L’actualité de ces derniers temps pourrait conduire l’esprit le plus équilibré à la déprime, voire même au désespoir, tant l’on a l’impression de voir chaque jour s’effondrer un pan moral de notre société, à la façon dont d’énormes blocs de glace se détachent de la banquise en tombant dans la mer avec un grand bruit … puis plus rien !
La lecture d’un livre me redonne le moral et c’est ce tonus retrouvé que je voudrais, aujourd’hui, transmettre.
Sous le titre « Je suis Tzigane et je le reste », Anina, une jeune Rom de vingt quatre ans (Elle en avait vingt deux quand ce livre fut écrit) parle de son parcours, depuis sa ville roumaine de Craïova jusqu’aux bancs de la Sorbonne (Le livre est paru chez Poche CITY en avril 2014. C’est Frédéric VEILLE qui mit en forme le témoignage d’Anina).
Au-delà de son propre parcours, Anina, qui se destinerait à la Magistrature si la France savait naturaliser toute une famille devenue si Française, explique fort clairement l’odieuse ségrégation dont les Roms sont victimes en Roumanie et les risques mortels que prennent pour y échapper les plus dynamiques d’entre eux pour parvenir en Italie ou en France. Il n’est pas possible de lire ce livre sans être envahi par l’émotion et la honte devant le regard que, dès l’école parfois, continuent de porter nos concitoyens sur ceux qui sont la dernière population traitée en sous-hommes en Europe.
Mais ce qui domine, au fur et à mesure de la lecture, c’est le décalage entre une désormais tristement célèbre phrase d’un ancien ministre de l’Intérieur disant à propos des Roms qu’ils « ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution » et les efforts surhumains consentis par la famille d’Anina pour devenir Français sans pour autant renier en quoi que ce soit leurs racines Roms.
Malgré la faim, jamais ils ne volèrent de poules, mais la maman d’Anina mendia à Bourg-en-Bresse, parfois accompagnée par sa fille qui avait pourtant l’âge d’être plutôt à l’école. Mais de quoi vit-on quand on est sans papiers et, par conséquent, sans l’autorisation de travailler ?
Des gens courageux, en particulier une enseignante retraitée qui ne se contenta pas, un jour, de glisser une pièce à la mendiante et, avec d’autres, amorcèrent la sortie vers le haut … Espérons que la France ne sera pas, pour d’idiots blocages administratifs (Pas ceux qui provoquent des phobies) privée d’une Magistrate ayant, à vingt deux ans, une telle expérience de la vie.
L’optimisme de mon propos découle de cette magnifique démonstration qu’entre un homme et un autre il n’y a strictement aucune échelle de valeur fondée sur l’origine. Rappelons-nous sans cesse que « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».
Le témoignage d’Anina nous le rappelle très concrètement et c’est réconfortant.
Jean-Paul Bourgès 11 septembre 2014