Pendant que la France s’agite, en raison des pitreries nauséabondes d’un pseudo-comique et que nous voyons les plus hautes autorités perdre les pédales en confondant censure et sanction judiciaire de propos tombant sous le coup des lois de 1972 et 1990, le temps s’écoule et une œuvre qu’on aurait préféré oublier va tomber dans le domaine public … avec la perspective probable d’être le best-seller de 2015.
Tomber dans l’oubli, c’est pourtant bien ce que mérite ce livre sans aucune qualité littéraire que fut « Mein kampf » !
C’est sur le site du Point, que j’ai lu que, dès à présent, des versions numériques de « la bible des nazis » sont disponibles, sous de nombreuses versions, et sont téléchargées en grand nombre à des prix inférieurs à celui de la baguette de pain chez le boulanger de mon village. L’échéance de 2015 va probablement lâcher le flot comme lors de l’ouverture des vannes d’un barrage sur une rivière.
Les gens de ma génération - je suis né le jour où les combats débutaient à Paris pour en chasser l’armée d’HITLER - ont cru que jamais, plus jamais, l’idéologie du nazisme ne pourrait renaître en Europe et que, dans ce contexte, l’ouvrage fondateur de l’horreur disparaîtrait pour toujours des étagères des bibliothèques et, surtout, des esprits.
Et puis, malgré la capture d’Adolf EICHMANN en Argentine, son procès et sa pendaison en Israël ; malgré l’arrestation de Klaus BARBIE, son procès à Lyon et sa mort en prison ; malgré la chasse opiniâtre aux anciens nazis par Simon WIESENTHAL ; malgré l’interdit moral frappant l’antisémitisme ; malgré l’agenouillement de Willy BRANDT à Varsovie en 1970 devant le mémorial du ghetto juif ; on vit, peu à peu, les idées nazies reprendre pied, d’abord de façon timide, puis d’une manière insolente et revendiquée au fallacieux prétexte de la liberté de pensée et d’expression.
Ce révisionnisme s'amorça, il y a vingt cinq ans, avec le « délicat jeu de mots » où Jean-Marie LE PEN parla de « DURAFFOUR-crématoire » et celui où il indiqua que les chambres à gaz n’étaient « qu’un détail de la seconde guerre mondiale ». Plus récemment la fille et héritière politique du borgne qui ne voit que la moitié de l’Histoire qui l’arrange, n’hésita pas, il y a deux ans, à aller valser à Vienne dans les bras de Martin GRAF qui n’est rien d’autre que le responsable d’une organisation néo-nazie autrichienne, interdite, bien sûr, aux Juifs … mais aussi aux femmes, ce qui n’empêche pas ce charmant monsieur de danser avec elles.
Dans ce cadre, savoir que très bientôt l’ouvrage fétiche des nazis risque de se répandre de nouveau comme la peste autrefois, grâce à la facilité de diffusion qu’apporte internet, mieux que des petits pains, est, pour moi, une perspective épouvantable.
Le retour de ce livre, qui appelle à la haine raciale la plus primaire et qui, grâce à la technologie qui mondialise l'accès à tout ce que l'on peut imaginer de pire, aura tous les moyens d’échapper aux lois de 1972 et 1990, est vraiment un cauchemar annoncé et déjà en marche au pas de l’oie.
En 2015 c’est un worst-seller qui va débarquer … apprêtons-nous à lutter en démontant point par point en quoi il s’agit d’un poison de l’esprit qui pourrait nous ramener à la pire barbarie. Ce n’est pas par l’interdiction, sans effet réel, que l’on pourra agir mais en ne cédant pas un pouce de terrain sur le terrain de l’éducation et en opérant un véritable redressement moral de la classe politique, rendant moins attractive l’offre politique de l’extrême-droite. Est-ce encore réaliste ?
Jean-Paul Bourgès 12 janvier 2014