après avoir bien braillé leur douleur, ils quittent le commissariat après quelques heures de « garde à vue » qui ressemble plutôt à une mise à l’abri.
Il n’y a aucune raison de penser que cela ne fonctionne pas de la même façon en Israël et des infiltrés jetant des cailloux sur les forces de l’ordre … c’est presque « normal », ou tout au moins, banal.
Là où l’on s’écarte du modèle traditionnel, c’est quand les infiltrés sortent des armes de poing de la police et procèdent à l’arrestation de véritables manifestants palestiniens.
Mais le plus extraordinaire, c’est l’aveu des autorités, reconnaissant que certains lanceurs de pierres sur les forces de l’ordre … étaient des policiers infiltrés dans les rangs des manifestants. Habituellement, les responsables du maintien de l’ordre nient, avec un ton outragé, avoir envoyé certains des leurs parmi les manifestants.
On ne sait qu’admirer ou redouter le plus.
Le Gouvernement israélien est-il plus honnête que tous les autres gouvernements, en reconnaissant, piteusement une pratique banale, mais inacceptable ?
Ayant commis l’erreur de laisser les flics infiltrés avec une arme dans la poche et le rôle de lanceur de pierres ayant fini par lasser ces flics, ont-ils oublié les consignes … en piégeant ainsi le Gouvernement qui montre là une incompétence qu’on ne lui supposait pas ?
Mais n’oublions pas une autre hypothèse fort préoccupante. Le Gouvernement israélien a-t-il pris une telle habitude d’agir sans respecter les règles démocratiques … et, au moins, leur apparence … qu’il affiche avec cynisme qu’il n’a absolument rien à faire de l’opinion des Israéliens, rien à faire du sentiment de révolte qui continue de monter chez les Palestiniens, rien à faire de l’opinion mondiale ?
Je crains que la troisième hypothèse soit la bonne.
Cela annonce de nouveaux malheurs, alors que, dans le contexte explosif du Proche-Orient, c’est faire baisser les tensions qui est la seule attitude responsable.
Jean-Paul BOURGÈS 9 octobre 2015