A-t-on besoin de connaître notre histoire ? Je le crois sans en être sûr, mais on peut légitimement penser que beaucoup s’évertuent, cependant à l’oublier, pour éviter de tenir compte de ce qui s’est passé en un siècle.
Qui ne voit pas que la France de 2014 n’a pas grand chose à voir avec celle de 1944, année de ma naissance, et encore bien moins avec la France de 1914, dont on parlera tant cette année, que j’ai inaugurée en allant fêter les cent ans de ma tante.
En 1914 la France était un pays plus rural qu’industriel, doté d’une élite intellectuelle qui donnait le « la » mondial dans beaucoup de domaines scientifiques, littéraires, artistiques. Le pays était faussement monolithique puisqu’en de nombreuses régions beaucoup d’adultes ne parlaient pas même le Français, tandis que leurs enfants, passés entre les mains des hussards noirs de la IIIème République et de la conscription, allaient se faire massacrer dans le cadre du conflit le plus stupide de notre longue histoire.
En 1944 ce même pays sortait du cauchemar d’une longue et odieuse occupation en se préparant à s’exonérer des fautes de la collaboration en pratiquant à la va-vite une épuration rapide, aveugle et souvent mal ciblée, à l’encontre de ceux qui n’avaient pas été assez habiles pour s’acheter à temps une façade résistante. En réalité le pays était profondément atteint dans ses fondements et le déni public de faute l’enfonça dans le mensonge dont il n’est toujours pas sorti.
Il fallut attendre Jacques CHIRAC pour que la faute publique de l’Etat soit reconnue par rapport à l’aide apportée par la Police française aux Nazis dans la déportation. L’usage de la torture lors de la guerre d’Algérie n’est toujours pas clairement reconnu et l’on attend encore de savoir, de façon officielle, ce qui est arrivé à Maurice AUDIN et à tant d’Algériens et d’Algériennes qui subirent les mêmes tortures, conclues pas une liquidation, que Jean MOULIN et de nombreux résistants une dizaine d’années auparavant. Quant au rôle de la France dans le génocide au Rwanda, on est si peu à l’aise sur ce sujet que les célébrations du massacre des Tutsis sont marquées en ce moment par la bruyante absence des autorités françaises.
Je pense que les « repentances » ne servent pas à grand-chose, mais reconnaître la vérité et la réalité, est indispensable pour aller de l’avant.
De plus en plus de voix s’élèvent, ici ou à l’étanger, pour dire que la France serait « l’homme malade » de l’Europe.
N’est-ce pas, fondamentalement, parce que, depuis si longtemps, nous fuyons devant le vrai au profit de vieilles lunes, de fantasmes, de mensonges ?
Comme je l’abordais dans mon billet d’avant-hier, la France est aujourd’hui multiconfessionnelle et elle a donc, plus que jamais, besoin de la laïcité pour préserver son existence. Il faut le reconnaître, l’intégrer, le traduire dans tous nos comportements.
La France n’est plus une puissance militaire, comme on le voit quand quelques milliers de soldats positionnés au Mali ou en Centre-Afrique saturent nos capacités d’intervention. Il faut en tirer la conclusion.
La France n’a plus les moyens de se développer seule sur le plan économique et s’imaginer que nous sommes capables de disposer d’une monnaie propre est pathétique. Il faut arrêter de divaguer.
Nous pourrions au moins avoir et défendre des valeurs politiques … nous les laissons se détruire dans de minables magouilles, infiniment pires que l’affaire STAVISKY qui ébranla pourtant la IIIème République.
Quand arrêterons-nous de mentir … et, d’abord, à nous-mêmes ? Notre survie en dépend !
Jean-Paul Bourgès 11 avril 2014