Dehors c’était la France … dedans c’était la Sicile

Hier soir, je suis allé voir un spectacle, auquel un drôle de cheminement m’avait conduit. Vous savez que j’admire Haroun TAZIEFF  et qu’auprès de son fils, Frédéric LAVACHERY, je suis trésorier du « Centre Haroun TAZIEFF pour les sciences de la terre ». Or Haroun TAZIEFF s’intéressa beaucoup à l’Etna … d’où des liens étroits entre le CHT et les pentes de l’Etna.

Hier, donc, à Ecully, à quelques minutes de chez moi, Venera BATTIATO, née aux pieds de l’Etna et élevée à Joeuf, en Lorraine, au pays des de WENDEL, racontait sa vie et ses racines siciliennes qu’elle a intitulées « Ultima Bumma » (Vous pouvez trouver le texte de son spectacle, accompagné de photos et d’un DVD comprenant des extraits du spectacle aux éditions Volte Face. Vous trouverez aussi les dates auxquelles elle se produit en accédant sur son site http://www.venera.fr à l’onglet http://www.venera.fr/index.php/Prochaines-dates ).

Dire que je me suis régalé, serait bien plat par rapport à la réalité. Avec une remarquable simplicité, sans aucun artifice de costume ou de décor, juste accompagnée d’un musicien discret, sa voix, son regard, ses mains voletant autour de sa crinière rousse, Venera sait vous transporter de l’Etna au nord de la Lorraine ou dans le sens inverse.

Déracinée par l‘immigration du pays du soleil jusqu’au pays des hauts-fourneaux et des forges ? Non, plus que jamais ancrée dans ses racines, comme ces oliviers dont on sait qu’ils peuvent dépasser allègrement le millénaire. Et, en matière d’allégresse, y a-t-il plus belle expression de ce sentiment puisé au soleil de l’Etna, que l’attitude digne et joyeuse de son père qui ne regagnait sa Sicile natale, pendant les vacances, que pour s’y activer dans les champs qui s’accrochent sur les pentes fertiles du volcan, tout en y chantant les grands airs d’opéra ?

La phrase la plus impressionnante, prononcée par Venera durant ce spectacle, c’est celle par laquelle elle définit leur vie à Joeuf : « Dehors c’était la France … dedans c’était la Sicile ».

Le sort des dizaines de millions d’immigrés, en France comme ailleurs, venant du sud de l’Europe ou d’Afrique, d’Asie, de n’importe où, est ainsi caractérisé. Jamais l’immigré n’oublie ses racines … et heureusement pour ceux qui sont là depuis des dizaines de génération. Comment les immigrés nous enrichiraient-ils, autrement que par leur seule force de travail, s’ils oubliaient d’où ils viennent et de quelles valeurs spécifiques ils sont héritiers et porteurs ?

La pizza et le couscous sont aussi présents dans notre alimentation aujourd’hui que la potée auvergnate ou la quiche lorraine. Mais que seraient leurs apports à notre civilisation sans le soleil que les Siciliens gardent dans leurs yeux ou le respect de la vie que d’autres ont puisé dans des pays plus rudes que le nôtre ?

La grande leçon du spectacle de Venera est là et elle dépasse largement les rivages de la mer ionienne. Si vous en avez l’occasion, ne la ratez pas … elle vaut le détour.

Jean-Paul BOURGÈS 11 avril 2015

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