Je suis rassuré par cette assurance

Il y a six ans, je représentais « Habitat et Humanisme » au sein du « collectif  des associations unies » qui venait de se créer à Paris entre une trentaine d’associations œuvrant dans ou en liaison avec le logement des personnes les plus défavorisées (Ce collectif comprend, par exemple, la « Fondation Abbé Pierre », le « Secours Catholique », le « Secours Populaire », mais aussi tous ceux qui s’occupent d’hébergement et d’autres organismes comme la « Ligue des Droits de l’Homme » ou « France Terre d’Asile »).

Il y a deux ans et demi, j’ai quitté « Habitat et Humanisme » en raison d’un conflit avec le fondateur sur une question de gouvernance du mouvement et je ne fréquente donc plus ces sphères parisiennes. J’ai pris, depuis, la responsabilité d’une petite association lyonnaise qui s’appelle « Antenne Logement » et j’agis par contre toujours dans ce domaine du logement des personnes qui rencontrent de grosses difficultés pour se loger, et j’en reçois toutes les semaines lors de mon tour de permanence.

Le « collectif des associations unies » cherchait à obtenir des avancées dans le domaine du logement des plus pauvres, et nous avions demandé, en vain, la mise en place d’un système permettant de faire sauter l’un des verrous principaux qui bloquent l’accès de familles très modestes à un logement, qui est la crainte que ressent le propriétaire devant le risque d’impayé de loyer. Ce souci est légitime, ne serait-ce que pour ces petits propriétaires qui comptent sur un loyer pour compléter une retraite insuffisante pour vivre.

Il ne faut pas croire cependant que les locataires ayant de faibles ressources sont ceux qui « plantent » le plus les propriétaires (D’autant que, si les ressources sont vraiment très réduites, l’Allocation Logement, versée directement au propriétaire, garantit au moins à celui-ci le paiement d’une grosse proportion du montant qu’il attend).

Pendant plusieurs années, les avancées furent bloquées par ceux qui refusaient de financer un système dont ils disaient qu’ils n’avaient pas besoin. Comme dans beaucoup d’autres domaines, les plus riches refusaient de payer comme les plus pauvres … rengaine connue et qui, lors du quinquennat de Nicolas SARKOZY, tournait carrément au catéchisme.

Pour bien comprendre, faisons une petite comparaison avec le secteur automobile. Très vite, lorsque l’automobile est devenue un outil de masse et que sont arrivés les premiers accidents provoquant des dégâts matériels et corporels, il est apparu la nécessité de créer des assurances souscrites par les propriétaires de véhicules afin de les aider à payer les réparations des dommages qu’ils auraient pu causer à d’autres ou à eux-mêmes et à leurs passagers.

Même si l’on pense que seuls les automobilistes, jeunes et alcooliques, causent des accidents, on a quand-même prévu que chacun doit être assuré sans considération de son âge ou de sa fortune. C’est ce qu’on appelle une mutualisation du risque … et certains très bons conducteurs pourront conduire cinquante ans sans avoir causé d’accident, tandis que d’autres conducteurs peuvent en causer plusieurs en une année. Malgré les tarifs qui différencient les prix selon les types de conducteurs et les notions de bonus et de malus, il reste l’obligation pour tout conducteur d’être assuré et ne pas l’être est un délit sévèrement sanctionné.

En instaurant une garantie de loyer obligatoire, payée à part égale par les propriétaires et par les locataires, on applique au secteur de la gestion locative le même principe et les réactions, par exemple celle de Christian JACOB, président du groupe des députés UMP, mettent bien en évidence la différence entre politique de gauche et politique de droite.

Lorsque Christian JACOB considère que cette disposition du projet de loi DUFLOT est « une mesure collectiviste qui va donner un sentiment d’impunité aux mauvais payeurs », on se dit que ce Monsieur ne doit pas connaître beaucoup de Français qui ont été confrontés à un accident de la vie. Sait-il seulement ce qu’est la difficulté de payer son loyer que rencontre brusquement un cadre perdant son emploi à cinquante ans avec trois enfants à charge faisant des études supérieures ? L’accidenté de la vie n’est pas toujours un irresponsable et un resquilleur, usant et abusant de « l’assistanat », comme disent les amis de Christian JACOB.

Comme je l’exprime en titre de ce billet, je suis rassuré … on a quand-même un gouvernement qui sait que le mot « collectif » n’est pas un gros mot. Tout le monde paiera un peu. Tous les propriétaires en profiteront. Tous les locataires retrouveront la même crédibilité face aux propriétaires puisqu’ils seront tous couverts par la même assurance. Voici une véritable avancée sur le terrain de l’égalité. Merci à Cécile DUFLOT.

Jean-Paul Bourgès 11 septembre 2013

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.