Quelle Europe ?

« Faut-il calibrer la fraise des bois ?»

J’évoquais, hier, l’indispensable venue au monde de l’Europe … qui à mes yeux n’est pas encore véritablement née. Je considère que, pour l’instant dans sa phase prénatale, le bébé se présente vraiment fort mal car il est manifestement difforme.

L'Europe est hypertrophiée sur de nombreux sujets qui n’ont aucune nécessité d’être harmonisés et exaspèrent les citoyens. Pour être plus clair, j’aimerais comprendre s’il est vraiment indispensable de disposer d’une norme européenne pour pouvoir dire qu’on est en face d’une véritable fraise des bois … comme si chaque consommateur, tel un éléphant de base du PS, n’était pas capable de reconnaître la fraise des bois de la fraise poussée sous serre en Espagne.

De même, fixer par une norme l’écartement devant exister entre le flotteur gauche et le flotteur droit d’un pédalo n’intéresse absolument personne (On sait d’ailleurs désormais que le flotteur gauche est à 51,7 % et le flotteur droit à 48,3 % … soit 3,4 % d’écart).

Mais l’Europe est aussi totalement atrophiée sur des points essentiels.

L’Europe n’a pas été capable de s’exprimer d’une seule voix sur la guerre en Irak et l’on a eu l’historique discours de Dominique de VILLEPIN à l’ONU mais aussi l’alignement de nombreux pays sur la position de Georges W. BUSH qui manifestaient ainsi qu’ils se sentaient plus « Atlantiques » au sens de l’OTAN qu’Européens au sens de l’UE.

Le retour de la France dans le giron d’un commandement intégré de l’OTAN ne crée pas une homogénéité européenne, mais un alignement sur les USA dont on sait fort bien qu’ils considèrent cet instrument militaire comme essentiellement à leur main et strictement chargé de la mise en œuvre d’une politique de défense correspondant à leurs propres objectifs.

Grâce au traité de Maastricht et à la mise en place de l’euro, nous avons pu résister, à l’abri d’un véritable bunker monétaire, au tsunami financier déclenché par la chute de Lehman-Brothers (Sans cette protection chacun de nos pays se serait effondré comme des dominos, l’un après l’autre et l’Allemagne n’aurait pas plus résisté que la Grèce), mais nous restons incapables de concevoir et formuler une politique économique cohérente … alors que le poids économique de l’ensemble des pays de l’Union Européenne (14.845 milliards de $) nous situe au-dessus des USA (14.660 milliards de $) et de la Chine (10.090 milliards de $).

Dans la guerre économique qui se déroule dans un contexte de mondialisation qu’il semble utopique de supprimer, une cohérence des politiques sociales apparaît indispensable pour éviter que le dumping social des pays qui jouent désormais le rôle « d’usine du monde » ne vienne détruire peu à peu le « modèle social » qui a permis à nos pays de trouver paix intérieure et progrès du niveau de vie du plus grand nombre. Observons et respectons ce qui se passe en Grèce, où l'esprit de révolte répond légitimement à ce qui est intolérable. Etroitement lié à cet aspect, nous ne pouvons pas continuer longtemps à avoir des différences fiscales telles que certains membres de l’UE puissent apparaître comme des « paradis fiscaux » par rapport à d’autres qui, par conséquent, seraient des « enfers fiscaux ».

Ces thèmes démontrent que des sujets majeurs doivent être traités d’une manière unique en Europe, tandis que d’autres, moins fondamentaux doivent rester de niveau national, voire régional à l’intérieur de nos vingt sept pays.

Soyons clairs, cela signifie que l’Europe doit rapidement devenir une structure fédérale, seule à même d’être autre chose qu’une famille sympathique de nains, dont certains nous font penser à Grincheux, Prof ou Atchoum (Je laisse chacun déterminuer qui est qui) … dans le grand jeu mondial où les superpuissances continueraient de faire la loi.

Nous avons perdu beaucoup de temps ces dernières années, en nous complaisant dans l’idée d’un condominium Franco-Allemand qui est intolérable pour les autres membres de l’UE. Il faut rompre aussi vite que possible avec ce mode de fonctionnement.

Jean-Paul Bourgès 11 mai 2012

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