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Billet de blog 12 septembre 2013

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Le métier d’Albert JACQUARD : retisser l’humain

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Albert JACQUARD est mort hier. Un Lyonnais ne peut pas être indifférent à ce nom deux fois associé à Lyon.

L’ingéniosité du premier, Joseph Marie JACQUARD, avec son fameux métier à tisser, fut à l’origine d’un bond dans la productivité du tissage mais fut aussi l’une des causes majeures de la grande révolte ouvrière des Canuts. Je passe presque quotidiennement devant le lieu qu’on appelle « La cour des Voraces », sur les pentes de la Croix-Rousse. Dans cet immeuble, communiquant en amont et en aval avec les rues qui l’encadrent par ce système typiquement lyonnais des traboules (De trans ambulare qui, en latin, signifie passer au travers), se tint, pendant la révolte des Canuts, le QG du soulèvement. On ne peut donc passer là sans penser à cet héroïque soulèvement, signe précurseur de l’opposition des travailleurs à ce qui détruit leurs emplois pour le seul profit des capitalistes.

Mais le second JACQUARD fut, lui, un retisseur social. Là où le métier du premier détruisit des vies en privant des hommes de leur utilité sociale, le second, poytechnicien, statisticien et biologiste orienta sa vie, et particulièrement de l’âge d’environ quarante ans jusqu’à hier, vers la compréhension de l’homme et de la génétique et, au-delà de ses apports scientifiques et éducatifs, il fut de tous les combats pour la justice sociale et le respect de la vie. Alors que nous observons un peu partout que le tissu social se déchire sous l’effet d’une vie hachée et technologisée, il nous appelait, sans relâche, à retisser des liens conformément à toute sa philosophie dont la solidarité entre tous les hommes était le pivot vital.

Il aimait trop la vie pour la quitter. C’est la vie qui l’a quitté … il reste à tous ceux qui aimaient entendre une voix si particulière expliquer sans relâche et sur un ton de colère parfaitement maîtrisée, comment éviter de foncer dans le mur, à poursuivre les actions d’un homme sincèrement à gauche.

La chute d’un combattant n’arrête pas l’armée en marche. Il avait, entre autre, attaché son nom au combat pour le Droit Au Logement. L’Assemblée Nationale vient d’entreprendre l’examen de la « loi DUFLOT » dont j’évoquais justement un aspect particulier hier. Espérons que la mémoire d’Albert JACQUARD planera suffisamment sur les débats pour que le texte de Cécile DUFLOT ne soit pas dénaturé. Ce serait lui rendre hommage, d’une façon autrement fidèle au personnage qu’en faisant une minute de silence.

Jean-Paul Bourgès 12 septembre 2013

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