Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

1336 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 novembre 2015

Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

Finir sa vie par une réussite

Jean-Paul Bourgès (avatar)

Jean-Paul Bourgès

Retraité actif

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a quarante-cinq ans, assis devant sa table à 19 h 15, en attendant le dîner, un homme faisait comme d’habitude une réussite, quand une rupture d’anévrisme le fit brutalement passer de vie à trépas.

Cet homme c’était Charles DE GAULLE, « Mongénéral », qui avait quitté le pouvoir dix-huit mois plus tôt à la suite d’un référendum où, pour la première fois, les Français avaient refusé de répondre positivement à son projet.

Je me souviens d’avoir appris sa mort le lendemain, 10 novembre, sur mon lieu de travail, rue de l’Arcade, près du boulevard HAUSSMAN à Paris. Un collègue est entré dans ce bureau où nous étions trois, vers 10 h du matin, en nous disant « DE GAULLE est mort ! ».

Un long silence s’ensuivit, avant que chacun dise spontanément, en quelques mots, ce que cet homme représentait pour lui. En ce qui me concerne, il était plus l’homme qui avait conduit la décolonisation que « l’homme du 18 juin », alors qu’aujourd’hui les deux phases s’équilibrent et se complètent quand je pense à lui.

Je ne pense pas être jamais tombé dans l’hagiographie à son sujet … mais, avec les derniers Présidents de la République, c’est plutôt l’agiographie qui nous menace, tellement leur intérêt, si j'ose dire, ne se focalise que vers les agiotages.

Ce fut un homme de son temps, de son milieu, de son éducation … et, par conséquent, quelqu’un de droite, représentatif des « valeurs bourgeoises et catholiques », sûrement raciste mais sans haine ni violence, avant tout désireux que chacun « soit à sa place », c’est-à-dire là où les siècles antérieurs l’avaient placé à la suite de sa lignée.

Rien de cela n’a jamais pu être un modèle pour moi.

Il conduisit, cependant, des politiques violemment désapprouvées et combattues par ceux dont il était le représentant le plus éminent, en particulier par rapport à la décolonisation. La haine de ses opposants se concrétisa d’ailleurs par l’exécution de multiples tentatives d’attentat conduites par les mêmes fascistes qui, aujourd’hui, s’approchent dangereusement du pouvoir et dont certains osent s’incliner sur sa tombe.

Il fut donc, comme beaucoup d’entre nous, un homme de paradoxes … ce qui, malgré sa posture du Commandeur, le rendit si simplement humain.

En dépit de tous ses défauts, aucun homme politique français ne s’est hissé à la hauteur de ses chevilles depuis quarante-cinq ans. C’est dire le désert où nous errons, ou plutôt le marécage où nous pataugeons.

On lit, parfois, que chaque pays n’a guère qu’un homme vraiment grand par siècle … devra-t-on réellement attendre encore cinquante-cinq ans pour le remplacer ?

En tout cas, ceux qui occupent désormais ses fonctions ne peuvent pas se vanter de leurs réussites.

Jean-Paul BOURGÈS 9 novembre 2015

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.