Hier et avant-hier, dans notre gros village proche de Lyon, se tenait le 18ème marché de Noël. Par différence avec beaucoup de manifestations de ce genre qui ne sont que des opérations commerciales, ce marché est d’origine associative et il a été conçu comme une occasion de mobilisation bénévole d’habitants de la commune dans une optique d’animation où beaucoup d’activités sont gratuites et juste destinées à faire plaisir aux enfants. Vous savez que je n’ai sûrement pas l’obsession des chiffres, mais il est quand-même intéressant de savoir qu’avec une population de trois mille cinq cents habitants, on reçoit, sur deux jours, la visite d’environ cinquante mille personnes.
Ce sont de l’ordre de deux cents bénévoles qui chaque année organisent, préparent, assurent le fonctionnement de cette immense fête, juste pour le plaisir de voir des enfants se réjouir. Même si beaucoup de choses sont gratuites, certaines choses sont vendues, comme, par exemple, plus de deux cent mètres de bûche de Noël, fabriquée gratuitement par les deux boulangers-pâtissiers, et le produit de la vente est intégralement reversé à une association qui accompagne des enfants hospitalisés. Toute l’activité de restauration est prise en charge par des bénévoles afin que le coût soit le plus léger possible pour les familles puisqu’elles ne paient que la matière première. Des commerçants viennent aussi, bien sûr, vendre des objets susceptibles de permettre de faire ses emplettes pour Noël et les fêtes de fin d’année, mais il est exigé d’eux que ce qu’ils vendent soit beau et pas trop cher.
Chaque année, barbe blanche oblige, j’y fais le Père Noël et, comme ma femme et deux amies, j’y raconte aussi une histoire que j’ai préparée dans les semaines précédentes.
Cette année l'histoire que j'avais écrite racontait que « le Père Mousseron », vieux bonhomme ramassant les champignons dans les bois, a disparu un jour lors de sa cueillette après avoir suivi un oiseau multicolore au chant inhabituel. Quelques temps plus tard, un oiseau multicolore venait se poser, le soir, sur l'arbre situé devant sa cabane au bord des bois … et, depuis, transformé en oiseau, il va faire un bisou sur le front des enfants avant qu’ils s’endorment. Une façon comme une autre d’expliquer la disparition pour toujours d’un vieux bonhomme et de continuer à profiter, en pensée, de son affection.
En racontant mon histoire, je regardais ces enfants et les parents qui les avaient accompagnés sous le petit chapiteau où nous racontons nos textes, et je me disais que ça n’était pas mon conte qui était le moins vrai, mais plutôt les boniments que nous racontent certains hommes politiques … je ne cite personne … qui nous prennent pour de grands enfants, non pas naïfs, mais idiots.
Je doute qu’ils soient aussi bien intentionnés que moi, par rapport aux enfants ... et moi, je ne prends par les enfants pour des imbéciles.
Jean-Paul Bourgès 9 décembre 2013