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Billet de blog 10 décembre 2013

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La ligne droite n’est pas la plus courte

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Depuis Louis et Auguste LUMIÈRE, chacun sait que Lyon est une ville aux idées lumineuses, au point que l'énorme et même monstrueuse fête qui s’y déroule le 8 décembre est appelée « La fête des lumières » !

N’étant Lyonnais que d’adoption et n’ayant pas à me plaindre de la façon dont j’y fus accueilli, il y a trente cinq ans, je ne voudrais pas avoir l’air d’ironiser à propos de la « Capitale des Gaules ».

C’est donc avec un sérieux tout à fait lyonnais que je viens vous parler d’une caractéristique de l’une des dernières nouveautés lyonnaises qu’est le « le tube mode doux sous la Croix-Rousse ». Ce nom un peu techno, est celui qui a été donné au doublement du fameux tunnel de la Croix Rousse, qu’Edouard HERRIOT avait inauguré le 19 avril 1952. Le tunnel d’origine, imaginé sous Louis-Philippe plus d’un siècle avant d’entrer en service, représentait, avec ses deux fois deux voies, un exploit lors de son ouverture quand, avec ses mille sept cent cinquante mètres de long, il permit enfin une circulation fluide entre le Lyon de l’époque romaine jusqu’à la ville du capitalisme triomphant du « quartier des Brotteaux » en passant prudemment sous « la colline qui travaille », autrement dit celle des Canuts sur les pentes de la Croix Rousse.

Pour un grand maire de Lyon, son passage à la tête de la ville doit être marqué par un ouvrage d’art non ostentatoire mais dont on parle avec reconnaissance et admiration tiède dans ces dîners lyonnais où le meilleur monde se retrouve en train de célébrer ce mélange typiquement lyonnais où cohabitent les affaires sérieuses, les associations caritatives, le respect dû à l’Eglise et surtout au « Primat des Gaules », la présence occulte mais connue de tous de la franc-maçonnerie. Ce qui répond le mieux à cette définition c’est un tunnel, ouvrage souterrain et indispensable. Si Edouard HERRIOT montra la voie ; Louis PRADEL la suivit avec cette rouerie lyonnaise qui le conduisit à faire payer par l’Etat la traversée de Lyon, un peu plus au sud, par le fameux tunnel de Fourvière au motif que l’autoroute l’emprunterait ; et Gérard COLLOMB montre à quel point il est fidèle à ses illustres prédécesseurs, en s’apprêtant à inaugurer ce jeudi, trois mois avant un renouvellement municipal, ce « tube mode doux » qui double le tunnel d’Edouard HERRIOT mais qui, ère écologique oblige, n’est destiné qu’aux piétons, aux cyclistes et à des autobus qui, bien vite, seront électriques.

Mais alors, finalement, pourquoi le titre de ce billet ?

Franchir à pied, sous terre, une distance de mille sept cent cinquante mètre … c’est long. Il a donc été créé tout un décor et un environnement lumineux pour éviter l’angoisse qui pourrait survenir pour ceux qui verraient le bout du tunnel … mais en se demandant s’ils pourraient l’atteindre. De grands esprits se mirent donc à penser et ils découvrirent que ce qui angoisse l’individu normal c’est d’entrer dans un tunnel, d’en voir le bout très loin sous forme d’une petite tache lumineuse et d’avoir l’impression que, bien que marchant depuis déjà longtemps, le bout du tunnel est toujours aussi loin.

Pour éviter cette angoisse aux Lyonnais, le nouveau tube n’est pas droit et on ne voit pas la sortie quand on y entre, ce qui fait qu’on a l’impression d’aller plus vite de l’entrée à la sortie que si c’était tout droit.

Il m’a fallu attendre cette remarquable réalisation lyonnaise pour comprendre pourquoi nos gouvernants, depuis plusieurs dizaines d’années, font en sorte qu’on ne puisse jamais voir le bout du tunnel !

Ah ! qu’ils sont forts ! … et ceux qui disent qu’ils n’apprennent rien d’utile à HEC et à l’ENA ne sont que des ignares sans importance.

Jean-Paul Bourgès 10 décembre 2013

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