Il y a quelques semaines des huissiers, mandatés par « la Fondation Jérôme LEJEUNE », obtinrent l’annulation d’une conférence de Marthe GAUTIER accompagnant l’hommage que les « Assises de la génétique humaine et médicale » avaient prévu de lui rendre à Bordeaux. Cette femme médecin et chercheuse, aujourd’hui âgée de quatre vingt huit ans, est celle qui découvrit la trisomie 21, dont son collègue Jérôme LEJEUNE s’empara scandaleusement et frauduleusement.
Plusieurs articles de journaux, dans Le Monde, Libé, La Croix etc … racontèrent cette histoire à l’occasion de cette effarante opération d’intimidation et de censure digne de la Cosa Nostra de « la Fondation Jérôme LEJEUNE » ( taper « Lejeune Gautier trisomie-21 » sous google pour avoir tous les détails).
Il faut dire qu’il y avait un réel péril en la maison du Père, puisque sont en cours les enquêtes préalables à béatification conduites au Vatican et qu’en février 2014 le processus romain a franchi un cap important en trouvant le dossier français « valable ». Cet étonnant paroissien, Jérôme LEJEUNE, qui sert d’étendard posthume aux plus rétrogrades parmi les Catholiques (Anti « mariage pour tous », anti loi VEIL, agitateurs du spectre de « la théorie du genre » etc …), verrait son étoile de sainteté considérablement assombrie si une publicité mal venue portait à la connaissance des enquêteurs romains que la communauté scientifique française a rétabli Marthe GAUTIER dans sa réalité de découvreuse de la trisomie 21, en rejetant ainsi Jérôme LEJEUNE au rang des pirates de la science.
Chacun sait que Jérôme LEJEUNE était l’activiste numéro un de l’anti-avortement. Il s’était d’ailleurs longtemps opposé aux tests pré-nataux permettant de découvrir qu’un foetus était atteint de trisomie-21, afin de ne pas aboutir à des avortements de mères préférant éviter de donner consciemment la vie à un enfant porteur de cette lourde anomalie génétique.
Ce que cette affaire montre c’est qu’il n’avait pas autant hésité à faire avorter la carrière scientifique de sa consoeur dans le laboratoire du Professeur Raymond TURPIN, leur patron commun.
Il aurait été mieux inspiré de méditer cette phrase du généticien Albert JACQUARD qui disait : « Il faut prendre conscience de l’apport d’autrui, d’autant plus riche que la différence avec soi-même est plus grande ».
D’un côté une femme brillante mais modeste, de l’autre un ambitieux sans foi ni loi se faisant passer pour un petit saint … oui, la différence est bien grande.
Mais ce que cette affaire nous montre aussi, c’est la facilité avec laquelle, au vu et au su de leurs collègues, il ne fut pas difficile à un homme sans scrupule de s’approprier la gloire qui aurait dû revenir à une femme. L’inverse aurait-il seulement été imaginable ?
La faute est individuelle, mais elle est aussi collective … c’est ce qu’il ne faut pas oublier.
Jean-Paul Bourgès 10 mars 2014